L’art contemporain locomotive du marché de l’art

De New York à la Chine, l’art contemporain fait les affaires des grandes maisons de vente selon Artprice. La force de ce marché : l’intensification rapide du nombre des transactions.

De New York à Hong Kong, l’art contemporain confirme son rôle de locomotive du marché de l’art, avec un chiffre d’affaires en hausse de 19% sur douze mois, à 1,8 milliard de dollars, même si l’art moderne reste largement en tête, selon un rapport d’Artprice.

Selon cette étude annuelle du leader mondial des banques de données sur les indices et la cotation de l’art, publiée avant les grandes foires Frieze London et Fiac, et dont l’AFP a l’exclusivité, le nombre des lots vendus a augmenté sur cette période de 17%, avec 66.850 adjudications.  Le taux d’invendus est resté stable à 39%, et l’indice des prix de l’art contemporain a progressé de 18,5%.

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« L’art contemporain est, avec l’art d’après-guerre, la seule période de création vraiment performante », analyse Artprice dans cette étude qui concerne les peintures, sculptures, installations, dessins, photographies, estampes, vidéos, à l’exclusion des biens culturels anonymes et du mobilier.

Prolifération de l’offre, demande en hausse, contexte économique, tout concourt à consolider ce marché, dont la force repose sur l’intensification rapide du nombre des transactions. Une poignée d’artistes se partagent le marché face à une multitude: 500 artistes les plus performants génèrent 89% du résultat mondial, parmi 20.335 contemporains. 

Avec souvent l’espoir d’un juteux profit: le prix moyen d’une oeuvre contemporaine aux enchères est passé de 8.400 dollars au tournant du XXIème siècle à 28.000 dollars aujourd’hui, indique le rapport.

Les Chinois omniprésents

Dans le tableau mondial, le montée en puissance des Chinois est saisissante: avec le peloton de tête formé de Chen Yifei, Zhang Xiaogang et Zeng Franzhi, et de beaucoup d’autres, la « grande Chine » (Hong Kong et Taiwan inclus) pèse 480 millions de dollars, soit plus d’un quart du marché (26%).

New York, Londres, Pékin et Hong Kong ont concentré 82% du chiffre d’affaires, pour seulement 17% des lots vendus. Hong Kong, grâce à sa législation avantageuse, est une extraordinaire porte d’entrée sur un immense continent.

« L’Etat chinois compte un million d’artistes contemporains qui ne vivent que de leurs oeuvres. Leur nombre, leur qualité, leur sens aigu de la critique font qu’ils sont en train d’emporter le marché », analyse à l’AFP Thierry Ehrmann, président d’Artprice.

Les raisons d’un engouement

Pourquoi cette consolidation de l’art contemporain sur les cinq continents ? Thierry Ehrmann voit plusieurs facteurs à l’oeuvre:  D’abord, l’art contemporain est « redescendu sur terre, il dialogue avec son temps, il reprend sa fonction de parler du réel, avec, comme dans les années 60, des prises de position sur les sujets de société et d’actualité »

Par ailleurs, les galeries savent que la diversification d’une collection reste primordiale, et « les artistes ont souvent freiné, auto-limité leur production », conscients qu’ils peuvent se saboter s’ils émettent trop d’œuvres, ajoute  l’expert. Un autre facteur joue: « l’art  contemporain s’empare de centaines de médiums de l’industrie » -imprimantes 3D, nanoparticules, informatique, etc.-, pour leurs créations, relève M. Ehrmann.

Enfin, face à « l’uniformisation des produits de masse, l’oeuvre d’art demeure singulière », et le musée devient « la cathédrale du XXIème siècle, les nouvelles générations venant y retrouver une sorte de sacré que la société a perdu ».

Trois maisons de vente anglo-saxonnes dominent l’art contemporain: Sotheby’s (28% du chiffre d’affaires mondial), Christie’s (26%) et Phillips (15%). Les Chinois ont six des dix premières maisons dans le monde.  

Quant au podium des trois artistes contemporains les plus performants, il est formé de Jean-Michel Basquiat (256 millions de dollars), qui remporte 20 des 100 meilleures adjudications de l’année et dont une rétrospective s’ouvre à la Fondation Vuitton, de l’Ecossais Peter Doig (101 millions) et de l’Italien Rudolf Stingel (52 millions).

25.000 artistes nés après 1945 ont enregistré au moins une enchère sur les douze mois. « Un artiste arrive souvent aux enchères entre 25 et 30 ans. C’était impensable avant » observe le président d’Artprice.

La répartition du produit des ventes par périodes de création est la suivante: en tête l’art moderne (47%), puis l’art d’après-guerre (21%), puis l’art contemporain (12%), suivis des Maîtres anciens et du XIXème siècle (chacun 10%). 

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Robin des arts

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