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L’inflation revient, quel impact sur vos placements ?

Avec les beaux jours, les craintes inflationnistes reviennent. Faut-il s’en inquiéter ou au contraire en profiter ? Le point sur ce qui attend votre épargne ou vos projets de financements.

pauvreté

« L’inflation, c’est comme le cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise », aime à dire Marc Touati, président du cabinet ACDEFI et consultant chez Spectrum Markets. « La bonne c’est celle liée la demande, qui va de pair avec la hausse de la consommation, de l’emploi, des salaires », explique-t-il. Dans cette hypothèse favorable, une augmentation des prix gérable, les salaires augmentant en phase avec les prix. « Le problème, c’est que ce n’est pas le scénario dans lequel on évolue, qui est celui d’une inflation par l’offre, due à la hausse des cours des matières premières. Une augmentation qui résulte de la correction de la bassesse des coûts de l’an passé, et de la forte croissance des trois grandes puissances que sont les États-Unis, la Chine et l’Inde », s’inquiète l’économiste. Si le risque d’une hyperinflation semble pour l’heure écarté, il n’en demeure pas moins que des effets non négligeables sur le portefeuille des particuliers sont à prévoir.

1) L’immobilier :

La pierre, secteur caractérisé par sa forte inertie – et donc sa résilience – comparé aux autres placements, n’est a priori que faiblement affectée dans l’immédiat par les mouvements inflationnistes. Or en matière de crédits immobiliers, « on observe que depuis quelques jours cette hausse de l’inflation se traduit par une augmentation des taux d’intérêts obligataires. Le taux à 10 ans américain est passé de 0,5% à 1,5% en quelques semaines, provoquant ce que l’on appelle un ‘mini-krach obligataire’ », relève Marc Touati. Le taux français, l’OAT 10, est passé de -0,4% à 0 ces derniers jours, revenant furtivement en territoire positif.

Une inflation durable serait une relative mauvaise nouvelle pour les taux de crédit immobiliers français, qui pourraient augmenter de 1 à 2 points d’ici à la fin de l’année, selon l’économiste. Soit, sur 20 ans, des taux qui passeraient de 1,50% en moyenne à 3,5% ! Dans la fourchette basse, dans l’hypothèse d’un relèvement de 1 point, c’est la bulle immobilière qui pourrait se dégonfler : les prix de l’immobilier, soutenus par les conditions actuelles de crédit, risquent de baisser. Ce qui ne serait pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde : « cela peut resolvabiliser une partie de la demande. J’estime qu’une baisse des prix de 15 % pourrait permettre de reconnecter l’offre et la demande », selon l’économiste. En clair, pour ceux qui veulent financer leur projet, c’est le moment. Mais pas pour les investisseurs déjà propriétaires, qui pourraient y perdre des plumes en cas de baisse des prix !

2) Les livrets :

L’inflation signifie dans un premier temps pour les épargnants que la valeur de l’épargne se réduit dans le sillage de la baisse de valeur des obligations d’État. Mais cela se traduit dans un second temps par une augmentation de l’épargne réglementée. Par exemple des produits comme le Livret A et le LDDS, dont le taux est indexé sur l’inflation, verront mécaniquement leur rémunération progresser d’autant. Pour autant, déduction faite de l’inflation, le gain restera faible.

3) L’assurance vie :

A terme, l’inflation serait une bonne nouvelle aussi concernant les fonds euros en assurance vie, largement adossés au marché obligataire. Depuis des années au ras des pâquerettes, les taux servis devraient en toute logique rebondir. Reste la problématique des vieilles obligations non échues, qui ne rapportent plus rien. Mais qu’il faudra écluser, d’autant que les assureurs sont bordés pour faire face à des demandes de de rachats massifs. « Pour l’épargnant, la tentation est grande de sortir de ses fonds euros adossés à d’anciennes obligations qui ne rapportent rien pour aller vers d’autres plus rémunératrices, note Stéphane Debair, PDG et co-fondateur de Selexium. En cas d’inflation durable, les rendements des fonds en euros devraient augmenter, mais pas tout de suite car l’échéance de chaque obligation détenu peut être longue. En attendant, les assureurs pourraient créer de nouveaux fonds euros cantonnés avec de nouvelles obligations ». Dans l’immédiat, il faut donc garder les pieds sur terre. Chez Selexium, « on essaie d’être prudents et conseillons les fonds en euros avec des sous-jacents immobiliers, qui rapportent plus ».

4) La Bourse :

Reste que le caractère sécurisé des fonds euros prend tout son sens en cette période de doute. La Bourse risquant d’être chahutée par la tendance inflationniste, « si les marchés actions baissent, il sera possible de se réfugier dans les fonds euros », selon Marc Touati. Pour ceux qui sont prêts à prendre des risques sur les marchés, « il peut être intéressant d’acheter des options de vente, ou « Puts », qui permettent de spéculer à la baisse. Deuxième solution : miser sur les obligations indexées sur l’inflation ». Enfin, concernant le non coté, il faut garder à l’esprit que plus le rendement augmente, plus le risque aussi.

Quelle serait la pire hypothèse ? « On explore de nouveaux territoires », estime Stéphane Debair. Outre l’hypothèse de taux d’intérêts de crédits immobiliers qui s’envoleraient, en assurance vie, « le pire scénario serait celui d’un krach obligataire qui forcerait les assureurs à bloquer les rachats sur les fonds en euros, ajoute l’expert. Mais on n’en est pas là. Il faudra voir comment vont réagir les banques centrales », estime-t-il.

Autre inconnue de taille : le surplus d’épargne des Français et la tentation d’y toucher pour éponger la dette; colossale. Bruno Le Maire a exclu (pour le moment) l’idée de taxer ce bas de laine de 455 milliards d’euros dormant sur les livrets. Mais l’idée d’une « taxe Covid » sur l’épargne revient comme un serpent de mer, et doit inciter à la prudence. « Dont acte, carpe Diem. C’est peut-être le moment de consommer, et bien ! Voire de penser à sa retraite en misant sur un plan d’épargne retraite, ou un plan d’épargne salariale », conclut Marc Touati.