Meubler votre intérieur des plus belles pièces de mobilier des grands noms de l’Art déco vous fait rêver à moins que vous ne préfériez le modernisme des créateurs des fifties et des sixties. Je n’ai qu’un seul mot d’ordre à vous donner. Vous devez impérativement vous précipiter Faubourg Saint-Honoré pour la vente Design qu’organise Sotheby’s le 3 mai prochain dans ses élégants locaux.  La maison de vente y présente 162 lots de mobilier des années 20 à la fin du XXe siècle.

L’idée de vivre comme un maharadjah vous a toujours séduit. Vous allez pouvoir le faire en achetant certains meubles détenus par l’un des plus prestigieux d’entre eux Yashwant Rao Holkar II, maharadjah d’Indore. Pétri de culture occidentale, ce prestigieux et richissime personnage a commandé dans les années 20-30 de nombreux ensembles décoratifs pour orner ses différentes résidences.

Il faisait appel aux plus prestigieux designers de l’époque comme Eileen Gray, Ruhlmann ou René Herbst. C’est ainsi qu’il confie à Eckart Muthesius la réalisation de son palais de Manigh Bagh. Sotheby’s met en vente plusieurs meubles provenant de ce palais moderniste. Parmi eux des meubles de Muthesius mais aussi un meuble célèbre qui était placé dans la chambre du maharadjah : une chaise longue conçue par Charlotte Perriand, Le Corbusier et Pierre Jeanneret. En métal laqué et chromé, son aspect épuré est contrebalancé par une peau de léopard qui la recouvre, créant ainsi un mariage subtil et parfaitement équilibré entre une retenue toute occidentale et la rutilance indienne. Elle est estimée 120 000 à 180 000 euros.

Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, chaise longue (métal peint et chromé, peau de léopard) , vers 1928-1929, estimation : 120 000 à 180 000 euros. Copyright Sotheby’s

Plus classiques sont les meubles conçus par Emile Jacques Ruhlmann. Souvent inspirés du XVIIIe siècle, ils en différent par l’utilisation de bois exotiques et d’incrustation d’ivoire. Le mobilier destiné à ses riches clientes est particulièrement délicat et précieux. C’est le cas de ce bureau Damovale qu’on appelle aussi souvent bureau rognon en raison de sa forme. Elégant, sans ornementation superflue, il frise la perfection esthétique. Il est estimé 50 000 à 70 000 euros.

Emile-Jacques Ruhlmann, bureau Damovale (ébène de Macassar, invoire, cuir), vers 1921-1922, estimation : 50 000 à 70 000 euros. Copyright Sotheby’s

Les meubles de Marcel Coard sont plus riches et très architecturés. Le cabinet qui sera vendu le 3 mai prochain est assez caractéristique de sa production. Il mélange ébène de Macassar, sapelli, bois verni, galuchat et lapis-lazuli de façon à créer un meuble de style abstrait, comme inspiré des tableaux de Mondrian. Son prix : entre 450 000 et 550 000 euros.

Marcel Coard, cabinet (ébène de Macassar, galuchat, lapis-lazuli), vers 1925, estimation : 450 000 à 550 000 euros. Copyright Sotheby’s

Les paravents à feuille d’or de Jean Dunand sont de pures merveilles. Ils mêlent modernité des motifs et des scènes et semblent pourtant venir directement d’une époque plus lointaine, celle des créations japonaises de l’ère Momoyama (1573-1603). C’est le cas de ce paravent aux chiens. Ils sont six, cinq d’entre eux jouant et se regardant mais le sixième est irrésistiblement attiré par un chat perché sur un mur qu’il surveille attentivement. On ne sait jamais. Il pourrait descendre de son refuge et Médor pourrait n’en faire qu’une bouchée. Cette pièce superbe qui figurait sur le stand de la galeriste Anne-Sophie Duval, mis en scène par Karl Lagerfeld, lors de la Biennale des Antiquaires de 1972, est estimé 150 000 à 250 000 euros.

Jean Dunand, paravent Chiens, à quatre feuilles (bois laqué et feuilles d’or), vers 1928, estimation 150 000 à 200 000 euros. Copyright Sotheby’s

Changeons de style pour gagner les années 50. C’est à cette époque que Charlotte Perriand conçoit le mobilier des logements destinés aux étudiants de la Cité Universitaire. Ses meubles bibliothèques, colorés et modulables, sont devenus des pièces cultes portées aux nues par tous les grands décorateurs et qui servent encore de source d’inspiration à nos designers. C’est la raison pour laquelle ces meubles réalisent souvent des prix élevés. Ce sera certainement le cas de cette bibliothèque réalisée pour la maison du Mexique et estimée 70 000 à 100 000 euros.

Charlotte Perriand, bibliothèque Maison du Mexique (bois, acier et aluminium laqué), 1953, estimation : 70 000 à 100 000 euros. Copyright Sotheby’s

Enfin il faut évoquer un meuble un peu fou sorti de l’imagination féérique de François-Xavier Lalanne. Il s’agit d’une table à dessin destinée à Karl Lagerfeld et réalisée dans les années 60. Elle ressemble presque à une petite usine à gaz ou à une des premières voitures à moteur. Dans la production de l’artiste, ce type de meuble n’est pas fréquent. Ce qui explique l’estimation de 500 000 à 700 000 euros.

François-Xavier Lalanne, table à dessin KL (métal, laiton et verre) 1966, estimation : 500 000 à 700 000 euros. Copyright Sotheby’s

Dans cette superbe vente, vous pourrez également acheter les sensuels meubles en bois d’Alexandre Noll, des fauteuils et un canapé « Ambassador » de Jean Royère, des miroirs sorcière de Line Vautrin, une enfilade en palmier et laiton oxydé d’Eugène Printz, deux exceptionnels paravents d’Eileen Gray, un guéridon de Clément Rousseau, une salle à manger d’Henry van de Velde ou une paire de fauteuils gainée de galuchat de Jean-Michel Frank.

Bref il y a de quoi devenir fou devant toutes ces merveilles et, si vous craquez, vous risquez fort d’y engloutir toutes vos économies ou de liquider votre portefeuille boursier. Mais n’est-ce pas le prix à payer pour être heureux ?

En pratique

Vente Design, Sotheby’s Paris, le 3 mai.

Exposition les 27, 28, 29 avril et 2 mai de 10h à 18h, 76 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75 008 Paris.

Plus de renseignements sur www.sothebys.com