Ventes aux enchères : trois pièces d’une designer de génie chez Artcurial

La maison de ventes du Rond-Point des Champs-Elysées propose trois pièces exceptionnelles de Eileen Gray, une créatrice d’exception.

Artcurial propose trois pièces exceptionnelles de cette créatrice d'exception. Crédit : Artcurial

De nationalité irlandaise, Eileen Gray (1878-1976) est considérée comme l’un des plus grands designers de la première moitié du XXe siècle. Dans un premier temps, elle a conçu des meubles d’esthétique Art déco aux subtiles finitions laquées, d’une grande finesse et d’une élégance rare. Son style a ensuite évolué à l’époque où elle concevait sa maison de Roquebrune-Cap Martin « E1027 ». Elle crée alors des meubles à structure en acier tubulaire d’une extraordinaire modernité qu’on pourrait croire sortis de l’imagination d’un créateur contemporain. Dans sa vente du 27 novembre prochain, Artcurial présente trois lots très représentatifs des différentes phases de son travail.

Une console réalisée avant 1920 illustre parfaitement l’esprit Art déco de ses premières créations. On y perçoit l’influence du japonisme dans les formes comme dans le choix des laques. Le piétement est surmonté d’un chapiteau en forme de draperies ou de fleurs de lotus stylisées. Le plateau a l’apparence de l’ardoise ou d’un marbre gris. Il s’agit d’une laque obtenue selon une technique japonaise ancienne dite Ishimiji qui imite l’aspect de la pierre en utilisant des inclusions de poudre d’argent, les effets de gouttes étant sans doute obtenus en posant du pétrole sur la dernière couche de laque. Cet effet grisé contraste avec la laque orange-corail des tablettes latérales escamotables et la couleur marron des pieds aux sabots boules rouge-orangés. L’équilibre est total entre les formes et les couleurs de ce meuble unique estimé 1 à 1,2 million d’euros.

Eileen Gray- Console, avant 1920, bois laqué-Estimation 1 à 1,2 million d’euros. © Artcurial

Avec un lampadaire sculpture conçu vers 1922-1924, on découvre un autre aspect de ses créations. C’est surtout la base qui est intéressante. Il s’agit d’une sculpture aux formes manifestement cubistes reflétant les recherches d’Eileen gray dans le domaine de l’architecture. C’est en effet à cette époque qu’elle se consacre à l’architecture et réalise de multiples sculptures, véritables maquettes d’architecte. La plupart d’entre elles ont sombré dans l’incendie de son appartement tropézien lors du débarquement de Provence d’août 1944. C’est l’une de ses maquettes survivantes qui a servi de piétement à la lampe vendue par Artcurial, une pièce rare qu’il faut considérer comme une sculpture (estimation 300 000 à 400 000 euros).

Eileen Grey- Maquette architecture servant de base à un lampadaire, 1922-1924, en bois laqué noir et rouge-orangé – Estimation : 300 000 à 400 000 euros. © Artcurial

Avec le fauteuil Bibendum, créé vers 1926-1928, on entre dans la modernité ? Il s’agit d’une commande faite par Jeanne Tachard, fondatrice de la maison de couture « Suzanne Talbot ». On a recensé à ce jour huit exemplaires du Bibendum, réalisés entre la seconde moitié des années 20 et le début des années 30. Il fut imaginé par Eileen Gray pour sa maison de Roquebrune-Cap Martin. Pour le créer elle s’est inspirée du célèbre Chesterfield anglais. Ce Bibendum est une réinterprétation géniale de ce meuble du XVIIIe siècle. En toile enduite et tubes de métal, il s’éloigne de la préciosité de ses créations précédentes et l’artiste y affirme son goût pour une simplicité moderniste non dénuée de confort. Une modernité d’anticipation qui fait aujourd’hui de ce fauteuil une icône du design du XXe siècle.

Eileen Gray- Fauteuil Bibendum, 1926-1928, en toile enduite et métal tubulaire chromé- Estimation : 500 000 à 700 000 euros. © Artcurial

 

Informations pratiques

Art Nouveau/Art Déco, Artcurial, vente le 27 novembre, exposition du 23 au 26 novembre de 11h à 18h, plus d’informations sur www.artcurial.com

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