Immobilier : une reprise en demi-teinte

Le marché de l’immobilier a repris des couleurs depuis le déconfinement. Une fois ce regain d’intérêt passé, quel sera l’impact de la crise économique sur les transactions ? Un deuxième semestre déterminant est attendu à la rentrée par tous les professionnels. Analyse.

Le secteur de l'immobilier repart mais jusqu'à quand ? Crédit : iStock

Une éclaircie avant la tempête ? La reprise de l’immobilier est bel et bien réelle. Les visites ont repris leur rythme d’avant le confinement, avec toutes les mesures sanitaires qui s’imposent. Cependant, beaucoup de questions émergent déjà, notamment sur le financement des banques et la concrétisation des transactions dans la durée.

Un effet de rattrapage sur les transactions

Les acquéreurs qui avaient un projet immobilier avant le confinement ont pu, soit finaliser leur achat en signant définitivement une promesse de vente dès les premiers jours du déconfinement, soit sont en réflexion. C’est le constat de Christine Fumagalli, présidente du réseau Orpi. « La reprise est plutôt dynamique, nous avons retrouvé 85% de l’activité en seulement quelques semaines après le déconfinement. Les demandes de contacts de ce mois de mai via le site Orpi.com sont 40% plus nombreuses que celles de mai 2019, preuve que les projets immobiliers se poursuivent ». Suite aux deux mois de confinement, bon nombre de clients réfléchissent à de nouveaux critères prioritaires. « Ils sont 26% à rechercher un extérieur (balcon, terrasse ou jardin), traduction de la tendance forte du déconfinement, un besoin de « confort » après deux mois de confinement en couple ou en famille, parfois dans des petites surfaces », détaille-t-elle.

Des incertitudes post-confinement

Une nouvelle envie est née de quitter la grande ville, mais sera-t-elle vraiment réalisable ? « Il y a un désir fort  de s’éloigner des périphéries des mégalopoles et d’aller dans des villes moyennes » précise la présidente du réseau Orpi. Certains clients parisiens, par exemple, seraient plus enclins à aller en grande banlieue, à 30, 40 voire 50 kilomètres de la capitale, à un peu plus d’une heure en accès en transports en commun ou individuels. « La Seine-et-Marne est notamment un secteur qui émerge fortement dans les récentes recherches, à environ 20 ou 25 kilomètres de Paris » affirme Christine Fumagalli.
Autre incertitude, l’impact du télétravail. Michaël Benchabat, président du réseau MeilleursBiens.com précise toutefois que « beaucoup d’inconnues existent encore. Le télétravail va-t-il perdurer, à combien de kilomètres les clients vont-ils accepter de s’éloigner de leur bureau, etc ? Tous les critères du projet de départ pré-confinement sont en cours de réévaluation ». Une chose est sûre, les demandes des clients explosent dans de nombreuses villes moyennes. « Un engouement est à noter pour le Sud-ouest dans notre réseau, des villes comme Dax, Bayonne, Biarritz et les alentours de Bordeaux sont en très forte demande actuellement », souligne Michaël Benchabat.

Des prix qui restent stables, pour le moment

Autre question, et non des moindres, celle des prix des biens. Le dernier baromètre publié le 2 juin par MeilleursAgents indique une stabilité des prix. « Ni krach, ni reprise en V, les premiers chiffres post-confinement ne permettent pas de tirer de conclusions hâtives sur l’évolution du marché immobilier. En effet, le phénomène de hausse généralisée constaté dans la capitale et les dix plus grandes villes de l’Hexagone depuis le début de l’année semble être une histoire ancienne » précise l’étude.
Passée la période de rattrapage de l’été, que se passera-t-il à la rentrée ? « Je pense qu’il y aura un ralentissement à la fin de l’été. Le moment de vérité aura lieu en septembre voire octobre prochain. Les prix risquent d’être corrigés à la rentrée et on sera en capacité de voir réellement l’impact de la crise sur le nombre de transactions effectuées depuis le déconfinement » indique Michaël Benchabat.

Incertitudes sur le financement

Autre signe fort d’une vraie reprise du secteur, l’état des nouvelles demandes de crédit. Le courtier Vousfinancer.com a indiqué, dans un communiqué que depuis la mi-mai, « les nouvelles demandes de prêt représentaient 70 % du volume de demandes constaté à la même période en 2019 ». Sauf qu’à regarder de plus près, deux facteurs pourraient « gêner » la reprise. Même si les taux immobiliers ont été légèrement abaissés récemment, le taux d’usure demeure un obstacle à l’emprunt pour les ménages modestes. « Si les taux moyens sont de 1,55 % sur 25 ans, certains emprunteurs avec moins de 40 000 euros (annuels) de revenus obtiennent plutôt des taux proches de 2 %. En ajoutant l’assurance du prêt, les frais de garantie et de dossiers, le TAEG – taux annuel effectif global – dépasse alors le taux d’usure qui est de 2,51 % et le dossier est refusé » explique Sandrine Allonier, porte-parole du courtier en ligne. Autre frein, les recommandations du Haut conseil de stabilité financière sur le taux d’endettement qui doit rester inférieur à 33 % et sur la durée de prêt de 25 ans au maximum.
« Contre toute attente, quelques banques ont à nouveau baissé leurs taux de crédit au mois de juin jusqu’à 0,30 %. Il s’agit essentiellement de banques qui avaient remonté leurs taux en avril ou mai » indique le courtier dans son dernier communiqué.

Les banques, véritables arbitres de la reprise ?

Les signes d’une plus grande sélectivité des banques sont déjà là. Leur rôle est primordial sur la pérennité de la reprise d’après les différents experts du secteur. A fin mai 2020, 30 % des dossiers refusés sont ceux d’investisseurs, contre 26 % en 2019, détaille le courtier en ligne dans son étude. Ce sont des investisseurs qui ont déjà une résidence principale, leur taux d’endettement dépasse donc les 33% actuellement appliqué strictement. « La reprise du marché ne pourra être solide et durable que si les recommandations sont assouplies, au moins temporairement et le calcul du taux d’usure revu afin d’être plus proche de la réalité du marché et des exigences en matière de rentabilité qui pèsent actuellement sur les banques » conclut le courtier dans son étude.

Sur le même thème

Coronavirus immobilier

Réactions et commentaires

Sur la même thématique