Placement refuge : quelles sont les solutions pour acheter de l’or ?

Devise, matière première et placement refuge :  l’or cumule les propriétés. Dans un portefeuille d’investisseur, il peut être détenu grâce à plusieurs types de produits. Passage en revue de leurs atouts et de leurs inconvénients. 

Si l’or n’est plus depuis longtemps la valeur étalon des échanges monétaires, il conserve aux yeux des investisseurs cette image de devise de référence, la « relique barbare », comme l’appelait l’économiste John Keynes. Pour nombre d’épargnants, le précieux métal reste un placement convoité, malgré une fiscalité peu attractive.

Est-ce là un réflexe anachronique ? Certes, le contexte macroéconomique demeure favorable aux actifs financiers, mais une résurgence brutale de l’inflation fait partie des risques à envisager. Un investissement dans l’or peut donc avoir du sens, sa valeur intrinsèque étant relativement peu dépendante des marchés. Reste à déterminer comment s’y exposer, en choisissant parmi les différentes solutions possibles. 

On pense tout de suite à l’achat d’un lingot 

Pour la plupart des épargnants, investir dans l’or, c’est avant tout miser sur un actif tangible dont la valeur est moins volatile que celle des marchés financiers et peu dépendante de leurs fluctuations, de tels arguments étant aussi valables pour l’immobilier. La solution la plus naturelle est donc d’acquérir de l’or physique. Evidemment, si l’or et l’immobilier ne se conçoivent que dans une optique de long terme, ces deux placements n’ont pas que des ressemblances  : le premier ne procure aucune rémunération, faute d’avoir une valeur d’usage. Le métal jaune est aussi aisément déplaçable… y compris à votre insu !

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La détention d’or physique pose donc la question du stockage. La solution d’un coffre-fort à votre domicile, si elle permet l’accès direct et permanent à votre bien, suppose aussi des coûts (coffre, alarme, assurances) sans forcément vous prémunir entièrement contre le vol. Quant à l’idée de chercher la cachette que les voleurs ne découvriront jamais, c’est aussi prendre le risque que vos héritiers eux-mêmes ne la trouvent pas et que votre or bénéficie finalement au futur acquéreur de votre maison !

Le dépôt dans un coffre à la banque, dont la location vous coûtera entre 100 et 200 euros par an, semble plus raisonnable, même si le mieux est d’opter pour une offre de conservation dédiée. « L’or est stocké en votre nom avec un numéro de titre et est accessible à tout moment, moyennant des droits de garde annuels qui tournent autour de 2 % », indique François de Lassus, directeur de la communication externe de CPoR Devises, établissement dédié au traitement de l’or physique, qui propose cette option, en partenariat avec les banques.

L’or plus accessible grâce aux pièces et lingotins

Reste à savoir sous quel format acquérir le bien convoité. Tout le monde n’a pas les moyens ou l’envie d’acheter un lingot d’un kilo, pour lequel il faut débourser 35 150 euros au cours actuel (données arrêtées au 14 mai 2018). Fort heureusement, l’or physique demeure beaucoup plus accessible, grâce aux pièces comme le napoléon, mais aussi aux « lingotins », d’un poids allant de 10 à 500 grammes, certains opérateurs proposant même des minilingots d’un gramme.

Encore faut-il payer le bon prix ! Plus petite sera la quantité d’or acquise, plus importante sera la « prime », c’est-à-dire un prix au gramme supérieur à celui que vous acquitteriez en achetant un lingot. Cela peut se justifier par un surcoût de fabrication des petits lingots – les frais de fonderie – , rapporté à leur valeur, mais aussi tout simplement par la plus forte demande sur ce segment : assez logiquement, le prix de détail est supérieur à celui de gros !

