Liliane et Michel  Durand-Dessert sont connus  des collectionneurs et des grands musées comme des pionniers de l’art contemporain. Pendant trois décennies, dans leur galerie, ils ont œuvré pour mettre en lumière des artistes alors inconnus et qui sont devenus des figures majeures de l’art. Leur nom est associé aux plus grands (Gerhard Richter, Barry Flanagan, Joseph Beuys, Gérard Garouste, Yan Pei-Ming), aux artistes de  l’Arte Povera (Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto) et à bien d’autres encore.

Ce sont aussi des collectionneurs avisés et éclairés d’art africain. La collection que dispersera Christie’s le 27 juin est exceptionnelle par son importance (105 lots), sa valeur (estimation globale comprise entre 7 et 11 millions d’euros) mais également et surtout par sa qualité, par le sens esthétique, l’œil incroyable de nos deux galeristes. Ces derniers ont collectionné pendant trente ans, privilégiant les pièces marquées, sculptées, abîmées par le temps. Les plus belles pièces sont mutilées, amputées, parcellaires leur apportant ainsi un supplément de fragilité, une humanité profonde au point de nous émouvoir, de nous bouleverser.

Il est absolument impossible d’égrener un à un les trésors présentés dans les salons de Christie’s. Évoquons seulement certains d’entre eux.

Des pièces rares, un chef-d’oeuvre universel…

La pièce certainement la plus rare, la plus exceptionnelle est une statue Mbembe du sud-est du Nigéria. Moins de vingt exemplaires de ce groupe sont connus. Cette représentation d’une femme en majesté, droite et digne, était l’élément décoratif d’un monumental tambour rituel. Ce dernier restait au centre du village, ouvert aux intempéries ce qui explique les stigmates du temps sur la statue de bois qui en fait un témoin d’éternité.

Statue Mbembe, Nigéria, XVIIE-XVIIIe siècle. Estimation : 2 à 3 millions d’euros. Crédit : Christie’s Image Ltd.

Dans le même esprit, une tête de prêtresse Fon capte le regard. Marquée elle aussi, on pourrait croire qu’elle servit de modèle aux créations de Brancusi. Le superbe catalogue édité par Christie’s la qualifie de chef-d’œuvre universel. On ne peut qu’approuver en contemplant ces lignes pures dénuées de tout artifice. Les courbes du visage, l’arrondi de la nuque, on touche à l’irréel, à une image sublimée !

Buste d’une prêtresse Fon, République du bénin, XVIIe-XVIIIe siècle. Estimation : 500 000 à 800 000 euros. Crédit : Christie’s Image Ltd.

Avec la statue Fang issue du fonds du célèbre marchand Paul Guillaume, c’est un autre style qu’on aborde, celui de la puissance. Le corps musculeux et épais, la mâchoire volontaire, la bouche large, le bois sombre et suintant à la surface lisse et huilée impressionnent.

Statue reliquaire Fang, Gabon. Estimation : 700 000 à 1 000 000 euros. Crédit : Christie’s Image Ltd.

Avec la tête commémorative d’ancêtre Akan du Ghana, on découvre un art stylisé, la représentation d’un personnage de haut rang, au visage serein, à la coiffure sophistiqué, une image idéalisée comme pour assurer leur passage de la vie à l’éternité.

Tête commémorative d’ancêtre Akan, région Twifo, Ghana. Estimation 60 000 à 80 000 euros. Crédit : Christie’s Image Ltd.

Dans ce même esprit de perfection, la vente présente un cimier janiforme du Nigéria. Ces masques-cimiers étaient utilisés au cours de danses lors des cérémonies funéraires, une façon peut-être de signifier que la vie et la mort sont duales comme l’élément d’un tout.

Cimier janifaire de la Cross River, Ungulali Nigéria. Estimation 20 000 à 30 000 euros. Crédit : Christie’s Image Ltd.

Collection d’art africain de Liliane et Michel Durand-Dessert

Christie’s Paris, le 27 juin à 16h

Expositions du 22 juin au 27 juin