Sicav – Sociétés de gestion : leurs fonds stars et ceux à découvrir

Quelques rares fonds ont réussi à se rendre incontournables auprès des épargnants. La clé de leur succès : des performances pérennes. Mais seront-ils les stars de demain ? La concurrence est rude.

On les appelle des flagships (vaisseaux amiraux). Ces fonds ont largement contribué à la réputation et au succès des sociétés de gestion qui les ont conçus. Ce sont des valeurs sûres, connues et appréciées du grand public, une denrée rare dans l’univers foisonnant, technique et, avouons-le, souvent rébarbatif de la gestion collective.

 Carmignac Patrimoine en est l’illustration la plus étincelante. Quel épargnant, même peu aguerri à la sélection de Sicav, ne connaît pas, au moins de nom, le fonds diversifié de Carmignac Gestion ? Un tour de force qui a rapporté gros à son gestionnaire puisque le produit pèse désormais quelque 21,5 milliards d’euros d’encours !

 Si la maison de la place Vendôme est un exemple emblématique, elle n’est pas la seule à posséder ce genre de pépite dans sa gamme. DNCA Investments peut ainsi s’enorgueillir d’avoir fait de son fonds diversifié, Eurose, le réceptacle préféré des investisseurs prudents. Dans un autre registre, la société Moneta AM s’est bâti une solide réputation grâce à son produit phare d’actions françaises, Moneta Multi Caps, dont les encours ont connu une progression phénoménale ces dernières années, pour atteindre 3,4 milliards d’euros.

Des produits qui offrent une réponse aux attentes des clients

Quels ont été les moteurs de telles réussites ? Une politique commerciale et marketing efficace, bien sûr, grâce à la mise en avant de ces « stars » auprès des conseillers en gestion de patrimoine, des banquiers privés, des assureurs, du grand public… Miser sur une tête de gondole plutôt que sur un large éventail de produits présente certes un risque pour une société de gestion mais cela peut se révéler extrêmement efficace et rentable.

Toutefois, la stratégie commerciale n’est, heureusement, pas suffisante. Ces produits se sont distingués parce qu’ils offraient une réponse aux besoins des clients. Pour Carmignac Patrimoine, une vraie flexibilité avec une exposition aux actions activement pilotée en fonction des convictions – fortes et parfois atypiques – du gérant. Eurose propose, quant à lui, une alternative aux fonds en euros. Il a permis à de nombreux épargnants de bénéficier à la fois de la hausse des marchés obligataires et de celle des actions à moindre risque.

Avec Magellan, de Comgest, ou Agressor, de La Financière de l’Echiquier, les particuliers ont profité d’une gestion réellement active sur les marchés, qui se démarquait du pilotage très limité des produits proposés par les réseaux bancaires. 

Les Sicav les plus connues ont su faire preuve de constance dans leurs gains

Mais l’argument massue reste les performances. Quelles que soient la promesse vendue au client et l’omniprésence du produit, les fonds « stars » ont finalement raflé la mise grâce à la solidité et la constance de leurs résultats. Jugez un peu. Depuis sa création en 2006, Moneta Multi Caps a gagné 177,9 %, soit 8,8 % par an en moyenne sur la période, contre seulement 58,3 % pour son indice de référence, le CAC All-Tradable.

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Le support flexible Sextant Grand Large, piloté au sein d’Amiral Gestion, présente quant à lui une performance annualisée de 10,81 % depuis sa création en 2003. Des chiffres à donner le tournis. Mieux encore, Agressor, le fonds qui a fait la réputation de La Financière de l’Echiquier, affiche une hausse cumulée de 2 010,20 % depuis son lancement en 1991, contre + 278,10 % pour son indicateur de référence, d’abord le CAC All-Tradable puis le MSCI Europe.

Il ne faut pourtant pas s’arrêter à ces quelques données. Pour rester au sommet, le gérant d’un flagship évolue sur une ligne de crête. Au moindre faux pas, les résultats peuvent décevoir. Or, les investisseurs n’aiment pas être bousculés et, dans ce cas, ils ont la mémoire longue.

