Exposition : les estampes du Japon moderne sur les bords de Seine

Qui d’entre vous lors d’un séjour à Amsterdam a eu l’idée de pousser les portes du musée Nihon no hanga qui regroupe la collection qu’Elise Wessels a constituée depuis un quart de siècle ? Certainement personne. Le touriste culturel, après une promenade sur les canaux, se précipite au Riksmuseum et au musée Van Gogh puis reprend le Thalys. C’est bien dommage car cette collection est unique au monde. Elle regroupe des centaines d’estampes japonaises du XXe siècle.

Heureusement pour nous, la fondation Custodia, discrète institution hollandaise occupant un bel hôtel particulier proche de la Seine, présente jusqu’au 6 janvier, à l’occasion de l’année du Japon, plus de 200 œuvres de cette collection, réalisées par une cinquantaine d’artistes.

On y découvre, sous l’influence de l’ouverture à l’Occident initiée sous l’ère Meiji, des estampes loin des représentations classiques que nous contemplons habituellement. Les scènes de cour, les portraits des belles du Yoshiwara (le quartier des plaisirs d’Edo, l’ancienne Tokyo), des samouraïs, des acteurs du Kabuki ou les vues du Mont Fuji disparaissent. La modernité s’installe et les artistes japonais, partis étudier en Europe et aux Etats-Unis, assimilent les techniques occidentales pour réaliser des œuvres étonnantes très graphiques, à l’équilibre parfait entre traditions ancestrales et apports occidentaux.

Des représentations traditionnelles mais modernistes

Au début du XXe siècle l’imprimeur Watanabe Shozaburo (1885-1962) relance la gravure afin de créer un style neuf, tout en respectant le principe ancien de la division du travail entre quatre personnes, l’artiste, le graveur, l’imprimeur et l’éditeur. Ce mouvement est appelé shin hanga ou « nouvelle estampe » et reprend les catégories traditionnelles de représentation avec notamment des paysages et des portraits de femmes mais avec une composition volontairement moderniste. Vous pourrez ainsi admirer les délicates estampes de créatures rêveuses à la carnation diaphane d’Hashiguchi Goyo (1880-1921) ou Ito Shinsui (1898-1972).

Hashiguchi Goyo (1881-1921), Femme peignant ses cheveux, 1920. Copyright : Collection Elise Wessels-Nihon no hanga, Amsterdam.

 

Ito Shinsui (1898-1972), Nuit dans la neige, issu de la série Douze nouvelles belles femmes, 1923. Copyright : Collection Elise Wessels-Nihon no hanga, Amsterdam.

Ito Shinsui (1898-1972), Femme se noircissant les sourcils, 1928. Copyright : Collection Elise Wessels-Nihon no hanga, Amsterdam.

Un autre courant apparaît aussi, le Sosaku hanga ou « estampe créative ». A la différence du précédent, l’artiste contrôle toutes les étapes de la réalisation de ses œuvres. Le résultat est plus spontané, certaines estampes semblant même inachevées. L’influence des mouvements artistiques européens y est également plus grande, certains paysages ressemblant à ceux des peintres de l’école de Pont-Aven alors que d’autres estampes, abordant le thème du Tokyo moderne reconstruit après les ravages du tremblement de terre de 1923 ; sont clairement marquées par le cubisme.

Komura Settai (1887-1940), Matin sous la neige, 1941. Copyright : Collection Elise Wessels-Nihon no hanga, Amsterdam.

Kawabata Ryushi (1885-1966), Automne à Kiso, 1916. Copyright : Collection Elise Wessels-Nihon no hanga, Amsterdam.

 

Ce voyage dans le Japon de la première moitié du XXe siècle est extraordinaire et dépaysant. Les artistes nous sont totalement inconnus, et pourtant nous les sentons proches de nous même si leurs créations occidentalisées gardent la grâce indicible des images du Monde Flottant.

Il serait dommage de vous priver d’une telle découverte.

Vagues de renouveau, Estampes japonaises modernes (1900-1960), Fondation Custodia, 121 rue de Lille 75007 Paris, jusqu’au 6 janvier 2019. Tous les jours sauf le lundi de 12h à 18h. Prix d’entrée : 10 euros.

Robin Massonnaud

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Robin Massonnaud
Mots-clés : Robin des arts

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