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Crédit immobilier : « le marché est clairement grippé en ce moment »

Pour y voir plus clair au sujet du marché du crédit immobilier, Mieux Vivre Votre argent a questionné Sandrine Allonier, directrice de la communication de Vousfinancer.

crédit immobilier
Crédit : iStock.


On a vu récemment que les taux d’emprunt d’Etat français ont flambé, au-dessus des 2%, pour redescendre récemment. Peut-on espérer une décélération des taux d’intérêts du crédit immobilier ? 

Sandrine Allonier : l’OAT 10 ans est aujourd’hui à 1,75%, en effet, mais ce n’est pas pour autant que les taux de crédit vont baisser dans l’immédiat. Un refroidissement n’est pas acquis d’avance. Nous sommes revenus au niveau de 2014 en ce qui concerne les taux longs, date à laquelle les taux de crédit étaient au-dessus de 3% et les taux d’usure au-dessus de 5%. Un taux plafond qui est actuellement à 2,57% pour les prêts à 20 ans et plus. 

Quel est le risque ?

Sandrine Allonier : Le risque, c’est que les banques ne soient plus en capacité de prêter du fait du taux d’usure, qu’elles ne puissent pas pratiquer les taux de crédit qui leur permettraient de continuer à dégager des marges convenables. Certains établissements y ont même d’ores et déjà renoncé. Et les autres subissent par conséquent des délais de traitement très longs du fait du covid-19, mais aussi des congés. En outre, avec la remontée des taux, beaucoup de profils ne peuvent plus emprunter et sont donc exclus du crédit, sur fond de prix de l’immobilier très élevés. Le marché est clairement grippé en ce moment. Espérons que ce soit temporaire.

Quid de l’inflation, la hausse des prix pèse-t-elle sur le marché du crédit ? 

Sandrine Allonier : Oui, les banques sont plus prudentes. Bien qu’elles soient en capacité de les financer, elles sont de moins en moins nombreuses à accepter des dossiers qui montent jusqu’à 35% de taux d’endettement. Certaines s’en tiennent à 30%, anticipant une montée en puissance du coût des charges, et demandent un reste à vivre plus important. 

Qu’est-ce qui serait souhaitable pour relancer la machine ? 

Sandrine Allonier : Nous appelons les pouvoirs publics à prendre en compte le dernier mois du trimestre pour le calcul du taux d’usure pour le mois d’octobre ou a procéder à une révision exceptionnelle du taux d’usure durant l’été. Cela permettrait aux banques d’être plus inciter à prêter avec, à la clé, une légère détente.