Certaines gloires d’antan ont bien perdu en lustre, faute de gains suffisants. Un changement de gérant, une mauvaise orientation lors d’un tournant de marché et l’histoire peut s’arrêter. C’est pourquoi il ne faut pas limiter son intérêt aux seuls fonds actuellement plébiscités, mais aussi étudier les produits qui pourraient, demain, les remplacer en haut de l’affiche. Pour cela, faites donc confiance aux sociétés qui ont façonné ces stars.

 

Sélection de fonds : Pour chaque société de gestion, un fonds star et un fonds à découvrir

 

Amiral Gestion  

Fonds star : Sextant Grand Large (FR0010286013)

 Lancé en 2003, ce fonds diversifié s’est bâti une réputation au fil des ans grâce à une approche très flexible : l’exposition aux actions peut varier de 0 à 100 %. Les résultats sur une longue durée sont alléchants : le produit affiche une performance cumulée de 451,72 % depuis sa création en 2003, contre 187,95 % pour l’indice de référence, composé à 50 % du CAC 40 et à 50 % de l’Eonia. Une réussite indiscutable, même si le fonds a connu quelques périodes de doute. En 2008, il perdait 49,20 % sur l’année, alors que son indice composite limitait la casse à 19,6 % !

Heureusement, le gérant a su rebondir les deux années suivantes. Une expérience traumatisante ? Peut-être. Confronté à la forte valorisation des marchés actions, le gérant détient actuellement 58 % de liquidités pour une exposition aux actions limitée à 29 %. Une tirelire qu’il compte bien mettre à profit pour réaliser de bonnes affaires quand elles se présenteront.

 

Fonds à découvrir : Sextant PEA (FR0010286005)

Un peu moins plébiscité par le grand public, ce fonds n’en est pas pour autant un petit nouveau puisqu’il s’agit du premier produit commercialisé par Amiral Gestion, en 2002. Les aficionados de la gestion collective connaissent donc bien ce support, les autres un peu moins.

Il s’agit d’un fonds d’actions européennes, avec un biais marqué en faveur de la France. La sélection des valeurs en portefeuille y est drastique : l’équipe de gérants recherche des titres avec un profil « value », c’est-à-dire des entreprises dont la valeur intrinsèque leur semble sous-estimée par le marché. Il ne s’agit pas de valeurs à la casse, mais plutôt de sociétés dont le potentiel n’est pas valorisé au juste prix. Avec une originalité dans la gestion : chaque gérant de l’équipe (cinq personnes) est responsable d’une quote-part du portefeuille, en toute autonomie. Les performances ? 15,74 % en moyenne par an depuis sa création. Si cela ne vous réconcilie pas avec les actions…

 

Carmignac Gestion

Fonds star : Carmignac Patrimoine (FR0010135103)

On ne présente plus Carmignac Patrimoine, le fonds qui a rendu populaire la gestion patrimoniale. Les raisons du succès : de la performance évidemment et la quasi-promesse de ne jamais perdre en capital. Ce produit a connu sa véritable heure de gloire à la fi n de 2008 quand Carmignac a pu s’enorgueillir d’afficher une valeur liquidative stable alors que le CAC 40 perdait plus de 40 %. Son autre point fort réside dans sa gestion active et de conviction. Des positions audacieuses sur les matières premières et les marchés émergents ont porté le cours il y a quelques années.

Revers de la médaille, l’équipe peut parfois faire fausse route, comme en 2017, année où Carmignac Patrimoine a connu des résultats bien décevants (+ 0,09 %). Plus largement, depuis cinq ans, le fonds est à la peine et loin derrière son indice, composé pour moitié d’actions et d’obligations internationales. Peut-être le signe qu’avec son encours considérable, le paquebot peine à naviguer en eaux troubles.

 

Fonds à découvrir : Carmignac Port. Emerging Discovery (LU0336083810)

L’expertise de Carmignac sur les marchés émergents n’est plus à démontrer, même si les équipes ont connu pas mal de changement ces dernières années. Toutefois, ce produit n’est pas pour tout public, car il mise sur des petites et moyennes capitalisations au sein des marchés émergents. Un fonds pour se diversifier donc, qui recourt au savoir-faire maison en macro économie avec une identification des secteurs et des pays les plus attractifs. Ensuite, la sélection des titres est réalisée à partir des fondamentaux des sociétés afin de repérer celles qui combinent potentiel de croissance et récurrence des revenus.

