La vingt-deuxième édition de Paris Photo, plus grande foire du secteur au monde, se tient de jeudi à dimanche au Grand Palais, et innove cette année avec un secteur consacrée à la photo érotique, « Curiosa ». Avec « une programmation qui couvre deux siècles », cette éditon présente « un panorama extrêmement large par les prix, la variété et les thèmes d’inspiration proposés », se félicite devant l’AFP Florence Bourgeois, directrice de Paris Photo depuis 2015. Venant de 30 pays, 168 galeries et 31 éditeurs internationaux auront des stands sous les verrières du Grand Palais.

Principale innovation, le secteur « Curiosa » traite du rapport au corps et à l’érotisme, analyse les stéréotypes du regard masculin sur le corps féminin souvent fétichisé, les représentations liées au genre et à la couleur de peau.  Martha Kirszenbaum, curatrice du pavillon français à la prochaine Biennale de Venise en 2019, l’a conçu avec conviction. 200 m2 sont mis à la disposition de 14 galeries exposant des photos de nus des 50 dernières années, soit plusieurs générations: de photos d’archives à des photomontages, à des autoportraits et à des mises en scène.

Plusieurs artistes d’avant-garde féministe des années 1970 telles que la Polonaise Natalia LL et l’Autrichienne Renate Bertlmann sont présentes dans « Curiosa », révélant le regard des photographes femmes sur le corps nu. L’artiste anglaise Genesis Breyer P-Orridge traite de son côté la représentation d’un corps sexuellement modifié. Le corps masculin fragilisé et mis à mal est un autre thème de « Curiosa », à travers les travaux du Français Antoine d’Agata ou du Hongrois Károly Halász.

Les photographes femmes à l’honneur

Autre originalité de ce salon, un parcours mettant à l’honneur les femmes photographes intitulé « Elles x Paris Photo » débutera au cœur de la foire et se prolongera au Petit Palais, au Jeu de Paume, à la Fondation Cartier et dans d’autres lieux… Une volonté de remédier à un manque de reconnaissance, nombre de femmes photographes souffrant encore aujourd’hui d’un manque de visibilité. 

Le parcours élaboré par la commissaire indépendante Fannie Escoulen va permettre au visiteur une déambulation dans l’histoire de la photographie féminine: un choix d’une centaine d’images depuis les débuts de la photographie (Julia Margaret Cameron, Margaret Watkins, Lucia Moholy…) en passant par les féministes des années 70 (Agnès Varda, Arlene Gottfried, Renate Bertlmann, Joan Lyons…) et de nouvelles têtes d’affiches comme Lisa Sartorio, Wiame Haddad, Léa Bélooussovitch, Hilla Kurki.

La foire gagne chaque année en importance: 46 exposants de plus qu’en 2017 seront présents, et 300 signatures d’artistes seront organisées au long des quatre jours. 26 exposants n’ont jamais mis les pieds à Paris Photo. Parmi les grandes signatures, figurent Harry Gruyaert, Sophie Calle, Sabine Weiss, Franck Horvat, Sarah Moon, Lynn Davis, Denis Dailleux, Raymond Depardon, Peter Lindbergh ou encore Daido Moriyama. Les collections privées du Californien Nion McEvoy et de JPMorgan Chase Art Collection figurent parmi les expositions vedettes de cette année. 31% (soit 51 galeries) des galeries sont françaises, et 20% sont nord-américaines (soit 33 galeries). Autre originalité, le format PRISMES qui permet de mettre en avant des séries, des grands formats et des installations. Les thèmes environnementaux et un retour aux techniques anciennes et naturelles sont aussi présents sur la foire, avec notamment les très beaux cyanotypes de Nancy Wilson-Pajic et Meghann Riepenhoff réalisés sur papier hypersensible albuminé et subissant les effets corrosifs de la lumière et du sel de mer.

La Foire avait attiré l’an dernier plus de 64.500 visiteurs. Les oeuvres les plus chères avaient atteint 300.000 euros ou plus, dont la photo « Quetta, Pakistan (1974/1978) » de l’Allemand Sigmar Polke, exposée par la galerie Sies + Höke de Düsseldorf.