Jeanne-Victoire-Henriette de Montaud de Navailles, duchesse d’Aiguillon a suscité bien des convoitises galerie Charpentier chez Sotheby’s quand le commissaire-priseur a présenté son portrait aux enchères. Le tableau estimé 200 000 à 300 000 euros s’est envolé pour atteindre le sommet de 657 000 euros.

Il est vrai que le modèle a tout pour séduire. La duchesse était l’une des femmes les plus en vue de son époque, membre de la gentry parisienne, élégante et mutine. Elle est ici représentée assise, les bras croisés, un léger sourire aux lèvres. Elle porte une tenue sobre, à la mode anglaise, en vogue à la fin du règne de Louis XVI et tient dans sa main gantée un éventail fermé.

Ses yeux sont malicieux. Habituée à être le centre des attentions de ses pairs, elle se demande qui nous sommes et semble ouverte à la discussion. Le portrait peut être daté de 1790. Considérant qu’il est emblématique de l’idéal féminin de cette fin du XVIIIe siècle, certains le qualifient de « Joconde » du siècle des Lumières.

Une virtuosité à dépeindre la psychologie de ses modèles

Outre le modèle, l’auteur du tableau ne pouvait qu’attirer les collectionneurs. Il s’agit d’Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803). Peintre de Mesdames, tantes du roi Louis XVI, elle est souvent comparée à Elisabeth Vigée Le Brun (1745-1842), célèbre peintre de la reine Marie-Antoinette. A la différence de sa consœur, la révolution venue, elle ne prit pas le chemin de l’exil ce qui ne lui permit pas de connaître la gloire internationale d’Elisabeth Vigée Le Brun.

Ses portraits sont pourtant d’égale qualité et témoignent de sa virtuosité à dépeindre la psychologie de ses modèles. Et puis, l’artiste est un exemple de modernité, une féministe avant l’heure qui s’insurgeait du traitement infligé aux femmes-artistes qui ne pouvaient entrer à l’Académie.

Pour toutes ces raisons, ce merveilleux tableau ne pouvait qu’atteindre un prix élevé, un record mondial pour l’artiste.