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Passoires thermiques : la moitié des logements des stations de ski sont très énergivores

Avec l’arrivée des échéances liées à l’interdiction de louer les passoires thermiques, les domaines s’inquiètent. Explications.

passoires thermiques
Crédit : iStock.

Coup dur pour les stations de ski. A l’heure de la réouverture, la société spécialisée dans le financement de la rénovation énergétique, Heero, s’est intéressée à leurs performances énergétiques, ciblant les stations les plus onéreuses et qui accueillent le plus de monde. Ainsi, 70 stations, plus ou moins connues, ont été passées au crible et le résultat est instructif : la moitié des logements qui sont situés dans ces endroits sont des passoires thermiques, alors que la moyenne nationale est de 16,9 %, précise Le Figaro immobilier. Des domaines comme Isola 2000 (Alpes du Sud) sont constitués jusqu’à 90 % de ces logements classés F ou G.

« Un résultat à mettre en lien avec la réglementation qui entrera en vigueur en janvier 2023. Les logements les plus énergivores vont disparaître du parc locatif. Jusqu’ici, les locations de tourisme n’étaient pas concernées mais le ministre du Logement, Olivier Klein, a annoncé il y a quelques semaines son intention : que tous les logements de tourisme soient contraints par l’interdiction de louer. La moitié du parc de logements des stations de ski ne pourra donc plus être louée si rien n’est fait », s’alarme auprès du média le directeur général de Heero à Nantes, Romain Villain.

Des passoires thermiques facteurs de baisse de fréquentation ?

Avec l’arrivée des échéances liées à l’interdiction de louer les logements trop énergivores, les domaines s’inquiètent. Si le parc de logements n’est pas rénové, les stations de ski pourraient devenir moins rentables. « Si les biens ne sont plus louables et mettent du temps à se vendre, les stations connaîtront une baisse de la fréquentation et seront donc moins rentables. Cette donnée s’ajoute à l’inflation et à un enneigement moindre », prévient Sandrine Allonier, co-rédactrice de l’étude Heero. Par exemple, les résidences secondaires représentent 43% des logements en Savoie. Et ceux qui les possèdent ne sont pas forcément en mesure de les rénover, et si cela n’est pas fait, il y aura « une dépréciation du patrimoine dans les stations de ski avec des biens qui coûteraient moins cher notamment », prédit Romain Villain.

Mais toutes les stations ne sont pas logées à la même enseigne. Ainsi les passoires thermiques représentent 15% du parc immobilier de Bellefontaine, dans le Jura, alors que c’est 90% à Isola 2000 dans les Alpes. Outre l’altitude, le climat et la qualité de la construction jouent également. « Les stations de ski les plus énergivores, celles qui comptent plus de la moitié de passoires énergétiques dans leur parc de logements, se situent majoritairement dans les Pyrénées et les Alpes, alors qu’au contraire celles qui ont la plus faible part de logements F ou G, inférieure à un tiers du parc, se trouvent plutôt dans les Vosges, le Jura et le Massif central », détaille Romain Villain.

Certaines régions pratiquent également des coûts moins élevés et utilisent aussi des matériaux de meilleure qualité. Et alors que les stations qui se sont développées à grande échelle dans les années 1960-1970, toutes celles qui ont été construites à cette période et avant celle-ci n’étaient pas soumises à la première règlementation thermique. Et l’altitude n’arrange pas l’affaire, tant au niveau des températures que du coût des matériaux. Certaines régions ont mis en place des solutions, comme en Auvergne-Rhône-Alpes, mais il faudra probablement faire davantage.

«Nous espérons une prise de conscience des stations de ski pour qu’elles accompagnent les propriétaires dans la rénovation énergétique de leurs logements et une prise en compte des pouvoirs publics avec peut-être une adaptation de l’interdiction de louer des passoires thermiques aux zones géographiques, afin que la nouvelle contrainte ne concerne pas les stations de ski dans un premier temps par exemple», résume Sandrine Allonier.