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L’ampleur du ralentissement de la croissance française dévoilé vendredi

Le contexte économique toujours plus morose va sans doute peser sur la croissance française. Mais cette dernière est plus résistante que celle de ses voisins européens.

Crédit: iStock.

L’Insee publiera vendredi sa première estimation de la croissance française en 2019, attendue en recul par rapport à celle de 2018. Le résultat d’un contexte économique mondial toujours plus morose, même si la France a plutôt mieux résisté que ses voisins européens.

Dans sa dernière note de conjoncture publiée mi-décembre, l’Institut national des statistiques anticipait un niveau de croissance à 1,3% pour l’année écoulée, illustrant la poursuite du ralentissement amorcé en 2018, lorsque la progression du produit intérieur brut (PIB) était tombée à 1,7% après avoir atteint 2,4% en 2017.

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A l’origine pourtant, le gouvernement avait prévu 1,7% de croissance en 2019. Mais le ralentissement de l’économie au niveau mondial s’est renforcé du fait de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, des incertitudes du Brexit ou encore des difficultés de l’industrie manufacturière, en particulier automobile.

Une donnée qui a poussé Bercy a revoir sa prévision de croissance à la baisse au printemps (1,4%), puis une nouvelle fois à l’automne, pour l’aligner sur celle de l’Insee, également partagée par la Banque de France.

Car si elle est moins exposée que son voisin allemand au commerce international, « la France ne fait pas exception », note Emmanuel Jessua, économiste à Rexecode. La décélération de l’économie en 2019 « est clairement l’effet du ralentissement du commerce mondial qui a pesé sur les exportations. On maintient nos parts de marché mais sur un marché qui a considérablement ralenti », explique-t-il.

« La croissance est peu élevée mais résistante par rapport à ce qu’on a pu observer en zone euro », remarque toutefois Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas. De fait, l’Allemagne a terminé 2019 avec un PIB en petite hausse de 0,6%, après 1,5% en 2018.

La consommation des ménages ne petite hausse

La résistance française tient surtout au dynamisme de sa demande intérieure, avec une consommation des ménages en petite hausse bien que toujours décevante, des investissements importants de la part des entreprises ainsi que des administrations publiques, comme on l’observe toujours l’année précédant un scrutin municipal. « La dynamique de l’investissement des entreprises nous a surpris tandis que la consommation des ménages a certes accéléré mais pas autant que ce à quoi on pouvait s’attendre au regard des gains de pouvoirs d’achat », résume Hélène Baudchon.

Les entreprises ont bénéficié de la transformation du CICE en allègement de charges qui a sensiblement amélioré leurs marges, leur permettant d’investir dans un contexte de faibles taux d’intérêt. 

A l’inverse, les ménages n’ont pas vraiment remis dans l’économie les 10 milliards d’euros débloqués fin 2018 par le gouvernement en diverses mesures de soutien au pouvoir d’achat pour calmer la grogne des « gilets jaunes« . « C’est un élément qui devrait stimuler l’activité mais on s’aperçoit que le gros de ces mesures n’ont pas été consommées et que le stimulus va peut-être plus profiter (à l’économie) en 2020 qu’en 2019 », estime Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE.

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Prudents ou pessimistes dans un climat social resté tendu toute l’année, et qui s’est encore raidi fin 2019 avec le mouvement contre la réforme des retraites, les Français ont préféré épargner l’essentiel des gains de pouvoir d’achat qui ont pourtant atteint un niveau inédit depuis 2007. Des gains également portés par le dynamisme du marché de l’emploi, avec des créations nettes attendues à 263.000 en 2019 par l’Insee.

A quoi faut-il donc s’attendre en 2020? Pour le gouvernement, la croissance devrait se stabiliser à 1,3%, tandis que la Banque de France table sur 1,1%, soit son taux le plus bas depuis 2016. « La France a subi un choc externe en 2019 qui est un peu plus marqué et un peu plus prolongé que ce que l’on escomptait initialement », expliquait mi-décembre, son directeur général Olivier Garnier.

Dans le même temps, l’investissement des entreprises pourrait subir « un contrecoup » et « fléchir » par rapport à l’an dernier, selon Emmanuel Jessua, alors qu’à l’inverse, « les mesures +gilets jaunes+ en faveur du pouvoir d’achat pourraient enfin se répercuter progressivement sur la consommation des ménages » en 2020.