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Immobilier : à Paris, les maisons faubouriennes laissent place aux immeubles surélevés

Dans la capitale, les maisons faubouriennes disparaissent au profit d’immeubles. Une hérésie pour les riverains et les écologistes. Détails.

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Crédit : iStock.

A Paris, les maisons faubouriennes se font de plus en plus rares. Leur avenir est menacé, car nombreux sont les propriétaires de ces bâtisses à recevoir des offres de la part de promoteurs immobiliers qui souhaitent détruire les bâtisses pour les remplacer par des immeubles, explique Le Parisien mercredi 27 avril. Dans le voisinage, la question est brûlante, au point que les riverains s’organisent en collectifs pour s’ériger contre la transformation de leurs quartiers. Ils reprochent également à la Ville de Paris d’encourager ces nouvelles constructions surélevées, documents à l’appui. En effet, depuis 2012, 1.202 permis de construire ont été déposés et ont obtenu un avis favorable. De plus, selon les mêmes données, seulement 38 permis avaient été accordés en 2002. Dix-huit ans plus tard, en 2020, il y en avait 135.

Maisons faubouriennes ou dents creuses

« Les maisons faubouriennes ou les dents creuses (un immeuble plus bas coincé entre deux autres) ont une valeur patrimoniale, héritée du passé, avance Patrick Rollot, l’un des créateurs du collectif Épinettes-Batignolles. Elles ont en plus une valeur environnementale pour une ville dense comme Paris, puisqu’elles permettent à l’air de circuler et à la lumière de passer. » Du côté de l’Hôtel de Ville, on explique qu’aucune étude scientifique « n’établit de corrélation entre la circulation de l’air et la réhabilitation sur dents creuses. Au contraire, l’apport d’ombre des bâtiments est non négligeable pour le rafraîchissement des rues. »

Chez les écologistes aussi la question fait débat. « Paris est une ville qui doit respirer. Elle se doit de posséder des décrochés, des maisons d’angle. Le problème, c’est que le plan local d’urbanisme, surtout dans sa version de 2016, incite à l’alignement des immeubles dans leur hauteur», s’agace Émile Meunier, élu écologiste du XVIIIe arrondissement et membre de la commission du Vieux Paris. Pourtant la mairie de Paris a diffusé un document dans lequel elle loue la surélévation d’immeubles, encourageant même la pratique «pour atteindre son objectif ambitieux de production de 10.000 logements par an ». De plus, la mairie estime que « ces opérations permettent le développement de constructions sobres et vertueuses et libère de l’espace au sol pour y permettre de la pleine terre et de la végétalisation ».

Révision du plan local d’urbanisme

Avec ces changements, beaucoup de Parisiens craignent de ne plus voir le ciel. Mais c’est un leur pour la mairie de Paris qui juge que depuis la loi Alur, « les demandes de surélévations n’ont pas connu d’augmentation notable », bien au contraire. Émile Meunier, lui, reste serein, alors que la Ville est en pleine révision de son plan local d’urbanisme (PLU). « Nous demandons que les principes soient revus pour modérer les surélévations. Ce doit être un travail de dentelle, mené parcelle par parcelle », insiste cependant l’élu écologiste auprès du média.

D’autres élus avaient déjà tenté de restreindre les surélévations d’immeuble dans le prochain PLU. Sans succès. Peu prolixes sur ce futur plan d’urbanisme, les équipes d’Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, précisent néanmoins qu’« éviter la surélévation des bâtiments à tout prix peut conduire à un effet inverse de celui recherché : rendre l’adaptation du bâti impossible encouragerait, de fait, la démolition-reconstruction plutôt que la réadaptation de la ville à ces nouveaux enjeux ». Mais, pour conclure, l’hôtel de ville explique que la révision en cours du PLU « s’attache notamment à s’assurer de la préservation du patrimoine bâti parisien ».