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Résidences de tourisme : propriétaires et exploitants interpellent le gouvernement

Face à la crise inédite qui secoue l’économie de la montagne, des représentants des résidences de tourisme et des propriétaires bailleurs font front commun pour obtenir des aides à la hauteur des enjeux.

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Crédit: iStock.

Une initiative inédite ! Alors que la fermeture des stations de skis pour lutter contre l’épidémie de Covid a mis à genoux les résidences de tourisme à la montagne, privant ces acteurs de l’essentiel de leurs recettes, l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) et le Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT) ont entamé un dialogue constructif qui vise à sortir par le haut de cette crise. Ce qui revient de facto à enterrer la hache de guerre, après des mois de tensions à propos des impayés de loyers entre investisseurs et gestionnaires.

Éviter un scénario catastrophe

Au-delà des paroles, les deux organisations, représentants des propriétaires et des exploitants respectivement, ont envoyé une lettre conjointe au Premier ministre, Jean Castex, pour que le gouvernement revoie sa copie sur les indemnisations prévues pour les établissements sinistrés. But affiché : éviter les défaillances et l’effet domino qui en découlerait, alors que nombre de particuliers qui ont investi dans ces résidences – souvent à crédit – se retrouvent aujourd’hui en difficultés. Sans oublier les procédures collectives et contentieux généralisés qu’engendrerait ce cataclysme et les répercussions sur tout l’écosystème de la montagne. Car la perte de chiffre d’affaires s’élève, en moyenne, à 80% pour ces résidences.

Des aides insuffisantes, inadaptées et illogiques

« Le décret du 24 mars 2021 (qui précise les règles d’attribution et les montants des aides, ndlr) ne répond pas à la situation, clament à l’unisson Christophe Demerson et Patrick Labrune, présidents l’UNPI et du SNRT. Il ne tient pas compte de la très forte saisonnalité du tourisme de montagne. Ses dispositions sont trop exclusives pour les acteurs qui ont besoin des aides, et trop complexes à mettre en œuvre. » Des promesses initiales aux solutions finalement retenues par le gouvernement, le compte n’y est pas. Car le texte de loi paru le mois dernier exclut des aides les résidences de tourisme qui réalisent moins de 12 millions de chiffre d’affaires, soit la plupart des établissements. Et le traitement des dossiers d’aides est prévu au niveau des enseignes et non pas des résidences, ce qui revient à mutualiser les pertes entre établissements, qui font face souvent à des situations différentes en fonction de leur situation géographique. « Les propriétaires ne peuvent pas comprendre que les aides ne soient pas versées en fonction du taux de remplissage », souligne Christophe Demerson.

Des propositions pour pallier le manque à gagner des résidences

Sans surprise, l’UNPI et le SNRT réclament de revoir ces deux dispositions pour que les indemnisations soient élargies aux petits exploitants et que chaque résidence puisse accéder aux aides séparément. Trois autres propositions sont réalisées par ces organisations. On retiendra en particulier la demande d’abaissement du seuil de perte de chiffre d’affaires pour pouvoir bénéficier des aides, à 30% comme défini au niveau européen, au lieu des 50% fixés aujourd’hui. On mentionnera aussi la nécessité, pour l’UNPI et le SNRT, de prendre en compte la saisonnalité des résidences à la montagne, en calculant les aides sur une année d’activité et non pas au mois le mois, alors que 85% du chiffre d’affaires de ces établissements est réalisé sur quatre mois, du 15 décembre au 15 avril. Enfin, et cela concerne au premier chef les propriétaires, il est demandé d’instaurer un crédit d’impôt complémentaire de 50% sur les loyers que les bailleurs abandonneraient.

Couvrir les charges fixes et verser l’essentiel des loyers

En combinant ces différentes mesures, cela permettrait aux, exploitants de recevoir, dans leur grande majorité, une aide correspondant à 70% des charges fixes sur la perte d’activité, estiment l’UNPI et le SNRT, alors que l’indemnisation ne dépasse pas 20% de la perte d’exploitation aujourd’hui (19% dans une simulation réalisée par le syndicat représentant des exploitants, pour un établissement standard). De quoi permettre aux gestionnaires de résidences à la montagne d’honorer le versement des loyers dans les mêmes proportions. Exploitants et propriétaires y trouveraient leur compte, si toutefois la transparence sur les comptes des établissements est totale. Ce à quoi le SNRT s’engage, au nom de ses adhérents. La balle est désormais dans le camp du gouvernement. En attendant, l’espoir renaît pour les propriétaires bailleurs.