Se connecter S’abonner

Fin de la trêve hivernale : qu’en est-il des ménages expulsés ?

Selon la Fondation Abbé Pierre, 32% des ménages expulsés n’ont pas retrouvé de logement pérenne trois ans après la fin de la trêve hivernale.

immobilier
iStock

La fin de la trêve hivernale approche. Dès le 1er avril, les expulsions locatives vont de nouveau être autorisées après leur interdiction pendant cinq mois. Comme le rappelle Figaro Immobilier, en 2021, près de 12.000 ménages ont été dans l’obligation de quitter leur logement, selon la Fondation Abbé Pierre. Ils étaient plus de 8.000 en 2020.

Avant la crise sanitaire, la France enregistrait en moyenne 16.000 expulsions chaque année. « Pour 2022, nous estimons entre 30.000 et 40.000 le nombre de ménages qui sont menacés d’expulsion, précise Marie Rothhahn, responsable de la plateforme téléphonique Allô Prévention ExpulsionCe chiffre intègre les ménages qui n’ont pas été expulsés du fait de la crise sanitaire et les nouveaux ménages en fin de procédure. »

La Fondation Abbé Pierre s’est intéressée aux ménages expulsés. 32% d’entre eux n’ont pas retrouvé de logement pérenne trois ans après la fin de la trêve hivernale, selon les données récoltées. Ils alternent entre l’hôtel ou les logements de fortune tels le mobile-home, le camping ou le squat. Les deux tiers restants réussissent à retrouver un logement mais ont dû attendre près d’un an (onze mois exactement) en moyenne.

Les loyers impayés, première raison de l’expulsion

De plus, la moitié des expulsés acceptent de loger dans un appartement plus petit ou de déménager dans un autre quartier voire une autre ville. « Malheureusement, quand on est expulsé, ils savent qu’on n’a pas le choix, sinon on est dans la rue », témoigne Sabrina. Selon l’enquête, seulement 56% se disent satisfaits. Pour certaines familles, se séparer est parfois la meilleure option. « Les familles monoparentales bénéficient d’un taux de relogement de 80% contre 60% pour les familles avec deux parents et les personnes seules », affirment les étudiants du Master 2 d’Urbanisme et d’Aménagement de la Sorbonne, à l’origine d’entretiens avec les ménages expulsés.

Parmi les motifs les plus récurrents concernant l’expulsion, on retrouve les loyers impayés (68% des ménages sondés). Comme autre raison, l’occupation sans droit ni titre pour 11% d’entre eux. Également, le refus de partir à la suite d’un congé pour vente ou reprise (9%) ou le trouble de voisinage (8%).

En 2021, le gouvernement avait demandé aux préfets d’échelonner les expulsions jusqu’en 2022 et de ne pas expulser « sans relogement ou à défaut d’hébergement ». « Cette instruction n’a pas été respectée ces dernières années. Les nombres d’expulsions en 2020 et 2021 sont encore trop élevés », regrette Marie Rothhahn. Elle réclame également une meilleure « lisibilité sur l’utilisation du fonds d’indemnisation des propriétaires », doté de 37 millions d’euros et géré par le ministère de l’Intérieur.