Comment optimiser son épargne salariale?

Versements, abondement, Perco, PEE, fonds… Pas facile de trouver la bonne stratégie pour tirer le meilleur de son épargne salariale. Nos conseils.

Il est possible d'optimiser son épargne salariale.©iStockPhoto

Le 17 août 1967, une ordonnance était publiée au Journal officiel pour instaurer la participation et, de facto, l’épargne salariale. Après cinquante ans d’existence, plus de 4 millions de salariés y ont accès principalement à travers un PEE (plan d’épargne entreprise) et un Perco (plan d’épargne pour la retraite collectif), pour un encours total de 123 milliards d’euros au 31 décembre 2016, selon l’Association française de la gestion financière (AFG).

Pourtant, plus de la moitié des salariés manquent d’informations pour la gérer, d’après une étude de l’Autorité des marchés financiers (AMF) de 2016. Contrairement à d’autres placements, ce n’est pas le salarié qui décide de souscrire à ce produit, mais son entreprise, de manière unilatérale ou dans le cadre d’un accord d’entreprise.

« Comme le salarié n’est pas décideur, il ne se l’approprie pas ou peu « , constate Olivier de Fontenay, associé d’Eres, société de gestion en épargne salariale. Or, « pour un grand nombre de salariés, l’épargne salariale est l’unique réserve d’épargne dont ils bénéficient « , relève pour sa part Daniel Gée, délégué général de l’association Fondact, qui réunit les acteurs de ce secteur (entreprises, sociétés de gestion…). Fort heureusement, toute une série de décisions simples peuvent être prises pour tirer le meilleur avantage de son épargne salariale.

Eviter d’alourdir la note fiscale

Depuis 2008, la participation, de même que l’intéressement peuvent être perçus dès leur versement ou placés sur un compte d’épargne salariale ; ils seront alors bloqués pendant cinq ans, sauf exceptions. En 2016, 40 % de la participation versée était empochée immédiatement. « Quelqu’un qui paie des impôts n’a pas intérêt à percevoir directement les montants de sa participation ou de son intéressement au moment du versement « , avertit pourtant Olivier de Fontenay.

En effet, les sommes sont assimilées à un complément de salaires et donc soumises à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales. En acceptant de les bloquer, vous évitez donc d’alourdir votre note fiscale. A l’inverse, « pour ceux qui ne sont pas imposables, le blocage de l’épargne salariale ne procure pas le bénéfice de l’exonération d’impôts « , complète-t-il.

Généralement, votre épargne salariale n’est alimentée qu’une fois par an, au moment où votre entreprise verse la participation, déterminée à partir des bénéfices qu’elle a dégagés, et l’intéressement, calculé sur le résultat courant avant impôt.

Cependant, rien ne vous empêche de procéder vous-même à des versements complémentaires, quelques dizaines d’euros chaque mois par exemple. « Investir tôt et régulièrement permet de lisser les points d’entrée, d’une part, et d’amortir les aléas de marché sur une longue période, d’autre part ; ce cumul est source de performance « , estime Stéphane Caminati, directeur général de Natixis Interépargne.

D’autant plus que votre entreprise peut avoir prévu le versement d’un abondement : vous placez 100 euros, elle peut ajouter jusqu’au triple de ce montant, sans dépasser chaque année un total de 8 % du plafond annuel de la Sécurité sociale pour le PEE et de 16 % pour le Perco, soit respectivement 3 143 euros et 6 286 euros d’épargne en bonus pour 2017.

Pour Olivier de Fontenay, « s’il existe un abondement, il faut en profiter et chercher en plus l’économie d’impôts puisqu’il est exonéré « .

Récompenser ceux qui font un effort d’épargne

Dans les faits, l’abondement est associé le plus souvent à l’attribution d’actions de l’entreprise. Toutefois, il peut également être mis en place pour les versements de la participation ou de l’intéressement afin d’encourager le salarié à épargner. Et donc aussi récompenser ceux qui font un effort d’épargne supplémentaire en vue de disposer de revenus complémentaires, non seulement pour financer un projet futur comme une résidence principale, mais surtout préparer leur retraite. Selon Yves Perrier, directeur général d’Amundi, « il est préférable que le salarié profite de sa situation de salarié dans son entreprise pour accumuler du capital pour sa retraite grâce à la participation, à l’intéressement et pour compléter par un abondement donné par son employeur « .

