Grand débat: Philippe veut « baisser plus vite les impôts », oui, mais lesquels ?

Lors de la présentation du bilan du grand débat national lancé face à la crise des « gilets jaunes » a confirmé que l’exécutif a bien entendu le souhait des Français de subir moins de pression fiscale. Mais aucune solution concrète n’est avancée.

Les remontées du grand débat sont parfois vagues, contradictoires ou orientées par les questions posées. Crédit: iStock.

Face à « une immense exaspération fiscale« , le gouvernement doit « baisser plus vite les impôts », a insisté lundi Edouard Philippe lors de la présentation du bilan du grand débat national lancé face à la crise des « gilets jaunes ».

Après deux mois de consultations qui ont confirmé une « tolérance fiscale zéro », le Premier ministre a estimé, sous la verrière du Grand Palais, que ces débats indiquent « clairement la direction à prendre: nous devons baisser, et baisser plus vite, les impôts », sans préciser lesquels.

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Avant une adresse au Parlement mardi et mercredi, et à quelques jours des premiers arbitrages du président Macron, le Premier ministre a affiché la volonté de l’exécutif d’annoncer des décisions fortes après la crise des « gilets jaunes » et cette « restitution » des centaines de milliers de propositions citoyennes issues du grand débat.

« Nous sommes parvenus à une situation où hésiter serait pire qu’une erreur, ce serait une faute. Le besoin de changement est si radical que tout conservatisme, toute frilosité serait à mes yeux impardonnable », a affirmé M. Philippe, qui s’exprimait devant près de la moitié du gouvernement, les cinq « garants » du grand débat ainsi que des maires et des partenaires sociaux.

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« Le président l’a dit, nous ne pourrons plus gouverner comme avant », a déclaré le Premier ministre jugeant nécessaire « de construire les outils d’une démocratie plus délibérative ». Il a évoqué la défiance à l’encontre des élus et un « profond malaise » dans la société française, fait d' »isolement », d' »abandon », d' »indifférence » et de « manque de considération ».

Face à l' »urgence climatique », il note que les Français sont prêts à faire évoluer leurs comportements, mais « ne veulent plus que des taxes leur dictent ce qu’ils doivent faire« , après la polémique suscitée par l’idée d’un retour de la taxe carbone.

Le souhait d’une plus grande justice fiscale

Il a aussi plaidé pour « un rééquilibrage entre métropoles et communes petites ou moyennes » et la nécessité de « bâtir une démocratie participative au long cours ».

Sur les 80 km/h, M. Philippe a plaidé « la bonne foi ». « Je voulais sauver des vies, on m’a accusé de vouloir remplir les caisses » de l’Etat, a-t-il regretté, sans pour autant dire qu’il souhaitait d’abandonner cette mesure.

« Aucune annonce concrète: le grand blabla continue », a réagi sur Twitter le député LFI Alexis Corbière. « Les Français n’ont pas une tolérance fiscale zéro: ils ont une tolérance privilèges zéro ! », a critiqué son collègue Eric Coquerel, réclamant de nouveau la suppression de l’ISF.

Selon les documents de synthèse consultés par l’AFP, la baisse des impôts revient sans surprise comme une des principales suggestions qui émergent du grand débat, et le souhait d’une plus grande justice fiscale se traduit par des soutiens notables au rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), au renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et à l’idée « que tout le monde paie l’impôt« . En revanche, les dépenses publiques à réduire restent imprécises.

Plus de 1,5 million de personnes ont participé directement au grand débat d’après les comptages officiels: un tiers via le site dédié, un tiers dans les quelque 10.000 réunions locales, un tiers dans les 16.000 cahiers de doléances ou par courrier libre. Aux quatre thèmes fixés par Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français mi-janvier – écologie, impôts, services publics, démocratie – s’en sont ajouté d’autres qui ont spontanément émergé dans la consultation: la santé, beaucoup, mais aussi les retraites ou encore la dépendance. D’autres sujets, comme l’immigration, sont restés en retrait.

« Si c’était de l’eau tiède, ce serait un échec »

Quand l’opposition fustige un « grand blabla » et un exercice biaisé par le gouvernement, le risque pour l’exécutif est d’apparaître comme celui qui ne retient que ce qui l’arrange. « Toutes les analyses » seront mises en ligne, répond la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, chargée de l’organisation du débat.

Le verdict reviendra mi-avril à Emmanuel Macron, au terme d’un tour de France en 80 jours dont une centaine d’heures de débats. Les mesures pourront être distillées jusqu’à l’été. Le président s’est engagé à répondre sans « reniement » ni « entêtement » aux souhaits des Français, un « en même temps » qui maintient le flou.

D’autant que les remontées du grand débat sont parfois vagues, contradictoires ou orientées par les questions posées, et n’ont jamais eu la prétention d’une solidité scientifique. « Si c’était de l’eau tiède, ce serait un échec », a commenté François Bayrou, patron du MoDem et allié de la majorité, tout en disant avoir « la certitude que ce n’est pas cela que cherche le président de la République ».

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