Le symbolisme et la femme chez Christie’s et Sotheby’s

Dans la peinture symboliste, la femme est une icône. Les œuvres mises en vente par Christie’s et Sotheby’s les 20 et 21 juin en apportent l’éblouissante démonstration.

C’est traditionnellement fin juin, peu avant les congés d’été, que les grandes maisons de ventes parisiennes organisent de belles vacations dédiées aux tableaux anciens. Cette année encore Christie’s  et Sotheby’s proposent des catalogues bien fournis où tous les amateurs trouveront leur bonheur.

Cette année, les deux maisons de ventes anglo-saxonnes proposent un florilège d’œuvres symbolistes d’une rare qualité.

Après une période de désaffection, les artistes symbolistes, sans être furieusement « tendance », reviennent sur le devant de la scène. Il suffit de voir le nombre croissant d’expositions consacrées à ce mouvement de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : « Le symbolisme dans les pays baltes » au musée d’Orsay ou « La porte des rêves » à Yerres à la propriété Caillebotte…

Chez Christie’s, on pourra notamment contempler « L’âme de la source » d’Edgard Maxence (1871-1954). Dans un espace mystérieux qui pourrait être celui de la forêt de Brocéliande, une jeune femme blonde à la carnation éburnéenne joue de la lyre accompagnée de deux spectatrices fascinées par la musique. Cette diaphane musicienne symbolise la source, la vie. En contemplant ce merveilleux tableau, on pense au raffinement précieux des  enluminures gothiques. Cette œuvre est estimée 100 000 à 150 000 euros.

Edgard Maxence, L'Âme de la Source, tempera et rehauts d'or sur panneau. Estimation : 100.000 - 150.000 euros. © Christie’s Images Limited
Edgard Maxence, L’Âme de la Source, tempera et rehauts d’or sur panneau. Estimation : 100.000 – 150.000 euros. © Christie’s Images Limited

 

Ce goût du gothique flamboyant, on le retrouve dans toute l’œuvre de l’artiste qui inlassablement peint de belles créatures médiévales. L’aquarelle, « jeune femme au hennin lisant » avec gouache et rehauts d’or présentée par Sotheby’s est, à cet égard, caractéristique. On y voit une jeune femme de profil,  coiffée d’un haut hennin, vêtue d’une lourde robe damassée, absorbée par la lecture d’un psautier. Il s’en dégage une impression de sérénité parfaite et d’équilibre fragile entre la vie terrestre et l’aspiration à un ailleurs inconnu mais annoncé par la religion. Cette œuvre est estimée 20 000 à 30 000 euros.

Lot 180, Edgar Maxence, Jeune femme au hennin lisant, Aquarelle et gouache avec rehauts d'or et de pastel, dans son cadre d'origine. Est. 20.000 – 30.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio
Lot 180, Edgar Maxence, Jeune femme au hennin lisant, Aquarelle et gouache avec rehauts d’or et de pastel, dans son cadre d’origine. Est. 20.000 – 30.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio

 

Christie’s présente également trois portraits assez exceptionnels par leurs coloris de Lucien-Victor de Scévola (1871-1950). L’un d’entre eux, dans un fond crépusculaire représente Marguerite Moréno (1871-1948), actrice célèbre et muse des symbolistes. Sur une tenue sombre, digne d’une impératrice byzantine, elle porte des bijoux d’esprit Renaissance. Son visage et ses yeux sont doux et atténuent son maintien rigide. On a l’impression de contempler un portrait d’apparat Tudor, avec ce supplément de charme et d’irrationalité propres aux symbolistes. Ce portrait est estimé 40 000 à 60 000 euros.