Depuis 2004, l’or ne bénéficie plus d’une cotation officielle à Paris, mais le cours indicatif publié chaque jour à 13 heures par CPoR Devises continue de faire référence (la Banque de France publie également sur son site le cours, fourni par l’association des professionnels des métaux précieux, la LBMA). Actuellement, la prime du lingotin de 5 grammes par rapport au lingot d’un kilo est d’environ 9 %. S’orienter sur des pièces qui ne sont plus frappées, comme le 20 francs napoléon, semble donc une meilleure idée, puisque la prime est, dans ce cas, inférieure à 6 %. « Lorsqu’une crise survient, on constate souvent une ruée vers les pièces et une déconnexion entre leur cours et leur valeur intrinsèque en or, explique Marc Gontran, gérant de fonds pour la société de gestion Carlton Sélection. En 2008, la prime sur les pièces a pu atteindre 30 ou 40 %. »

L’explication tient sans doute à la faible liquidité du marché français : dans les périodes de tension, il peut se déséquilibrer plus facilement, ce qui profitera potentiellement aux investisseurs ayant acquis des pièces au moment où la prime était faible. Quant aux pièces émises régulièrement par la Monnaie de Paris, elles offrent certes une double protection à l’investisseur, grâce à leur valeur faciale en euros et à la valeur de l’or. Mais la prime payée sur leur valeur or est très élevée : près de 70 % pour la pièce en or Marianne Egalité de 1 000 euros récemment commercialisée. Une option à écarter dans une démarche de placement.

L’or papier, l’alternative à l ‘or physique

Si vous ne souhaitez pas vous encombrer de la logistique physique liée à la détention du métal, d’autres pistes sont à explorer. Car l’or n’a pas échappé à la financiarisation. Au siècle de la dématérialisation, le terme d’« or papier » n’est sans doute plus réellement adapté, mais a le mérite d’être compréhensible : on parle ici de produits financiers visant à répliquer le cours de l’or. Certes, vous perdez le côté tangible de l’or, mais vous vous épargnez le problème de sa conservation. Surtout, ces produits conservent leur vertu d’actif décorrélé des marchés financiers. En droit européen, les fonds indiciels, ETF (exchange traded funds), ne peuvent pas être investis sur un actif unique, mais il existe des produits similaires, les ETC (exchange traded commodities), qui se fixent pour objectif de répliquer le cours de matières premières comme l’or.

Tous n’adoptent pas la même méthode pour y parvenir. « Certains fonds utilisent des dérivés appelés swaps pour répliquer la performance de l’or, explique Marc Gontran. Il faut leur préférer les produits qui proposent une réplication physique, c’est-à-dire qui détiennent effectivement un stock d’or. » C’est le cas par exemple de produits dont l’actif est majoritairement constitué d’or spécifiquement alloué, à l’instar d’Invesco Physical Gold, proposé par la société de gestion Invesco, ou d’ETFS Physical Gold, géré par WisdomTree. L’inconvénient de tels produits est leur diffusion assez faible en France, du moins auprès des particuliers.

Les « certificats or », titres de créances émis par des groupes bancaires et répliquant le cours de l’or, sont plus facilement accessibles. Mais avant d’y souscrire, vous devez vous interroger sur les raisons pour lesquelles vous vous intéressez à l’or. S’il s’agit de se prémunir contre un risque, improbable mais potentiellement ravageur, comme une défaillance générale du système bancaire, les certificats ne sont pas la solution idéale. En effet, en cas de défaut de la banque émettrice, le porteur du certificat sera traité comme un créancier et pourra perdre tout ou partie de sa mise.

En revanche, pour diversifier votre portefeuille, ces certificats représentent une solution moins coûteuse que la détention d’or physique. « Les frais de gestion de notre certificat 100 % or, qui réplique le cours de l’or en dollars et est accessible sur un compte-titres, sont de 0,30 % par an seulement », explique Aurélien Réquillart, responsable des relations avec les investisseurs particuliers pour les produits de Bourse à la Société Générale. La version « quanto » inclut, elle, une protection contre le risque de change, moyennant un coût pouvant aller jusqu’à 1 %. C’était le bon choix en 2017 où, pour les investisseurs européens, la hausse de l’or en dollar a été totalement annulée par la baisse du billet vert. Notons qu’un produit équivalent, chez BNP Paribas, a le mérite d’être éligible à plusieurs contrats d’assurance vie (ceux distribués par Altaprofits ou Fortuneo Banque, par exemple).

