Carmignac a-t-il perdu son lustre d’antan ? A en croire les statistiques, la réponse est clairement positive. La société de gestion, déjà en proie à des problématiques d’organisation de la succession de son fondateur Edouard Carmignac, a vu ses encours passer de 55,64 milliards d’euros à moins de 45 milliards d’euros en seulement dix mois d’après les données publiées par Quantalys, chiffre démenti par Carmignac qui communique sur 50 milliards d’euros à fin septembre. Son fonds phare très apprécié des épargnants français, Carmignac Patrimoine (part A), qui a dépassé 26,5 milliards d’euros sous gestion en mai 2013 selon Europerformance, a connu plusieurs vagues de rachats ces dernières années et encore plus de 4 milliards sur les neufs premiers mois de l’année portant ses encours désormais autour de 14,6 milliards d’euros. En cause des performances particulièrement décevantes. Carmignac Patrimoine a perdu 8,8% depuis le début de l’année au 26 octobre, alors que son indice de référence (composé de 50% d’actions internationales et 50% d’obligations) progresse sur la même période de 0,90%.

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Bon dernier des fonds patrimoniaux

Une contre-performance notable, bien plus importante que la plupart des autres fonds patrimoniaux diversifiés (- 3,24% pour Eurose de DNCA ou encore -2,1% pour M&G Dynamic Allocation). Carmignac explique ses mauvais résultats par une sous-estimation de l’effet de la politique de Donald Trump sur les marchés ainsi que par plusieurs mauvais paris, notamment en Chine et sur le dollar. Pour autant, les résultats décevants de ce fonds, créé en 1989, ne datent pas seulement de cette année. Sur dix ans, ses performances (+57,49%) ont d’ailleurs été bien en deçà de son indice de référence (+104,26%). Si les frais de gestion expliquent en partie ce décalage, d’autres raisons peuvent être évoquées. « Les encours du fonds sont devenus beaucoup trop importants pour s’adapter aux conditions de marché », confie un conseiller qui ne recommande plus Carmignac Patrimoine à ses clients. Pour d’autres professionnels, la société ne parviendrait plus à avoir une bonne lecture des marchés, notamment dans un contexte baissier.

Du renouveau dans la gamme

Conscient des critiques, Carmignac tente de se renouveler. Ayant jusqu’à présent développé une approche globale et axée sur les marchés émergents, la boutique vient de revoir sa stratégie en proposant désormais un fonds flexible dédié uniquement à l’Europe avec le lancement de Carmignac Portfolio Patrimoine Europe. Confié à deux gérants stars de la maison -Mark Denham et Keith Ney-, ce fonds flexible (exposé de 0 à 50% en actions) s’inscrit davantage dans une démarche de sélection de valeurs de convictions. « Nous pensons que ce type de gestion très flexible sur les marchés actions et obligataires européens pourra être une solution pour générer des performances dans un contexte boursier qui sera toujours difficile en 2019 », confie Didier Saint Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac. Reste à savoir si les performances seront bien au rendez-vous car les frais, comprenant au minimum 1,5% de commission de gestion et 10% de commission de surperformance, le sont déjà.