Misez sur le succès de la BD !

Art populaire jadis déprécié, la bande dessinée a gagné ses lettres de noblesse. Au point que les prix de certaines planches affolent le marché. Il reste pourtant possible de se faire plaisir et de démarrer une collection sans se ruiner.

Si l’essentiel du chiffre d’affaires des maisons de ventes est tiré par une poignée de noms, nombre d’auteurs restent abordables. Crédit: iStock.

En mai 2018, à Dallas, le marteau de la maison de ventes américaine Heritage Auctions tombait à 1,7 million de dollars (plus de 1,5 million d’euros), pour une couverture originale du maître de la fantasy, Frank Frazetta. Un record pour la bande dessinée d’outre-Atlantique et une preuve que le marché du 9 e art est devenu mondial avec une nouvelle génération de collectionneurs. Voici quatre bonnes raisons de s’y intéresser.

Des perspectives au beau fixe

La BD était considérée comme un genre mineur il y a encore quelques décennies. Le déclic qui a tout changé s’est produit en 2007. La maison Artcurial organise, en pionnière, une vacation autour du dessinateur Enki Bilal et réunit… 1,3 million d’euros. Du jamais-vu ! Christie’s et Sotheby’s se lancent à leur tour en 2014. Depuis, l’engouement ne se dément pas.

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Aujourd’hui, même si le chiffre d’affaires des maisons de ventes sur ce segment est tombé à 4,7 millions l’an dernier (données hors frais du Conseil des ventes volontaires), à cause de la raréfaction des chefs-d’œuvre, le marché reste porteur. En effet, la lente légitimation artistique du 9 e art se poursuit. Ces dernières années, les musées ont multiplié les expositions dédiées: rétrospective de l’Américain Robert Crumb au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 2012, consécration muséale d’Hergé au Grand Palais en 2016, itinéraire graphique de Riad Satouff et son Arabe du futur au Centre Pompidou, qui s’est tenu du 14 novembre 2018 au 11 mars 2019…

Plusieurs projets de lieux où la BD figurera en bonne place sont également dans les cartons, portés par le dessinateur Philippe Geluck et par le collectionneur Philippe Boon en Belgique, par Michel-Edouard Leclerc en France. Un salon dédié à Paris, en parallèle du célèbre PAD consacré au design, est, par ailleurs, envisagé pour 2020. La bande-dessinée infuse également d’autres secteurs créatifs, contribuant, par exemple, à l’imaginaire de la haute couture, comme le montre la prochaine exposition, Mode et bande dessinée, de la Cité internationale de la BD et de l’image à Angoulême (du 19 juin 2019 au 5 janvier 2020).

Sans compter l’appui gouvernemental. Le ministère de la Culture a décrété 2020 année de la BD. Au programme : expositions, colloques, commandes publiques pour soutenir les auteurs et donner une plus grande visibilité au 9 e art. Enfin, économiquement, le succès éditorial de la BD est de bon augure pour l’avenir. Elle représente 11% du chiffre d’affaires de l’édition en France (chiffre 2017), avec une croissance de 9% par an.

Une qualité artistique incontestable

Dans une optique de collection, il faut privilégier deux axes. D’abord, les éditions originales des albums, autrement dit les premières éditions à tirage limité sur un papier spécial et numérotées. Elles ont créé le marché grâce à la demande de bibliophiles passionnés. Elles sont désormais moins prisées.

Vous pouvez cependant vous y intéresser car « les albums restent la base de l’art de la BD », relève Lucas Hureau, directeur de la maison d’édition Mel Publisher, à Paris. Attention, pour celles datant des années 30 à 70, il est impératif de ne cibler que les albums en très bon état. Donc les plus difficiles à trouver.

Ensuite, vous pouvez vous tourner vers les planches originales, devenues les pièces les plus recherchées. Il s’agit des illustrations initiales réalisées par l’artiste qui servent à l’impression en série des albums. « C’est le côté matrice de livre, dessin à la main qui séduit », détaille François Tajan, coprésident de la maison de ventes Artcurial. C’est sur ces œuvres qu’il faut miser, car leur valeur s’apprécie régulièrement. Et les pièces de qualité ne manquent pas.

