De retour de vacances, le goût des expositions vous reprend. Malheureusement, il n’y a bien souvent pas grand-chose à voir à Paris, les grandes manifestations commençant couramment fin septembre, mi-octobre. Il est donc temps pour vous de vous précipiter à la Galerie des Gobelins dans le XIIIe arrondissement. Y est présenté un ensemble unique de tapisseries produites de 1918 à 2018 par toutes les grandes manufactures françaises sur le thème « Au fil du siècle ». On y contemple l’évolution des styles et des techniques en parcourant l’histoire de notre pays. Après la Première Guerre Mondiale, il s’agit surtout d’oublier les horreurs des champs de bataille et d’exalter une France éternelle, douce et heureuse.

On y encense également la grandeur nationale qui s‘affirme lors de l’exposition internationale des arts décoratifs de 1925. La mission civilisatrice de la France est largement représentée. Les Œuvres de Louis Billotey, Augustin Hanicotte, Leonetto Cappiello ou Frédéric Deshayes en attestent.

Augustin Hanicotte (1870-1957). Hymne au printemps (élément d’un tryptique) 1933-1936. ©Manufacture des GobelinsAugustin Hanicotte (1870-1957). Hymne au printemps (élément d’un tryptique) 1933-1936. ©Manufacture des Gobelins

Les années 30 et l’exposition universelle de 1937 marquent une évolution dans les modes d’expression. Les cartons de grands artistes comme Raoul Dufy, Marcel Gromaire ou Jean Lurçat donnent un souffle nouveau à la tapisserie. Comme au Moyen-Age, la tapisserie devient un œuvre en elle-même qui ne cherche pas à imiter la peinture. Cet élan est stoppé net par la Seconde Guerre Mondiale. Les manufactures nationales fonctionnent au ralenti. Mais les artisans lissiers des Gobelins sont contraints d’exécuter des tapisseries commandées par les grands personnages du troisième Reich, Goering et Von Ribbentrop. Deux d’entre elles, l’une achevée, l’autre non terminée sont présentées dans l’exposition.

Picasso s’essaie à ce mode d’expression

Après la guerre, vient une période de véritable renaissance de la tapisserie qui fait désormais partie intégrante du décor mural. Lurçat poursuit son parcours créatif, l’Etat encourage par ses commandes la production et de grands artistes aussi célèbres qu’Henri Matisse ou Pablo Picasso s’essayent à ce mode d’expression. Des années 50 à aujourd’hui, les artistes n’hésitent plus à produire des cartons qui seront transformés en superbes tapisseries aux couleurs vives par les grandes manufactures. On peut citer Zao Wou-Ki, Le Corbusier, Sonia Delaunay, Alfred Manessier, Joan Miro, Hans Hartung, Victor Vasarely… Quant aux créations contemporaines de Carole Benzaken, Alain Séchas ou Paul-Armand Gette, elles sont influencées par notre monde envahi par les images photographiques, télévisuelles et vidéo.

Au fil du siècle, 1918-2018, chefs-d’œuvre de la tapisserie, Galerie des Gobelins, Paris XIIIe, jusqu’au 23 septembre. Prix d’entrée : 8 euros.

Leonetto Cappiello, Primavera, tapisserie, Manufacture des Gobelins, 1934. ©Manufacture des Gobelins

Pablo Picasso (1881-1973). Les femmes à leur toilette, 1968-1969. ©Manufacture des Gobelins

Joan Miró (1893-1983) Hirondelle d’amour, 1979-1980. ©Manufacture des Gobelins

Frédéric Deshayes (1883-1970). Thermidor, 1937. ©Manufacture des Gobelins