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Crédit immobilier : clap de fin pour les taux historiquement bas

Au mois de mai, certains courtiers en crédit immobilier signalent de très légères hausses sur les grilles de taux des banques, essentiellement concentrées sur les moins bons profils.

taux
Crédit: iStock.

La remontée des taux s’amorce doucement. Après avoir navigué à proximité ou au même niveau que les records constatés à la fin de 2019 durant les premiers mois de l’année, les taux des prêts immobiliers enregistrent des velléités de remontée en ce printemps 2021. Un mouvement en lien avec les craintes de retour de l’inflation et l’afflux de demandes auprès des banques. Si les taux sont descendus en avril à un niveau « jamais observé jusqu’alors » selon le Crédit Logement (1,07% en moyenne toutes durées confondues), l’heure est en effet bel et bien à la remontée.

Sur la base des premières grilles reçues sur le mois de mai, de légères hausses sont mentionnées par Cafpi, Vousfinancer et Pretto. Une stabilité est toutefois évoquée par d’autres intermédiaires du crédit. En moyenne, il est possible d’emprunter à 0,90% sur 15 ans, à 1,08% sur 20 ans et à 1,31% sur 25 ans, selon notre baromètre (voir tableau ci-dessous).

Quelques points de base grignotés par les banques

« Sur la base des premières grilles de taux reçues, les taux immobiliers sont légèrement à la hausse, de 0,02 à 0,03% en moyenne », indique Pierre Chapon, président de Pretto. « Un mouvement de hausse avait déjà eu lieu en mars dernier, mais il ne concernait que quelques établissements. Cette fois-ci, c’est une hausse qui s’étend à d’autres acteurs du marché ». Même son de cloche pour Cafpi, qui parle d’un renchérissement de deux points de base en moyenne au début du mois de mai. De son côté, Vousfinancer précise que certaines banques ont remonté faiblement leurs taux, de 0,05 à 0,10 %, quand d’autres les ont laissés stables. « Les banques annoncent des mouvements à la marge et les taux de crédit immobilier se maintiennent à des niveaux bas », commente de son côté Empruntis.

Les bons profils gardent la main

Dans l’ensemble, tous ces interlocuteurs s’accordent à dire que les tendances divergent selon les profils de clients qui toquent à la porte des établissements de crédit. Les hausses de taux se concentrent sur les moins bons profils (0,95% sur 10 ans ; 1,17% sur 15 ans ; 1,29% sur 20 ans et 1,59% sur 25 ans), alors qu’ils ne changent pas pour les meilleurs profils. « Preuve s’il en est, que la concurrence entre banques se joue sur les meilleurs profils, qui peuvent obtenir avec une négociation jusqu’à 0,33% sur 10 ans ; 0,48% sur 15 ans ; 0,63% sur 20 ans et 0,88% sur 25 ans », explique Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi.

Une demande soutenue…

Ce tri qualitatif effectué par les banques s’explique principalement par la très forte demande de crédits immobiliers auxquelles ces dernières font face. « Actuellement les banques adaptent leur barème en fonction de leurs capacités de traitements des dossiers, mise à mal par le nouveau confinement et les changements de dates de vacances (…), mais ces remontées de taux pourraient ne plus être à l’ordre du jour lorsque les flux auront été traités… avant un été sans doute plus compliqué, comme c’est traditionnellement le cas », constate Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer.

… et un rallongement des délais

« Les tensions proviennent des délais de traitement des dossiers par les banques, qui sont deux fois plus longs que la normale, passant de 5 à 10 jours ouvrés en moyenne, souligne pour sa part Philippe Taboret de Cafpi. C’est un signe de la forte demande, qui chez nous est représentée par une hausse de 30% du nombre de dossiers présentés sur le 1er quadrimestre 2021 par rapport au 1er quadrimestre 2020A noter que le taux de transformation des dossiers est de 70%, alors qu’il avait chuté à moins de 60% en 2020, en raison des contraintes sanitaires et des critères du Haut Conseil de Stabilité Financière », explique-t-il.

Une épée de Damoclès : les tensions obligataires

Si l’embouteillage des dossiers est pointé du doigt par les courtiers comme facteur bloquant, un autre élément pourrait toutefois prendre le relais rapidement : la remontée des taux longs sur les marchés. Malgré les politiques très accommodantes des banques centrales, la reprise économique qui se dessine, grâce à la décrue de la pandémie, laisse augurer une surchauffe de l’économie d’ici quelques mois, et donc… un retour de l’inflation. Ce scénario macroéconomique, présent dans tous les esprits, a déjà conduit les obligations d’État françaises à 10 ans à redevenir positives depuis le début du mois de juin (0,13% au 6 mai 2021). De quoi conditionner la politique tarifaire des banques en matière de crédits immobiliers au cours des prochains mois. Les emprunteurs et porteurs de projets sont prévenus.

Les taux moyens constatés par les courtiers en crédit

DuréeCafpiEmpruntisVousfinancerArtémisPrettoMoyenne
15 ans0,70%0,90%1,00%0,81%0,89%0,90%
20 ans0,86%1,10%1,20%0,96%1,05%1,08%
25 ans1,10%1,35%1,40%1,22%1,28%1,31%
Source : Courtiers / MVVA