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Taux d’usure et crédit immobilier : les banques mettent la pression sur Bercy

Près de la moitié des demandes de prêt immobilier ont été refusées en 2022. Les banques pointent le taux d’usure et en appellent au ministère de l’Économie.

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Crédit : Getty Images

Après des années de conditions optimales pour acheter, l’accès au crédit immobilier s’est significativement compliqué depuis quelques mois. La faute à des taux en hausse, mais aussi à la contrainte du taux d’usure. Ce plafond au-delà duquel il est interdit d’emprunter a pour objectif d’empêcher les pratiques abusives et le surendettement des contractants qui, à grande échelle, peuvent déstabiliser l’économie. Mais depuis plusieurs mois, les professionnels du crédit immobilier dénoncent un effet « de ciseaux » avec des taux en hausse, mais un seuil d’usure qui n’évolue que très lentement.

Le taux d’usure revu en octobre

Fixé par la Banque de France, il est actuellement de 2,57% pour un crédit immobilier sur 20 ans ou plus, rappelle Le Parisien. Un chiffre qui n’a pas posé de problème durant des années d’« argent gratuit » avec des taux historiquement bas. Mais depuis le début de l’année, ils ont significativement augmenté pour atteindre 1,68 % en juillet. L’écart entre les deux se contracte et exclut une partie des acquéreurs potentiels, en premier lieu les ménages modestes ou primo-accédants, mais pas seulement. Par conséquent, près de la moitié des demandes de prêts immobiliers (45 %) auraient été refusées en 2022, selon un sondage Opinion System, commandé notamment par l’association française des intermédiaires en bancassurance.


« Je n’ai jamais connu ça. Ce sont environ 95 % des dossiers que je ne peux pas monter, soit une cinquantaine », affirme au Parisien Claudine Annunziata, présidente du cabinet de courtage WAA & Associés. Les banques mettent la pression sur le ministère de l’Économie pour obtenir une revalorisation du taux. Un choix qui serait politiquement difficile, puisqu’il viendrait contredire la politique gouvernementale sur la hausse du pouvoir d’achat.
 
Du côté de Bercy, un haut fonctionnaire dénonce au quotidien « une grande part de lobbying du secteur bancaire » dans cette analyse. « Quand les banques nous disent qu’elles ne peuvent pas prêter et qu’il faut remonter le taux d’usure, on les entend, mais on se dit aussi qu’elles pourraient baisser un peu leurs taux », relève-t-il. Une réévaluation du taux d’usure est prévue pour le 1er octobre. Mais certains acteurs préviennent déjà que l’augmentation de 0,2 à 0,4 point évoquée ne suffira pas. Surtout face à la hausse des taux directeurs annoncée par la Banque centrale européenne.