Le budget 2020 ne fâche pas les ménages, mais ne prévoit aucun investissements d’avenir

Pour le directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, la grande surprise du quinquennat Macron réside dans le non accomplissement du vaste plan de baisse d’impôts de 20 milliards pour les entreprises.

Le déficit va rester élevé, pour en gros des dépenses courantes, prévoit le directeur de recherche à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Crédit: iStock.

Pour Alain Trannoy, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), avec son projet de budget 2020, présenté jeudi soir, le gouvernement fait le choix de ne pas fâcher les Français avant la réforme des retraites.

Les baisses d’impôts décidées par le gouvernement étaient-elles inévitables après la crise des « gilets jaunes »?

Alain Trannoy: Puisqu’une partie de la révolte des gilets jaunes a porté sur l’injustice fiscale qui avait consisté à remplacer l’impôt sur la fortune (ISF) par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), et donc à accorder plus de 3,5 milliards d’euros de dégrèvements fiscaux aux plus fortunés, oui il y avait un mouvement de correction qui devait être fait vers les classes moyennes et les bas revenus.

D’une manière ou d’une autre, il fallait faire un geste. Est-ce que c’était ce geste, aussi important que cela, est-ce que c’était la meilleure façon? Ca, on peut en discuter. Les baisses d’impôts sont quand même considérables, d’environ 9 milliards d’euros. 

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En face, il y a peu de mesures d’économies, et elles mobilisent surtout les entreprises…

Alain Trannoy: C’est la grande surprise de ce quinquennat. Souvenons-nous de François Hollande qui un an et demi après avoir été élu, annonce un vaste plan de baisse d’impôts de 20 milliards pour les entreprises. Emmanuel Macron, présenté comme plus libéral, fait un grand plan de 20 milliards pour les ménages sur son quinquennat.

Les entreprises ont pu se réjouir de l’arrivée d’Emmanuel Macron, et il y a eu des gestes très significatifs – la loi Pacte, la modification du marché du travail – mais sur le plan fiscal c’est moins la fête que ce qui avait été annoncé dans son programme présidentiel, puisqu’on rogne sur un certain nombre de déductions fiscales. D’autant que sur la compétitivité de l’industrie française en particulier il reste des choses à faire, qui ne sont pour l’instant même pas envisagées à l’horizon de ce quinquennat, notamment sur les impôts de production très nocifs pour les entreprises.

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Le déficit et la dette devraient peu baisser l’an prochain, à 2,2% et 98,7% du PIB. Est-ce un aveu d’échec du gouvernement? Alain Trannoy: C’est assez difficile, voire impossible, en tout cas dans le contexte français, de mener à bien des réformes structurelles et des mesures d’économies budgétaires. La réforme des retraites est un gros enjeu pour le gouvernement, et il ne veut pas serrer la vis en même temps pour ne pas coaguler les mécontentements.

Dans ce contexte de taux d’intérêt très très bas, je pense que le gouvernement a raison de privilégier les réformes de fond, quitte à laisser filer un peu le déficit budgétaire. Sur le déficit structurel, il n’y aura aucun effort dans le projet de loi de finances pour 2020. Et sur le quinquennat, le bilan sera pauvre au niveau des économies que fait l’Etat. Si à un moment donné, il devait renoncer à la réforme des retraites prévue, et qu’en même temps, on a lâché les vannes, c’est sûr que cela serait un bilan qui commencerait à devenir un peu gris.

Par ailleurs, je trouve étonnant qu’on n’utilise pas les marges de manœuvre que permettent le fonctionnement actuel des marchés financiers pour s’endetter afin d’investir. Malheureusement, je ne vois pas beaucoup d’investissements importants de long terme en matière écologique et d’éducation. Le déficit va rester élevé, pour en gros des dépenses courantes.

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