Se connecter S’abonner

Crédit immobilier : ça chauffe sur le front des taux d’intérêt

Depuis le 31 mars, le taux d’intérêt maximum remonte sur les durées inférieures à dix ans. Mais il baisse à nouveau pour les crédits sur vingt ans et plus.

taux d'intérêt
Crédit : iStock

Les taux d’intérêt de crédit immobilier remontent et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la capacité d’emprunt des Français. C’était sans compter sur le taux d’usure. Il s’agit du taux maximum auquel les banques et autres établissements de crédit peuvent prêter de l’argent en France. Il englobe le taux d’intérêt, celui de l’assurance et l’ensemble des frais annexes. Ce dernier est imposé par la Banque de France, chaque trimestre.

Souvent, lorsque le taux d’intérêt monte, le taux d’usure baisse. Mais depuis le 31 mars, si le taux maximum remonte sur les durées inférieures à dix ans, il baisse à nouveau pour les crédits sur vingt ans et plus, rapporte Le Parisien. Il atteint son plus bas niveau, à 2,40 %, contre 2,60 % il y a un an. Pourtant, en avril 2021, les ménages obtenaient un prêt avec un taux moyen à 1,25 %, contre 1,40 % actuellement.

« Parfois, il peut réserver de mauvaises surprises. C’est le cas aujourd’hui ! Il y a un vrai danger pour que beaucoup de particuliers ne puissent plus emprunter », alerte Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer.com. Pour Astrid Cousin, porte-parole de Magnolia.fr, courtier spécialisé en assurance emprunteur : « Cela restreint la fenêtre de tir pour obtenir son prêt ». Cette situation résulte de la méthode de calcul utilisée par la Banque de France. L’institution financière se base sur les « taux effectivement pratiqués », assurances et frais inclus, chaque trimestre.

Les taux d’intérêt devraient continuer de grimper

Or, en janvier et février, « on pouvait encore emprunter à 1 % sur vingt ans, les taux étaient encore très bas, précise Sandrine Allonier auprès du Parisien. Mais ils bondissent ces dernières semaines ! Il faudrait réformer la méthode de calcul pour que le taux maximum soit actualisé en temps réel. » Selon l’Observatoire crédit logement CSA, depuis début 2022, ils ont gonflé de 0,40% en moyenne.

« Nous avons toujours alerté sur l’impact du calcul du taux maximum sur les profils fragiles, avec des soucis de santé ou des revenus assez bas, souligne Astrid Cousin. Là, le problème c’est que ça va toucher des gens qui voyaient leur dossier accepté habituellement ! »

De son côte, Pierre Chapon, PDG de Pretto, courtier en ligne confirme que ces cas se multiplient : « Nous essayons de nous arranger dans certains cas, en baissant les dépenses annexes. La banque réduit, voire annule les frais de dossier, ou bien nous allons jusqu’à annuler nos propres honoraires. » Une solution insuffisante pour les semaines à venir ? « On peut toujours essayer de négocier le taux de crédit, réduire la couverture de l’assurance ou diminuer les frais de courtage, mais ce n’est pas tenable sur la durée », affirme Sandrine Allonier.

Selon les experts du secteur, les taux d’intérêt devraient continuer de grimper pendant que le taux d’usure, lui, restera tel quel jusqu’au 1er juillet. Avant un nouveau calcul du taux par la Banque de France. « Des particuliers vont certainement devoir reporter leur projet. Il y a un risque que le marché de l’immobilier ralentisse, analyse Sandrine Allonier. Il faut espérer que l’étau se desserre sérieusement dans trois mois. »