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Pauvreté : la facture très salée des nuits d’hôtel payées par l’Etat en Ile-de-France

Chaque jour, 53.000 personnes sans abri sont logées dans des hôtels en Ile-de-France faute de place dans les hébergements d’urgence. Ce dispositif coûterait près d’un million d’euros par nuit à l’Etat.

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Les sans-abris sont parfois hébergés dans des hôtels quand il n’y a plus de place dans les centres d’hébergement d’urgence et que le parc social est saturé. En Ile-de-France, sur « 130.000 places ouvertes » selon la préfecture de région, près de 40% sont des chambres d’hôtel, rapporte Le Parisien. Selon les chiffres du service dédié au logement, Delta, mis en place par le Samu social de Paris, 38.000 chambres par jour étaient réservées à la veille du premier confinement. Depuis, il y en a 15.000 de plus par jour, relève encore le quotidien. « Au 26 octobre 2020, le nombre total de nuitées hôtelières s’élevait à 53.545 en Ile-de-France », précise la préfecture. Le coût moyen étant fixé à 21 euros, la facture s’élèverait à près d’un million d’euros chaque jour, pour 643 hôtels franciliens concernés.

Par mois et par personne, l’Etat paierait ainsi 630 euros, ce qui est plus cher qu’un appartement puisqu’il s’agit d’une simple chambre. Un rapport sénatorial publié en juin 2019 cité par Le Parisien pointait les conditions dans lesquelles les sans-abris sont hébergés : « La demande de réservation de nuitées hôtelières effectuée par le Samu social de Paris est si importante qu’il est contraint de saisir les places qui s’offrent à lui », écrivent les sénateurs. « Cette situation ne permet donc pas de sélectionner des places aux conditions d’accueil satisfaisantes et adaptées, par exemple, pour l’hébergement de familles. » Le rapport évoque aussi des hôtels spécialisés dans l’hébergement d’urgence, en raison de la forte demande.

Des familles hébergées dans des chambres d’hôtel

Selon le Samu social, la majorité des personnes prises en charge dans ce dispositif sont des ménages composés d’au moins un enfant, soit 74%. Pour le reste, ce sont 7% de couples et 19% de personnes isolées, précise Le Parisien. Certaines personnes restent hébergées à l’hôtel « pour plusieurs mois, voire plusieurs années », note le rapport sénatorial. Selon Christine Laconde, directrice générale du Samu social de Paris, la moitié des personnes logées à l’hôtel « y est depuis plus de deux ans », en raison des difficultés à trouver un logement. « Derrière tout ça, il faut un plan d’insertion logement pour aider ces gens à quitter l’hôtel. Faute de sortie, on est quasiment contraint de créer une nouvelle place pour chaque nouvelle demande, mais il faut tout autant réfléchir à l’après », explique-t-elle. Christine Laconde précise que les hôtels vides en raison de la crise sanitaire ne le resteront pas. « L’enjeu de la sortie d’hébergement d’urgence sera beaucoup plus fort que l’an dernier, c’est une bombe à retardement », déplore-t-elle.

Pour réduire les coûts, l’Etat a racheté des hôtels en 2017 : 62 établissements Formule 1 achetés par la Société nationale immobilière au groupe Accor. Ces hôtels ont été transformés pour créer des logements plus adaptés. « Cela nous permet de déployer de vraies équipes sociales pour accompagner les familles. On aimerait une opération de plus grande envergure, dans des endroits mieux situés », déclare Christine Laconde. D’autres solutions sont déployées par l’Etat : le dispositif Solibail permet aux familles de louer des logements via des associations agréées. Le loyer est plafonné et le paiement garanti au propriétaire par l’Etat. En Ile-de-France, 5.846 logements sont concernés, selon Le Parisien. Du côté de la construction de logements sociaux, la tendance est à la baisse. Dans la région, le nombre d’agréments pour conventionner des logements sociaux était de 21.000 en 2020, soit le chiffre le plus bas depuis cinq ans. Il en faudrait 37.000 par an, selon le schéma régional de l’habitat.