L’Asie est au coeur du portefeuille (52 % de l’actif à la fi n de février 2018), l’autre zone de référence étant l’Amérique latine (24 %). L’exposition aux devises est aussi pilotée. Le fonds a gagné 42,55 % sur cinq ans, pénalisé par des frais trop lourds. Il reste une option intéressante pour s’exposer à cette classe d’actifs à fort potentiel.

 

Comgest

Fonds star : Magellan (FR0000292278)

Son nom à lui seul raconte une histoire. Il fleure bon l’exotisme et l’aventure. Pas sûr que ces termes dépeignent le quotidien studieux des gérants de ce fonds d’actions émergentes de Comgest ! Cette boutique spécialisée sur les actions met en oeuvre une gestion active axée sur la sélection de valeurs de qualité. Le portefeuille est concentré (49 lignes à la fi n de février 2018) avec des paris qui peuvent être marqués (surpondération du Brésil et de l’Afrique du Sud, par exemple). 

Les performances sont au rendez-vous : + 8,92 % par an en moyenne depuis sa création en 1994, soit 3 points de plus que son indice, le MSCI Emerging Markets. Ce support, qui peut sembler légèrement en retrait en période favorable aux émergents, se démarque sur une longue durée. A conserver en fond de portefeuille.

 

Fonds à découvrir : CG Nouvelle Asie (FR0007450002)

Même maison, même style de gestion. Mais avec une cible un peu différente puisque ce fonds investit sur les entreprises de l’Asie émergente, c’est-à-dire hors Japon. Il se distingue d’un produit « pur Chine » avec des positions sur des titres indiens, coréens, indonésiens… Néanmoins, l’Empire du milieu reste un poids lourd de la zone. Il pesait pas moins de 40,5 % de l’actif du support à la fin de février 2018.

Cette stratégie est loin d’être récente, puisque la création du fonds remonte à 1991 ! Mais ce produit s’est révélé ces dernières années. Sur cinq ans, il affiche un gain de 109,53 %, contre 60,38 % pour l’indice MSCI Emerging Markets Free Asia. A réserver toutefois aux investisseurs avertis, qui souhaitent avancer bien équipés dans cette classe d’actifs de diversification.

 

DNCA Investments

Fonds star :  Eurose (FR0007051040)

Voici l’un des fonds préférés du grand public, une valeur sûre aux yeux de l’épargnant bon père de famille. Il faut dire que ce support diversifi é a tout pour lui : en premier lieu, une approche prudente, avec un maximum autorisé de 35 % d’actions. Ensuite, une gestion réellement active : la poche actions avait été ramenée à 2 % à la fi n de juin 2009, elle pesait en revanche 29 % du portefeuille à la fi n de février 2018. Et, pour fi nir, des performances béton avec un gain annualisé sur cinq ans de l’ordre de 5 %.

Reste qu’Eurose a largement bénéfi cié de la progression des marchés obligataires et que, de l’aveu même de son gérant, ce catalyseur risque de faire défaut dans les années à venir. Eurose parviendra-t-il à maintenir le cap ? Comme fonds protecteur pour les capitaux investis, certainement. Pour le maintien des performances, la tâche s’annonce plus rude.

 

Fonds à découvrir : Gallica (FR0010031195)

 Chez DNCA, on trouve toute la palette de fonds : investis en taux, diversifiés et aussi une large gamme de supports actions. Dont ce produit de valeurs françaises. Le binôme de gérants bénéficie d’une grande marge de manoeuvre dans la sélection des titres, ce qui est toujours un plus à nos yeux. Ils peuvent investir sur de petites, moyennes et grandes capitalisations, dans une proportion variable, et ne sont pas cantonnés à un style particulier. Le portefeuille peut donc arborer un profil plus défensif ou plus cyclique selon les périodes.

En outre, le fonds peut abaisser son exposition aux actions à 60 % pour limiter la casse en cas de retournement de marché. Depuis cinq ans, les performances sont particulièrement bonnes, avec un gain moyen annualisé de 14,58 %. Un bémol : la commission de surperformance, ajoutée en 2014, bien trop gourmande !