Traditionnellement, les planches originales des auteurs français et belges étaient d’abord dessinées, le plus souvent à l’encre de Chine, avant d’être coloriées. Puis, à partir des années 70, les pratiques connaissent un formidable renouvellement, alors que la BD entre dans l’âge adulte. Moebius, Enki Bilal ou Lorenzo Mattotti peignent directement sur la planche, ouvrant la voie au développement du roman graphique deux décennies plus tard. Ce flambeau créatif est repris par les auteurs plus récents.

Des prix pour toutes les bourses

Inutile de posséder des fortunes pour initier ou compléter une collection de BD! « Pour se faire plaisir, on peut aussi bien acheter un crayonné à 40 euros que dépenser des centaines de milliers d’euros », souligne Bernard Mahé, à la tête de la Galerie 9e Art à Paris.

Si l’essentiel du chiffre d’affaires des maisons de ventes est tiré par une poignée de noms, nombre d’auteurs restent abordables. C’est le cas d’Edmond-François Calvo. Son œuvre phare, La bête est morte!, réalisée en 1944, raconte la Seconde Guerre mondiale en campant les protagonistes sous des traits d’animaux. Ses planches sont accessibles dès un petit millier d’euros.

C’est aussi le cas de celles de son Coquin le petit cocker, dont une a été adjugée 950 euros chez Millon Belgique en décembre 2018. De son côté, Claire Bretécher fait partie des rares femmes à s’être fait une place dans la BD avec son trait nonchalant et son humour mordant. Ses petits dessins débutent à quelques centaines d’euros, ses planches atteignant plusieurs milliers, comme celle d’Agrippine adjugée 3800 euros chez Millon en 2016.

A suivre du côté de la production contemporaine, Cyril Pedrosa, lauréat avec Roxanne Moreil des prix BD Landerneau en 2018 et Fnac France Inter en 2019 pour le tome I de L’Âge d’or. Il faut débourser 3500 euros pour une double page de l’album ; un dessin d’Equinoxes s’affiche à 400 euros. Autre figure montante : le Suisse Frederik Peeters. « Son œuvre est essentielle. Tout y est parfait, depuis le chef-d’œuvre Pilules bleues jusqu’au récent L’Homme gribouillé. Son dernier recueil est du niveau d’un Moebius », s’enthousiasme Lucas Hureau. Ses planches démarrent à quelques centaines d’euros. Intéressez-vous aussi au Belge Brecht Evens. A 32 ans, il s’est imposé avec Les Noceurs. Réalisées à l’aquarelle et à la gouache avec des jeux de transparence et de perspective, ses feuilles foisonnantes et colorées empruntent aussi bien à Brueghel qu’au Douanier Rousseau. Les prix de ses originaux ne cessent de monter. Comptez de 1200 à 20000 euros. Enfin, jetez un œil à la BD américaine avec Chris Ware. Son ovni éditorial, Building Stories, invite le lecteur à des manipulations pour construire lui-même l’histoire. Ses planches cotent de 2000 à 20000 euros.

Un réseau dense de galeries

Huberty & Breyne, Barbier & Mathon, 9e Art, Daniel Maghen,Galerie Martel, pour les plus importantes, mais aussi Art-Maniak, Comic Art Factory ou Zic & Bul: de nombreuses galeries spécialisées permettent de s’immerger dans l’univers d’artistes à travers des expositions monographiques et de profiter des conseils d’experts passionnés.

Chez les généralistes aussi, plusieurs défendent des auteurs issus de la BD, comme la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois avec Winshluss, dessinateur d’un Pinocchio récompensé en 2009 par le prix du meilleur album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Ou Anne Barrault, chez qui les créations de Jochen Gerner, de Killoffer ou de David B. décloisonnent l’art contemporain et la BD. Quant à Internet, le site 2DGalleries.com est devenu la référence mondiale de la bande dessinée belge. Plus de 4000 œuvres y sont mises en vente chaque année. Le site français Mel Publisher (Melpublisher.com), lui, propose des estampes d’une cinquantaine d’artistes, de l’Américain Art Spiegelman au Belge Eric Lambé, en passant par le Français Philippe Druillet.

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