La loi Macron votée à l’été 2015 a d’ailleurs renforcé le rôle de l’abondement. La hiérarchie des versements a même été renversée. La mise en place d’une épargne salariale n’implique plus celle d’un intéressement ou d’une participation, mais démarre avec le système de l’abondement. « Ce qui permet d’ouvrir l’épargne salariale aux très petites entreprises avec moins de dix salariés, expliquent les Caisses d’épargne qui viennent d’inaugurer un système de création de compte en ligne avec la signature électronique.

Le chef d’entreprise pose le cadre, regarde comment ça fonctionne auprès de ses salariés et ensuite décide de l’alimenter davantage avec l’intéressement ou la participation « . Ce n’est pas le seul changement. Par défaut, c’est-à-dire si le salarié ne donne pas d’instructions, comme pour la participation, l’intéressement est orienté à présent vers l’épargne salariale et non plus débloqué automatiquement. De même, si un Perco est disponible, la moitié des avoirs reçus y seront placés par défaut.

Monétiser les jours de congés non pris

A la marge, il existe un dernier moyen de verser de l’argent sur un Perco : le compte épargne temps. Il peut, là aussi, profiter d’un abondement si l’entreprise l’a décidé. « Le salarié monétise les jours de congés non pris, détaille Stéphane Caminati. Au lieu de les utiliser immédiatement, il peut s’en servir pour constituer une épargne de manière indolore. C’est un levier très puissant. « 

Si vous n’avez pas le choix de l’enveloppe dédié à votre épargne salariale, vous pouvez toutefois en faire un usage circonstancié dès lors que vous avez plusieurs solutions possibles. Par défaut, vous disposez d’un plan d’épargne entreprise (PEE) ou interentreprises (PEI). « La durée de blocage est de cinq ans mais dans la réalité, l’épargne est conservée huit ans », rapporte Daniel Gée. Sachant qu’il existe des cas de déblocages anticipés, dont le mariage ou le Pacs, l’achat de la résidence principale, la naissance d’un troisième enfant, le divorce avec enfant à charge, le décès du conjoint, la rupture du contrat de travail ou bien encore le surendettement.

Les cas de déblocage

En complément du PEE, l’entreprise peut aussi avoir mis en place un plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco). Dans ce cas, les sommes versées sont bloquées au moins jusqu’à l’âge de votre départ à la retraite. Là encore, il existe des cas de déblocage mais ils sont moins nombreux : acquisition de la résidence principale, décès du conjoint, fin des droits au chômage, invalidité et surendettement.
« Si un salarié a un projet dans les prochaines années, autre que l’accession à la propriété, il faut privilégier le PEE. En revanche, s’il vise un investissement sur le long terme, il vaut mieux opter pour le Perco « , conseille Daniel Gée. « Pour l’acquisition de la résidence principale, PEE ou Perco importe peu, c’est un cas de déblocage. En revanche, pour la naissance du troisième enfant, c’est plutôt le PEE « , ajoute Yves Perrier. Sachant que le choix entre PEE et Perco va aussi conditionner celui des fonds retenus pour apporter de la performance.

L’AMF recommande une prise de risque

« La bonne approche pour choisir des fonds en épargne salariale, c’est la plus simple, à savoir l’horizon de placement, estime Olivier de Fontenay. Si le salarié a besoin de son argent dans l’année, il choisit des fonds peu risqués ; s’il est prêt à attendre, il peut opter pour des supports plus risqués ». Sauf que, mis à part le biais lié aux fonds qui regroupent les actions de leur entreprise, les salariés ont une nette préférence pour les produits monétaires. « Ce qui est logique car c’est une réserve à court terme, mais c’est une erreur, une faute, que de se priver d’un surcroît de rendement sur un horizon de placement plus long « , regrette Yves Perrier.

