La diversité des formes de l’Art Déco, l’élégance des lignes allant d’une réinterprétation du XVIIIe siècle au mobilier épuré d’inspiration cubiste, la somptuosité des matières, tout concourt à faire de cette période de l’entre-deux-guerres une période majeure de l’art français. Les créateurs et designers sont nombreux, inventifs, virtuoses et abordent bien des domaines : sculpture et peinture bien évidemment mais aussi mobilier, luminaires, céramiques, dinanderie, argenterie… Tous les objets du quotidien sont revisités, travaillés, modifiés pour créer des ensembles décoratifs d’une élégance rare répondant à la volonté de mêler beauté et recherche de confort.

L’un des plus grands créateurs de cette époque est Jean Dunand (1877-1942). A la fois laqueur, sculpteur, dinandier, orfèvre et architecte d’intérieur, il créé des objets uniques reconnaissables au premier coup d’œil.

Le 14 novembre prochain, dans le cadre de sa vente Design, Christie’s Paris présente une vingtaine de pièces de ce designer d’exception. Il y a de quoi attraper le tournis devant ces merveilles.

La pièce la plus spectaculaire est un immense panneau de laque ((154 x296cm), « La conquête du cheval » réalisé en 1935 pour le fumoir du paquebot le Normandie. En bois laqué et feuille d’or, on y trouve tout l’art de Dunand. Il fait partie d’une série de cinq panneaux destinés au paquebot et illustrant les jeux et les joies de l’homme. Il est estimé 400 000 à 600 000 euros, un montant somme toute assez raisonnable pour une pièce aussi exceptionnelle.

Jean Dunand, La conquête du cheval, vers 1935Jean Dunand, La conquête du cheval, vers 1935. ©Christie’s Images Limited

De dimension beaucoup plus raisonnable (66 x 62,2cm), l’amateur pourra également acheter un autre panneau, image idyllique et dionysiaque des vendanges (20 000 à 30 000 euros). Daté de 1929, un dernier panneau représente trois femmes africaines aux silhouettes déliées, aux visages délicats, tenant dans leurs mains des oiseaux (150 000 à 200 000 euros).

Jean Dunand, Panneau Les vendanges. ©Christie’s Images Limited

 

Jean Dunand, Panneau Trois figures, 1929. ©Christie’s Images Limited

Ressemblant à un panneau, un merveilleux écran de cheminée au bois laqué rouge et à la feuille d’argent représente une femme agenouillée et un mouton (100 000 à 150 000 euros). Jean Dunand l’a conçu pour Madame Agnès une célèbre modiste des années 20 et 30. Dunand a décoré ses boutiques, ses ateliers et son bureau de la rue Saint-Florentin allant même jusqu’à concevoir pour elle des robes, des broches et des chapeaux laqués !

Jean Dunand, Ecran de cheminée. ©Christie’s Images Limited

Les paravents de Dunand sont particulièrement recherchés. Ils allient la modernité et la tradition. Les motifs sont très graphiques et l’on a l’impression d’une réinterprétation des paravents chinois de Coromandel ou des créations japonaises de la période Momoyama (1573-1615). C’est le cas de ce somptueux paravent (100 000 à 150 000 euros) à six feuilles « Marabouts » aux laques sombres faisant ressortir les fines silhouettes des oiseaux.

Paravent à 6 feuilles Marabouts, vers 1928. ©Christie’s Images Limited

Mais Dunand n’hésite pas également à concevoir des meubles pratiques comme cette coiffeuse de bois laqué, sycomore et métal patiné (80 000- 120 000 euros). On imagine aisément une élégante vêtue d’une robe de Patou se repoudrant le nez avant de se rendre au bal. Son époux l’attend certainement au salon dans un confortable fauteuil de Ruhlmann devant lequel se trouve une délicate table basse de Dunand en bois laqué et coquille d’œuf (100 000 à 150 000 euros), une technique permettant de créer une impression de mosaïque.

Jean Dunand, Coiffeuse vers 1930. ©Christie’s Images Limited

 

Jean Dunand, Table basse en bois laqué et coquille d’œuf. ©Christie’s Images Limited

Enfin Dunand est un dinandier d’exception. La dinanderie consiste à magnifier le cuivre et le métal, et dans ce domaine, Dunand approche de la perfection absolue. C’est le cas d’un étonnant « vase à ailettes », réinterprétation de la planète Saturne (150 000 à 200 000 euros) et de deux vases à décor géométrique à la coquille d’œuf (30 000 à 50 000 euros chacun).

Jean Dunand, vase à ailettes, vers 1928. ©Christie’s Images Limited

Jean Dunand, vase ovoïde à décor géométrique, vers 1925. ©Christie’s Images Limited

Jean Dunand, Vase à décor géométrique vers 1925. ©Christie’s Images Limited

A défaut de pouvoir acheter, précipitez-vous chez Christie’s pour l’exposition de ces œuvres. Vous serez émerveillé.

Vente Design Christie’s Paris, 14 novembre, exposition du 10 au 14 novembre,

Plus d’information : www.christies.