Il fallait bien du courage aux curieux qui, en ces mornes journées de mars, avenue Matignon à Paris, attendaient patiemment, sous la pluie, d’entrer dans les locaux de Christie’s afin de contempler les plus beaux tableaux de la collection de Peggy et David Rockefeller. Pourtant, il s’agissait certainement de la plus petite exposition parisienne du moment puisqu’elle ne rassemblait qu’une dizaine de pièces. Mais quelles pièces !

Ce couple de milliardaires américains, au nom mythique, possédait un des plus splendides ensembles de tableaux d’artistes français et ce sont ces œuvres que présentaient Christie’s. Avant Paris, ces lots vedette ont parcouru le monde entier, de Hong Kong à Londres, en passant par Pékin et Los Angeles avant un retour à New York où ils seront vendus avec près de 2 000 objets d’art, meubles, tableaux, dessins, céramiques… au cours de sept vacations qui se tiendront du 8 au 11 mai prochain.

Le flair artistique d’une famille

Ils reflètent tous l’époustouflant flair artistique de cette famille discrète dont Peggy et David étaient les dignes représentants. Selon leurs dernières volontés, respectant cette tradition typiquement américaine de philanthropie, le produit total de la vente sera réparti entre plusieurs associations et fondations.

Les estimations pour cet ensemble unique sont de 600 millions de dollars mais tout le monde s’accorde à les trouver bien modestes et l’on pourrait allégrement dépasser le milliard de dollars reléguant bien loin les 373 millions d’euros réalisés en 2009 par la maison Christie’s avec la dispersion de la collection d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé.
Il est vrai que plusieurs œuvres sont exceptionnelles et pourraient figurer sur les cimaises des plus grands musées du monde.

Pablo Picasso « Fillette à la corbeille fleurie », 1905. Estimation : autour de 70 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

Un rarissime Picasso de la période rose « Fillette à la corbeille fleurie », qui ornait la bibliothèque de notre couple et avait appartenu à Gertrude Stein est modestement estimé 70 millions de dollars. Il avait été acheté en 1938 par les parents de David Rockefeller et pourrait devenir le Picasso le plus cher au monde et dépasser « Les femmes d’Alger » un tableau du maître adjugé 180 millions de dollars en 2015.

Henri Matisse « Odalisque couchée aux magnolias », Nice 1923, Estimation ; autour de 50 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

Une suave et lascive « Odalisque couchée aux magnolias » de Matisse, peinte à Nice en 1923 pourrait atteindre 50 millions de dollars.

Claude Monet, « Nymphéas en fleur », vers 1914-1917. Estimation : autour de 35 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

Plusieurs Monet sont proposés dont une merveilleuse toile de la série des nymphéas en fleur au bleu intense attendue autour de 35 millions de dollars.

 

Georges Seurat, « La rade de Grandcamp », 1885. Estimation : autour de 30 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

On trouve également des paysages à la beauté calme et sereine des deux grands maîtres du pointillisme Seurat et Signac. Du premier « La rade de Grandcamp » et ses petits voiliers au vent pourrait atteindre 30 millions de dollars alors que du second « Portrieux, la Comtesse » est estimé moitié moins.

Paul Signac, « Portrieux, La Comtesse », 1888, Estimation : autour de 15 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

L’inventaire des merveilles ne s’arrête pas là. Les amateurs fortunés pourront se disputer des œuvres splendides de Gauguin, Corot, Sargent, Juan Gris, Manet, Delacroix…

Paul Gauguin « La vague », août-octobre 1888, estimation : autour de 7 millions de dollars. Crédit photo : Christie’s images limited.

A cela s’ajoutent une profusion d’objets chinois dont un bronze impérial d’époque Kangxi (1662-1722) attendu autour de 400 à 600 000 dollars, un service en porcelaine de Sèvres « Marly rouge » ayant appartenu à Napoléon Ier (150 à 250 000 dollars), des centaines de céramiques aux prix plus accessibles comme cette ravissante paire de carlins , faïence de Strasbourg du XVIIIe siècle estimée 3 000 à 5 000 dollars ou encore du mobilier anglais de la même époque dont les prix commencent à 300 dollars. L’amateur a de quoi perdre la tête tant le choix est vaste.

Une seule certitude : les estimations seront pulvérisées car ces ventes remplissent tous les critères de l’excellence : des objets uniques, une appartenance à des collectionneurs parmi les plus prestigieux au monde et le fait que le produit de la vente sera reversé à des associations, permettant ainsi à l’acheteur de se donner bonne conscience, sachant que le plaisir qu’il se donne en s’offrant un objet Rockefeller servira à une bonne cause.

Alors cap sur New York et si vous ne pouvez pas vous y rendre, vous pourrez suivre les ventes par Internet en vous inscrivant sur le site de Christie’s.

En pratique

Ventes collections Peggy et David Rockefeller, Christie’s New York, du 8 au 11 mai.
Renseignements : www.christies.com; ensemble des catalogues au prix de 625 euros.