Deux grands maîtres des XIIIe et XIVe siècles prochainement soumis aux feux des enchères à Senlis et à Dijon

La province a bien des charmes pour les découvreurs de trésors et les maisons de ventes à la recherche de la perle rare. Deux tableaux en apportent la preuve.

C’est en se livrant à un inventaire dans un logement de la région de Compiègne que la maison Actéon découvre un panneau qui a toutes les apparences d’une icône. Il se trouvait entre la cuisine et la salle à manger et ses propriétaires n’y prêtaient guère attention. Confié à l’expertise du cabinet Turquin, Stéphane Pinta fait une découverte extraordinaire.

Cette petite peinture (25,8 cm x20,3 cm) à l’œuf et fond d’or sur peuplier n’est pas une icône crétoise ou byzantine. Il s’agit d’un panneau de dévotion d’un artiste italien du XIIIe siècle, Cimabue (connu entre 1272 et 1302). Cenni di Pepo, dit Cimabue, est un artiste majeur de la pré-Renaissance. Les historiens d’art lui attribuent une dizaine d’œuvres exécutées sur bois dont aucune n’est signée. C’est le premier à s’éloigner des dogmes iconographiques byzantins pour donner une âme à ses personnages. Sur le panneau qui sera vendu le 27 octobre prochain, il représente le Christ moqué. Les hommes qui l’entourent ont des visages typés, certains mêmes une trogne hargneuse et méchante. Ce groupe hostile au Christ est en mouvement accentuant l’impression d’encerclement.

Cenni di Peppo, dit Cimabue (connu de 1272 à 1302), « Le Christ moqué », élément d’un panneau de dévotion. Estimation de 4 à 6 millions d’euros. (Crédit : Actéon)

Pour attribuer ce panneau à Cimabue, le cabinet Turquin s’est livré à un vrai travail de chercheurs. La dimension du panneau, son encadrement, son ornementation mais aussi sa texture et son support ne pouvait le rattacher qu’à un diptyque du maître. Ce dernier comportait huit panneaux dont deux d’entre eux sont connus, l’un « La Madone et l’Enfant au trône » à la National Gallery de Londres, l’autre « La Flagellation du Christ » appartenant à la Frick collection à New York. La réapparition d’un troisième élément est donc un événement majeur d’autant plus que l’œuvre est dans un excellent état, bien que très encrassée au fil des siècles. Ce petit tableau d’une insigne rareté qui mériterait de figurer sur les cimaises d’un musée est estimé 4 à 6 millions d’euros.

Une autre découverte réalisée par Maître de Vissy Brod

Des découvertes il y en a d’autres. Cortot et Associés, à Dijon, proposera aux enchères le 30 novembre prochain, une œuvre réalisée vers 1350 par le Maître de Vissy Brod. C’est un des grands artistes anonymes de l’époque médiévale, actif en Bohême au milieu du XIVe siècle et dont on peut contempler les œuvres à la Galerie Nationale de Prague. A l’époque de la réalisation de ce panneau représentant « La Vierge et l’Enfant en trône », Prague est la capitale du roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain germanique Charles IV (1316-1378).

Maître de Vissy brod, Bohême, vers 1350, « La Vierge et l’Enfant en trône », panneau de dévotion. Estimation de 400 000 à 600 000 euros. (crédit : Cortot/studio Sebert).

C’est à cette époque que sortent de terre la cathédrale Saint-Guy, le château de Karlstein, l’Université et de nombreux couvents créant ainsi une grande effervescence artistique. Par l’élégance du dessin des draperies, la délicatesse des visages, la richesse de l’ornementation, ce beau tableau est en tous points similaire aux autres œuvres connues du Maître de Vissy Brod. C’est d’autant plus certain qu’à la radiographie, le repeint noir qui entoure la Vierge laisse apparaître une architecture conforme aux œuvres et miniatures de cette époque. Cette œuvre d’une grande élégance est estimée 400 000 à 600 000 euros.

Maître de Vissy brod, Bohême, vers 1350, « La Vierge et l’Enfant en trône », panneau de dévotion avec fond architecturé révélé par la radiographie. (crédit : Cortot/studio Sebert).

Cimabue, vente le 27 octobre chez Actéon Senlis

Maître de Vissy Brod, vente le 30 novembre chez Cortot-Dijon

Rédaction Mieux Vivre avec AFP

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