Aristophil, les enchères du scandale

18 000 investisseurs escroqués par Aristophil attendent fébrilement la vente aux enchères du 20 décembre prochain dans l’espoir de récupérer une partie de leur mise.

Le 20 décembre, la maison Aguttes animera la première vente consacrée à l’énorme fonds de lettres et manuscrits accumulé au fil du temps par Aristophil, société, mise en liquidation en 2015,. Elle avait profité pendant des années d’une vaste escroquerie supervisée par son fondateur Gérard Lhéritier. ©iStockPhoto

Le 20 décembre prochain, la maison Aguttes animera la première vente consacrée à l’énorme fonds de lettres et manuscrits accumulé au fil du temps par Aristophil.

Cette société, mise en liquidation en 2015, avait profité pendant des années d’une vaste escroquerie supervisée par son fondateur Gérard Lhéritier, qu’on pourrait ironiquement surnommer le « Madoff du manuscrit ancien ».

Elle vendait au prix fort à des particuliers, le plus souvent réunis en indivision, des documents rares rédigés et signés par les plus grands artistes écrivains, artistes, hommes politiques et personnages majeurs de notre histoire.

Plus-value annuelle de 8% garantie

Aristophil garantissait à l’investisseur une plus-value annuelle de 8 %, soit un gain de 40 % en cinq ans et s’engageait à racheter leurs parts dans l’indivision. Malheureusement, les 18 000 personnes qui ont investi en toute confiance 850 millions d’euros dans 135 000 lettres et manuscrits n’ont jamais rien vu venir.

Aujourd’hui alors que Gérard Lhéritier a été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale et escroquerie en bande organisée, il s’agit pour le tribunal de commerce chargé de cette affaire de limiter la casse et d’indemniser les pauvres investisseurs dupés en revendant l’ensemble exceptionnel réuni par Aristophil.

Il n’est bien entendu pas question de proposer sur le marché ces 135 000 documents au risque de provoquer un effondrement majeur des cours car il n’y a pas sur le marché mondial de collectionneurs ou d’institutions capables d’absorber un tel volume.

De plus, il faut tenir compte du fait qu’Aristophil, par le volume de ses achats et sa présence permanente sur les marchés, contribuait à une montée artificielle des cours.

La vente du fonds d’Aristophil étalée sur 6 ans 

Pour éviter une déroute calamiteuse, la vente du fonds Aristophil s’étalera donc sur six ans au fil de 200 sessions d’enchères. Malgré cet étalement prudent des ventes, les investisseurs floués ne doivent pas s’attendre à récupérer leur mise.

La vente du 20 décembre proposera aux amateurs 192 lots pour une estimation globale de 12 à 16 millions. On y trouve des écrits d’Hugo, Céline, de Gaulle, Proust, Kennedy ou Eisenhower. Parmi les pièces d’exception, le manuscrit du roman de Balzac « Ursule Mirouët » est estimé 800 000 à 1,2 million d’euros alors que le témoignage d’Helen Churchill Candee rescapée du naufrage du Titanic et dont le récit inspira le film de James Cameron pourrait obtenir 300 000 à 400 000 euros.

Le lot le plus rare

Plusieurs pages autographes d’André Breton sont également proposées dont notamment le second « Manifeste du surréalisme » attendu autour de 1 à 1,2 million d’euros. Mais le lot le plus rare est sans conteste le rouleau des « cent vingt journées de Sodome » du marquis de Sade acheté par Aristophil en 2014 pour la somme rondelette de 7 millions d’euros et aujourd’hui estimé plus raisonnablement 4 à 6 millions d’euros.

Gérard Lhéritier, alors au sommet de sa gloire, l’avait présenté en grande pompe dans le somptueux hôtel particulier du faubourg Saint-Germain qui abritait sa société.

La nature des résultats de la vente importe

Le résultat de la vente organisée par la maison Aguttes est attendu avec fébrilité par tous ceux dont les économies ont fondu comme neige au soleil dans cette lamentable escroquerie. Un bon résultat leur donnera l’espoir de récupérer une partie de leur investissement. Un mauvais résultat et surtout un nombre élevé d’invendus, les collectionneurs n’aimant pas revoir sur le marché des pièces déjà passées en vente dans les années précédentes et proposées aux enchères dans le cadre d’une procédure judiciaire, n’augurera en revanche rien de bon pour les ventes futures !

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