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L’immobilier organise sa transition énergétique

Retour sur l’édition 2020 du congrès de la Fnaim, qui s’est digitalisé avec un salon 100 % en ligne. Crise sanitaire, rénovation énergétique et évolution du marché immobilier étaient notamment au programme.

Crédit: iStock.

Un congrès placé sous le signe du logement vert et de la crise sanitaire. La Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) organise, du 23 au 26 novembre 2020, une édition inédite de son traditionnel salon de l’immobilier. Entièrement digitalisés, les conférences et ateliers se déroulent tous en ligne depuis le site du congrès. L’ensemble des prises de parole sont disponibles en replay et il est possible de communiquer avec tous les exposants à travers un chat. La ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, a joué le jeu à travers une vidéo postée sur le site.

Elle y assure de nouveau aux professionnels que le PTZ sera maintenu en l’état jusqu’en 2022, et le Pinel prorogé, avec quelques modifications dans les années à venir. Ce qui n’a toutefois pas entièrement convaincu les professionnels : « Sur ce point, nous n’avons pas été entendu par le Gouvernement puisque nous souhaitions étendre les modalités du PTZ ancien afin que davantage de primo-accédants puissent y accéder. Aujourd’hui, on ne réalise que 9 000 PTZ ancien par an », affirme Jean-Marc Torrollion, président de la Fnaim.

Visites autorisées, mais limitées

Sur la reprise des visites immobilières, interdites depuis le reconfinement, le secteur devrait cependant avoir gain de cause. « Un nouveau protocole sanitaire a été proposé au Gouvernement », indique le président de la Fnaim. « Les visites seraient limitées à deux personnes maximum et l’on ne pourrait en organiser que deux par demi-journée. De plus, nous voulons imposer la visite virtuelle avant toute visite physique afin d’avoir un premier filtre sur les particuliers intéressés », ajoute-t-il. Un cadre qui semble avoir eu l’oreille de la ministre du Logement, cette dernière ayant salué l’initiative. La ministre espère que celle-ci suffira à un « redémarrage de cette activité très prochainement, en même temps que le reste des commerces ». Sur ce point, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, devait apporter une réponse définitive dans la journée du 25 novembre.

Immobilier et écologie, un mariage houleux

Mais outre les mesures liées au contexte sanitaire, c’est l’environnement et la valeur verte des logements qui s’imposent dans la plupart des conférences et ateliers. Un paradoxe, lorsque l’on sait que la fédération, par l’intermédiaire de son président, se dit opposée à la plupart des mesures proposées par la Convention citoyenne en la matière, tout en les respectant sur le fond. Parmi elles, on peut retenir l’obligation de rénover de manière globale les logements d’ici 2040 et toutes les passoires énergétiques d’ici 2030. « Ces objectifs sont irréalistes, indique Jean-Marc Torrollion. De plus, nous préférons transformer les obligations en exigences. Par exemple à travers une politique contractuelle entre tous les acteurs sur des objectifs quantitatifs et qualitatifs. Penser à l’échelle d’une ville. Analyser son parc et inscrire des objectifs en matière de rénovation énergétique dans le PLUi [plan local d’urbanisme intercommunal]. »

La question de la sensibilisation – et surtout de la formation des professionnels de l’immobilier sur les questions environnementales – est, pour lui, prioritaire pour tenir des engagements forts en matière de rénovation énergétique. « Pour rester au niveau, un agent immobilier devra être capable demain d’inciter un propriétaire à faire des travaux de rénovation, de comprendre un chantier de rénovation énergétique et d’aiguiller son client vers les aides qu’il peut solliciter. D’où notre démarche de formation, à travers le mouvement Copros Vertes, l’Ecole supérieure de l’immobilier et la création d’un pôle de compétence interne pour expliquer à nos adhérents les dispositions techniques et législatives en place », précise-t-il. La Fnaim s’engage, par ailleurs, avec les organisations professionnelles Unis et Plurience, à initier la rénovation de 50 000 copropriétés.

Un marché en suspens

Reste que derrière le sourire affiché de l’ensemble des conférenciers, de nombreuses craintes sont perceptibles quant à l’avenir du marché immobilier. Si l’année 2020 devrait rester un très bon cru avec près de 930 000 transactions, des incertitudes demeurent sur l’année 2021. « Les particuliers, insécurisés par la crise économique, vont suspendre leur parcours résidentiel, ce qui risque de ralentir le marché ». 

Une hypothèse confirmée par Pascale Hébel, experte en prospective et consommation au sein du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), présente sur le salon : « Si le moral des Français reste supérieur à ce qu’il était durant la crise de 2008, une partie de la population, notamment les actifs du privé, pensent qu’ils vont perdre leur emploi prochainement. Cela représente 1 Français sur 5 et ce sentiment est encore plus fort chez les 18-24 qui se sentent menacés ». Le Crédoc note également que seules 47 % des personnes interrogées pensent que c’est le moment d’acheter un logement, contre 66 % à la même date il y a un an.