Lucien-Victor Guirand De Scévola, Portrait de Marguerite Moréno, graphite, aquarelle et gouache, rehaussé d'or sur papier. Estimation : 40.000 - 60.000 euros. © Christie’s Images Limited
Lucien-Victor Guirand De Scévola, Portrait de Marguerite Moréno, graphite, aquarelle et gouache, rehaussé d’or sur papier. Estimation : 40.000 – 60.000 euros. © Christie’s Images Limited

 

Les deux autres portraits, « La princesse aux narcisses » et « La lampe à huile » sont plus lumineux. Les jeunes modèles sont mises sur un piédestal. Ce sont des héroïnes, des femmes idéales aux pouvoirs multiples, à la beauté parfaite. Là encore, de face, elles semblent figées comme des déesses à qui l’on se doit de rendre hommage. La jeune princesse est estimée 30 000 à 50 000 euros alors que la divine créature tenant une lampe à huile devrait se vendre entre 40 000 et 60 000 euros.

Lucien-Victor Guirand De Scévola, La Princesse aux narcisses, graphite, aquarelle et gouache, sur papier. Estimation 30.000 – 50.000 Euros. © Christie’s Images Limited
Lucien-Victor Guirand De Scévola, La Princesse aux narcisses, graphite, aquarelle et gouache, sur papier. Estimation 30.000 – 50.000 Euros. © Christie’s Images Limited
Lucien-Victor Guirand De Scévola , La Lampe à huile, huile sur toile, non rentoilée, à pans coupés dans le haut. Estimation 40.000-60.000 euros. © Christie’s Images Limited
Lucien-Victor Guirand De Scévola , La Lampe à huile, huile sur toile, non rentoilée, à pans coupés dans le haut. Estimation 40.000-60.000 euros. © Christie’s Images Limited

 

Chez Sotheby’s, on pourra également acheter un buste de Théodora par Jean Rivière (1853-1922). S’agit-il de la célèbre et puissante impératrice de Byzance ? On peut le croire. Belle, mais sévère, elle est perdue dans ses pensées. Ce beau plâtre polychromé est estimé 10 000 à 15 000 euros.

Lot 182, Jean Riviere, Théodora, Plâtre original polychromé. Est. 10.000 – 15.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio
Lot 182, Jean Riviere, Théodora, Plâtre original polychromé. Est. 10.000 – 15.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio

 

La Beatrix d’Elisabeth Sonrel (1874-1953) est plus vaporeuse, plus sensuelle. L’amante idéale de Dante figure de profil, les cheveux ornés de fleurs. Pure et sereine, elle n’a pas conscience de sa beauté parfaite. Cette aquarelle est estimée 25 000 à 35 000 euros.

Lot 179, Elisabeth Sonrel, Beatrix, Aquarelle avec rehauts d'or et de gouache. Est. 25.000 – 35.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio.
Lot 179, Elisabeth Sonrel, Beatrix, Aquarelle avec rehauts d’or et de gouache. Est. 25.000 – 35.000 € Crédit : Sotheby’s / Art Digital Studio.

 

Evoquons enfin cette « Jeune fille » d’Henri Martin (1860-1943) présentée chez Christie’s. Entre symbolisme et néo-impressionnisme, vêtue de blanc, elle pose dans un paysage champêtre.  Coiffée d’une couronne de fleurs, le cou orné de feuillages, elle tient une plume de paon et une branche de fleurs dorées. Son regard est doux et confiant. Le tableau baigne dans une atmosphère nébuleuse, éthérée et nous emporte. Il est estimé 100 000 à 150 000 euros

Henri Martin, La Jeune fille, huile et rehauts dorés sur toile marouflée sur panneau. Estimation : 100.000 - 150.000 euros. © Christie’s Images Limited
Henri Martin, La Jeune fille, huile et rehauts dorés sur toile marouflée sur panneau. Estimation : 100.000 – 150.000 euros. © Christie’s Images Limited

Vente Christie’s Paris, 20 juin. Exposition du 15 au 20 juin.

Vente Sotheby’s Paris, 21 juin . Exposition du 16 au 20 juin.

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Robin des arts

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