 

La Financière de l’Echiquier

Fonds star : Echiquier Agressor (FR0010321802)

Fonds emblématique de la maison, créé en 1991, Agressor a longtemps résumé à lui seul le savoir-faire de La Financière de l’Echiquier. D’abord centré sur les valeurs françaises, il s’est ensuite ouvert à l’Europe avec désormais l’objectif de battre l’indice MSCI Europe. Pourtant, Agressor n’a pas vocation à être piloté de façon indicielle. Son gérant a carte blanche pour choisir les valeurs en portefeuille : il analyse et sélectionne des titres en fonction de leur potentiel d’appréciation. Un écart de 30 % minimum doit être anticipé entre le prix de marché et la valeur défi nie par la société de gestion.

Depuis sa création, les performances sont réjouissantes : + 12,3 % en moyenne par an. Mais les cinq dernières années sont loin d’être les plus brillantes. Espérons que le nouveau gérant, aux commandes depuis un an, saura inverser la tendance.

 

Fonds à découvrir : Echiquier World Equity Growth (FR0010859769)

La Financière de l’Echiquier a bien grandi et sa gamme de fonds s’est étoffée. Pourquoi ne pas donner sa chance à ce produit d’actions internationales doté d’un style de gestion « croissance » ? En clair, le gérant sélectionne des grandes sociétés internationales fortement exposées à la dynamique mondiale, et présentant des positions de leadership global dans leur secteur. Il s’agit d’un marché très concurrentiel où battre l’indice n’est pas chose aisée. Mais le fonds s’en sort la tête haute avec une performance moyenne annualisée de 11,4 % depuis sa création en 2010, contre 9,5 % pour l’indice MSCI All Country World. La sélection de valeurs s’est montrée payante.

A noter que le portefeuille ne ressemble en rien à l’indice puisque le ratio d’active share (qui mesure la part du porte feuille distincte du benchmark) s’élève à 93 %.

 

Moneta AM 

Fonds star : Moneta Multi Caps (FR0010298596)

 Avouons-le d’entrée de jeu, chez Mieux Vivre Votre Argent, nous avons un faible pour ce support. Il cumule tout ce que l’on aime dans un fonds. Sa conception est simple : il s’agit d’un support d’actions essentiellement françaises, qui investit à la fois sur des grandes valeurs, des midcaps et de petites sociétés cotées. Les gérants ne font pas dans l’esbroufe :  ce sont des analystes financiers qui scrutent les bilans des entreprises pour dénicher les pépites, de bonne qualité et pas trop chères. De surcroît, sa grille de frais est raisonnable. Enfi n, ses résultats sont d’une régularité bluff ante. 

Ce n’est pas pour rien que ce support est un habitué de nos Labels, qui récompensent la performance et la régularité des fonds sur cinq ans (découvrez le palmarès 2018 dans notre numéro de mai). Gageons que l’approche rigoureuse de Moneta sera un bon allié pour les prochains mois.

 

Fonds à découvrir : Moneta Long Short (FR0010400762)

 La stratégie mise en oeuvre est certes un peu plus complexe que celle qui prévaut pour Moneta Multi Caps, mais elle n’en demeure pas moins intéressante. L’équipe prend des positions à l’achat sur certains titres et des positions vendeuses sur d’autres, jugés surévalués par les investisseurs. Le fonds mise sur les actions européennes avec un objectif d’exposition nette au marché de l’ordre de 40 %. Son ambition est de battre son indice (composé à 40 % du Stoxx Europe 600 et à 60 % de l’Eonia), avec une volatilité limitée et une faible corrélation aux marchés actions sur le long terme. La sélection se concentre sur les sociétés atypiques, dont le modèle économique est mal compris par le marché.

L’intérêt d’intégrer un tel produit ? Limiter le risque. Sur les 1 700 séances de Bourse de la période 2011-2017, le fonds n’a subi une baisse supérieure à 1 % que dans 2,4 % des cas (contre 12,4 % pour l’indice Stoxx Europe 600).

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