Même l’AMF recommande une prise de risque : « Le monétaire n’a aucun sens sur un horizon d’investissement supérieur à cinq ans. Si le salarié veut de la performance, il a intérêt à profiter de la tendance haussière à long terme, notamment en actions, et de le faire en allongeant au maximum son horizon d’investissement afin de lisser les à-coups qui peuvent exister « .

Selon le régulateur, vous pouvez ainsi espérer dégager un rendement de 7 % par an, dividendes réinvestis et inflation prise en compte. Alors qu’avec un fonds monétaire, le salarié perd de l’argent du fait des taux d’intérêts négatifs.

A priori, l’offre est vaste pour remplacer un fonds monétaire mais en réalité, le nombre de fonds commun de placements d’entreprise (FCPE) dont vous disposez se limite à une liste d’une dizaine de références en moyenne. C’est l’entreprise, avec le teneur de compte, qui la détermine. Toutefois, les salariés peuvent en demander sa révision.

Pour le Perco, la loi Macron a montré le chemin en orientant par défaut les versements vers la gestion pilotée, « qui consiste à désensibiliser l’épargne des marchés financiers à l’approche de la retraite ou à l’approche de la date où le salarié souhaite débloquer son Perco, car rien ne l’oblige à le faire dès son départ à la retraite ; il peut attendre « , détaille Natixis Interépargne.

La solutions des fonds patrimoniaux

Pour le PEE, l’horizon d’investissement se montre trop variable. « Il n’est pas interdit de mettre en place une gestion pilotée, mais à cinq ans, le salarié risque d’être très peu exposé sur autre chose que des actifs peu risqués de type monétaire ou obligataire « , craint Yves Perrier. La solution ? Les fonds flexibles ou patrimoniaux, avec des investissements diversifiés selon trois profils : prudent, équilibré ou dynamique.

Ils permettent de désensibiliser votre épargne des actions, des obligations ou des devises par exemple, en cas de choc de marchés, et de vous surexposer en cas de hausse. Le tout dans des proportions minimales et maximales connues à l’avance. « Les gestions patrimoniales ont, en ce moment, plutôt une résilience de performance « , fait remarquer Stéphane Caminati.

Cette option, accessible aussi avec un Perco, vous évite de devoir surveiller l’évolution des marchés et vous permet de retrouver la sérénité ressentie avec un monétaire en laissant un gérant prendre les décisions d’investissement. C’est aussi une bonne façon de diversifier son épargne. Sur ce dernier point, vous pouvez égale-ment profiter des évolutions permises par la loi Macron, comme investir à hauteur de 7 % dans les PME (dans le cadre du Perco) ou de 10 % dans le non coté, ou vous saisir des bons rendements de l’immobilier en mettant jusqu’à 30 % d’OPCI (organisme de placement collectif immobilier).


La fiscalité de l’épargne salariale
La fiscalité est la même pour le PEE et le Perco. Si vous décidez de verser votre participation, intéressement et abondement sur l’un de ces comptes d’épargne salariale, ces sommes sont exonérées de l’impôt sur le revenu. A la sortie, les gains réalisés par les placements sont imposés. Et dans le cadre d’un PEE, il faut ajouter les prélèvements sociaux (CGS et CRDS). Cependant, il existe une possibilité d’échapper à l’impôt : les réinvestir.


Emprunter avec son PEE
Rien ne vous oblige à débloquer votre épargne salariale pour financer un projet, surtout s’il est d’un montant relativement modeste. Vous pouvez obtenir un prêt in fine, nanti sur votre PEE. Le procédé est peu connu et n’est pas mis en avant : « Le jour où l’argent devient disponible, le salarié s’engage à le débloquer pour rembourser le prêt », résume Olivier de Fontenay, associé chez Eres. Entre-temps, ce pécule a fructifié en fonction des placements choisis. Vous pouvez aussi décrocher un crédit à la consommation. Cette fois, le PEE sert juste de garantie. Dans les deux cas, renseignez-vous sur les taux d’intérêts pratiqués pour vérifier qu’ils sont compétitifs et que le coût de l’opération reste avantageux. Ce qui devrait être le cas si vous êtes fortement imposé.

 

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