Cette éligibilité est aussi un des attraits du fonds Ofi Precious Metals, proposé par la société de gestion Ofi AM. Un produit également protégé contre le risque de change. Pour respecter la réglementation européenne, il est investi à hauteur de 35 % seulement en or, le reste étant essentiellement réparti entre argent, palladium et platine. « Les cours de l’argent et du platine étant très liés à l’or, les performances du fonds sont fortement corrélées à celle de l’or, précise Benjamin Louvet, le gérant du fonds. En 2017, nous avons même fait mieux que l’or, avec une performance de 14 %, grâce à la surperformance du palladium. » 

La solution du placement dans les mines d’or

Enfin, l’or papier se décline en actions de mines d’or, un placement assez simple à réaliser, mais sans doute plus périlleux que ce que l’on pourrait penser : miser sur une mine sud-africaine dont les coûts sont libellés en rands mais les produits négociés en dollars quand on investit en euros, c’est s’exposer à des effets de change assez compliqués ! Mieux vaut opter pour un fonds : l’offre est ici pléthorique et largement distribuée, y compris en assurance vie. Par exemple, le contrat Puissance Avenir, distribué par Assurancevie.com, ne comprend pas moins de six fonds dédiés aux mines d’or, dont l’ETF Lyxor MSCI ACWI Gold (Lyxor International AM). Cependant, opter non pas pour un fonds indiciel, mais pour un produit géré de manière active par des spécialistes peut sembler plus judicieux, bien que plus coûteux, ce secteur étant assez complexe.

Quoi qu’il en soit, le plus important est de bien percevoir qu’un placement dans des mines d’or n’est pas équivalent à un investissement direct dans le métal précieux. Outre la valeur de l’or, de nombreux éléments entrent en ligne de compte pour la valorisation d’un groupe minier (management, structure de coûts…). Si l’on a peine à imaginer un scénario où la valeur de l’or avoisinerait zéro, un groupe minier peut être en difficulté, voire faire faillite. Il faut se souvenir de la cruelle année 2008, où l’or a globalement joué son rôle de valeur refuge, avec une progression sur l’année de 3,4 % en dollars (et 8,1 % en euros). Cela n’a pas été le cas des mines d’or, l’indice FTSE Gold Mines abandonnant 20 % sur l’année après avoir été véritablement massacré en octobre, au moment de l’effondrement de Lehman Brothers. Le contexte actuel de croissance mondiale synchronisée semble cependant porteur pour le secteur.

Des produits de Bourse pour spéculer sur l’or

Valeur refuge pour les épargnants, l’or peut aussi être un support pour les amateurs de spéculation. Ainsi quelques spécialistes du trading proposent des solutions pour parier sur l’évolution du prix de l’or en utilisant l’effet de levier. Il s’agit de pouvoir investir beaucoup plus que sa mise initiale grâce à un crédit. « Le premier moyen consiste à intervenir directement sur le marché des changes, en misant sur l’or contre l’euro ou le dollar », explique Andrea Tueni, de Saxo Banque. Il est aussi possible d’acheter des produits complexes comme les contrats « future » ou les CFD (contracts for difference) indexés sur ce type de contrat, en choisissant une date d’échéance. Dans tous les cas, il s’agit de parier sur l’évolution à la hausse ou à la baisse du cours d’ici à une date déterminée.

La première solution offre un très fort effet de levier. Par exemple, un contrat « future » peut porter sur 100 onces d’or (soit plus de 100 000 dollars) alors que la somme initiale payée par l’investisseur sera seulement de 5 400 dollars. En revanche, en cas de pari perdant, les montants devront être réglés, l’effet de levier se retournant alors contre l’investisseur ! Il faut donc rappeler que ces produits sont à réserver à un public d’investisseurs très aguerris et n’ont plus grand-chose à voir avec l’aspect sécurisant de l’or.

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