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Taxe foncière : une addition bien plus salée en 2022

En 2021, 27 milliards d’euros ont été récoltés auprès des 32 millions de ménages propriétaires qui ont réglé leur taxe foncière. Détails.

L’avis de taxe foncière de cette année 2022 risque d’être particulièrement indigeste cette année. En effet, dans des villes comme Marseille, Nantes, Tours et Strasbourg, son montant a flambé. Des hausses respectives de 16,5%, 11,5%, 15,3 % et 12,6 % comme le révèle l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), dont 20Minutes se fait l’écho. Et ce n’est pas seulement en raison de l’inflation, selon son président Christophe Demerson.

Il y avait d’abord eu l’adoption d’une augmentation inédite de 3,4% de l’indice des prix à la consommation harmonisé. « Mais cet IPCH, d’un calcul complexe, a été adopté en novembre dernier pour la taxe foncière 2021, alors que les prix n’avaient pas tant flambé que ça ! Alors qu’est-ce que ce sera l’an prochain ? », questionne-t-il alors que certaines villes et agglomérations s’en mettent plein les poches. À Strasbourg, l’Eurométropole a quadruplé son taux qui est ainsi passé de 1,15 à 4,60 %. Dans le même temps, la mairie de Marseille a voté une hausse de 14 % du sien. Plus significatif en France, parmi les 40 villes françaises de plus de 100.000 habitants, 29 % ont rehaussé leurs parts au sein de l’impôt local. Un an auparavant, ils n’étaient que 10 %.

Pas de réelle explosion de la taxe foncière ?

« Sur les 182 villes de plus de 40.000 habitants, ça correspond à une hausse moyenne de 1,5 %. Il n’y a donc pas d’explosion de la taxe foncière globalement », tempère Jérôme Barberet, directeur des études chez FSL. « Ces augmentations arrivent même régulièrement en début de mandat, quand les nouvelles équipes mettent en place leur projet. Les années électorales, généralement, ça ne bouge pas trop ! »

Et la tendance ne devrait pas changer. « Car avec la suppression progressive de la taxe d’habitation (qui concernera tous les Français en 2023), les collectivités manquent de lisibilité. » Pour pallier le manque à gagner, ils pourraient se servir de la taxe foncière afin de renflouer leurs caisses. « Avant, on demandait aussi de l’argent aux locataires mais ce n’est plus le cas. Alors on se rabat sur les propriétaires ! », peste Christophe Demerson. « Mais nous ne sommes pas des vaches à lait », ajoute Gérard Weber, le président de la Chambre syndicale de la propriété et copropriété (CSPI) du Bas-Rhin. « Les propriétaires rentiers comme au XIXe siècle, ça n’existe plus. C’est un poncif de penser que tous s’en mettent plein les poches. Sans penser à ceux qui sont simplement occupants de leur logement. »

Tous deux encouragent « un mécanisme pour encadrer la taxe foncière ». « Comme pour les loyers qui ne peuvent pas être augmentés n’importe comment », illustre le président de l’UNPI. Selon lui, les années à venir seront sombres. « On a l’impression que ce n’est pas la même inflation pour tout le monde… »

Dans la cité phocéenne, on n’entend pas laisser passer la hausse aussi facilement. Un collectif, composé de 250 propriétaires a déjà été mis en place. Ils souhaitent contester l’augmentation devant un tribunal administratif. « C’est une hausse spectaculaire, totalement délirante », indique leur avocat, Me Jacques Gobert. « Elle a par ailleurs été évoquée dans des conditions illégales, puisqu’elle a été envisagée en février, soit bien avant la guerre en Ukraine et la crise énergétique. Enfin, c’est une hausse qui touchera durement la population marseillaise. On a, à Marseille, 175.000 propriétaires. Sur ces 175.000, 14.000 sont pauvres au sens de l’Insee, c’est-à-dire qu’ils ont un revenu fiscal de référence inférieur à 13.200 euros par an. Cette hausse va provoquer un appauvrissement en plus d’une grande partie de ces gens, d’autant plus qu’il n’y a pas à Marseille de grande fortune foncière comme à Paris. »