La femme dans l’art, portraits choisis chez Christie’s

Depuis plusieurs années les institutions culturelles ont à cœur de faire découvrir au public les artistes femmes, longtemps négligées.

Si le sexisme a régné ou continue à régner dans l’art, car n’oublions-pas qu’Elisabeth Vigée-Lebrun, pourtant portraitiste favorite de Marie-Antoinette, eut le plus grand mal à être admise à l’Académie royale de peinture, les artistes hommes ont toujours, inlassablement et à toutes les époques, représenté le sexe faible.

Bustes et portraits de demoiselles à marier, de belles fiancées , de jeunes épouses, de femmes à la position sociale élevée, de paysannes aux champs mais aussi de Saintes à la beauté irréelle, la femme est un sujet inépuisable d’inspiration.

La vente orchestrée le 25 juin prochain par Christie’s Paris en apporte la parfaite démonstration.

Un portrait intimiste de la comtesse Olga Esperovna Chouvalov

Le portrait d’une aristocrate russe par Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873) sera proposé aux amateurs. Winterhalter était le portraitiste favori de toutes les cours d’Europe. Il a peint la reine Victoria, l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, la famille impériale de Russie et la famille royale de Prusse…

Pour les membres de l’aristocratie, il était de bon ton de commander son portrait à cet artiste. C’était un signe de goût et d’appartenance à une société privilégiée. Le portrait de la comtesse Olga Esperovna Chouvalov appartient à la catégorie des représentations intimistes, destinées à orner les cimaises des intérieurs cossus des commanditaires du peintre.

Lot 50 – Franz-Xaver Winterhalter, La comtesse Olga Esperovna Chouvalov, vers 1860 – €80,000-120,000. ©Christie’s Images Ltd

La comtesse est pensive, rêveuse, un rien mélancolique et nous regarde sans nous voir. Elle porte une robe de soie ivoire en parfaite harmonie avec sa carnation éburnéenne. Ses épaules sont couvertes d’un châle et ses cheveux sont ornés d’une guirlande de pampres. Pense-t-elle à l’être aimé ? On ne le sait. Ce portrait romantique est estimé 80 000 à 120 000 euros.

La comtesse Starzenska magnifiée par le baron Gérard

Le baron Gérard (1170-1837) est également un portraitiste des cours d’Europe. Il était particulièrement apprécié par Napoléon Ier dont il a portraituré toute la famille. Sa renommée était immense et il était partout surnommé « le peintre des rois, le roi des peintres ». Il est particulièrement apprécié pour l’élégance et l’équilibre de ses portraits en pied.

C’est le cas de cette belle composition représentant la comtesse Starzenska dans un paysage. Assise sur un rocher, son chapeau de paille au sol, elle tient dans une main un instrument de musique. Avec son beau visage régulier, sa jolie robe au col de dentelle et son châle rouge, elle a tout d’une héroïne de Jane Austen ou d’un roman gothique comme le laisserait supposé le château en arrière-plan posé sur un éperon boisé. Cette œuvre magnifique est estimée 200 000 à 300 000 euros.

Lot 46 – FRANÇOIS-PASCAL-SIMON GÉRARD (1770-1837), Portrait de la comtesse Katarzyna Joanna Gabrielle Starzenska – €200,000-300,000 . ©Christie’s Images Ltd

L’épouse de Helleu en belle de jour

Paul-César Helleu (1859-1927) est l’archétype des portraitistes mondains de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Il n’hésite pas à idéaliser ses modèles pour en faire des créatures longilignes, à la beauté parfaite. Il a très souvent peint son épouse dans des scènes intimistes.

Lot 55 – Paul-César Helleu (1859-1927), Portrait de Madame Helleu lisant – €120,000-180,000 ©Christie’s Images Ltd

On la voit dormir sur un canapé, jouer avec son fils, essayer un chapeau, écrire des lettres et, comme dans l’œuvre présentée par Christie’s, lire. Madame Helleu est debout, absorbée par la lecture d’un courrier ou d’un journal. Une ombrelle laisse supposer qu’elle s’apprête à partir pour une visite de courtoisie ou une promenade au bois. Le tableau baigne dans la lumière rosée d’un intérieur féminin nous donnant l’impression de participer à la vie quotidienne de l’épouse de l’artiste. Il est estimé 120 000 à 180 000 euros.

Parmi les sculptures, deux bustes attirent l’attention

Le premier est signé Jean-Antoine Houdon (1741-1828), connu pour ses bustes de Voltaire et de la tsarine Catherine II. Réalisé pendant la Révolution, il représente la comtesse de Thelusson de Sorcy.

Lot 147 – Jean-Antoine Houdon (1741-1828), Buste en marbre représentant la comtesse Jean-Isaac de Thelusson de Sorcy (1770-1845 – €200,000-300,000 ©Christie’s Images Ltd

Vêtue à la mode anglaise en vogue à l’époque, elle porte une chemise plissée agrafée sur les épaules et ses longs cheveux bouclés sont retenus par un ruban. Souriante, paisible, le regard confiant, elle semble bien loin des soubresauts agitant le royaume. L’esprit rousseauiste est encore là et l’on peut rêver avec elle à un monde idéal. Ce buste en marbre est estimé 200 000 à 300 000 euros.

Joseph Chinard (1756-1813), sculpteur néo-classique, célèbre sous le Ier Empire pour ses portraits de la famille Bonaparte et sa participation aux décors de l’arc de triomphe du Carrousel à Paris a, lui aussi, réalisé de nombreux bustes de femmes dont ce portrait d’une femme artiste, a priori Constance-Marie Charpentier. Habillée à la grecque, les cheveux relevés et coiffés de manière sophistiquée, le modèle donne l’impression d’une femme volontaire, sûre d’elle-même, profitant d’une certaine libéralisation postrévolutionnaire des mœurs pour s’affirmer dans la société nouvelle. Ce buste réalisé vers 1800 est attendu entre 250 000 et 350 000 euros.

Lot 155 – Buste en marbre représentant le portrait d’une femme artiste, présumé madame Constance-Marie Charpentier (1767-1819) – €250,000-350,000 ©Christie’s Images Ltd

Evoquons enfin une œuvre anonyme du XVe siècle représentant Marie-Madeleine et une donatrice, probablement Jacqueline de Bavière. La donatrice, richement parée, à genoux, est absorbée par ses prières. Debout, Marie-Madeleine, sereine et douce la contemple et pose délicatement une main sur l’orante. Les deux femmes sont en parfaite communion d’esprit et ensemble s’approchent de Dieu. Cette œuvre superbe, représentation parfaite de la statuaire gothique, est estimée 50 000 à 100 000 euros.

Lot 114 – Groupe en pierre représentant Marie-Madelaie et une donatrice, probablement Jacqueline de Bavière (1401-1436), Flandres – €50,000-100,000. ©Christie’s Images Ltd

Christie’s Paris, Tableaux anciens et du XIXe siècle, sculptures et objets d’art européen, vente 25 juin après-midi. Exposition du 22 au 25 juin au matin. www.christies.com

Robin Massonnaud

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Robin Massonnaud

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