Cryptomonnaie: les « stablecoins » comme remède à la volatilité?

Contrairement aux stablecoins, les autres cryptomonnaies sont rarement utilisées pour acheter des produits ou services car trop volatiles, et présentent un intérêt essentiellement spéculatif.

En dépit de leur immense avantage, les stablecoins présentent ainsi deux principaux défauts. Crédit: iStock.

Face à l’extrême volatilité des cryptomonnaies, les « stablecoins », des monnaies virtuelles dont le cours est fixe, séduisent de plus en plus. Mais cette alléchante stabilité ne va pas sans interrogations sur leur fiabilité.

Sur les douze derniers mois, le poids des stablecoins a plus que doublé, passant de 1,4 milliard de dollars de valorisation à 3 milliards, a souligné une étude publiée mardi par Blockchain, un fournisseur de comptes pour cryptomonnaies.

A LIRE >>> Bitcoin et autres cryptomonnaies: ce qu’il faut savoir avant d’investir

Aujourd’hui, les cryptomonnaies sont rarement utilisées pour acheter des produits ou services car trop volatiles, et présentent un intérêt essentiellement spéculatif. En réglant ce problème de volatilité, les stablecoins pourraient démocratiser leur usage comme moyen d’échange, estime Garrick Hileman, responsable de la recherche chez Blockchain, interrogé par l’AFP.

Pour Tom Shaughnessy, cofondateur de Delphi Digital, une société de conseil en cryptoactifs, le développement des cryptomonnaies passe par la possibilité pour les utilisateurs de pouvoir, par exemple, acheter un café avec, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui à cause de leur volatilité.

A titre d’exemple, après avoir vu son cours multiplié par 15 en 2017, le bitcoin, la première et principale cryptodevise, a perdu 80% de sa valeur depuis le pic de décembre 2017. 

Des stablecoins adossé au dollar

Signe que la perspective d’une devise virtuelle stable suscite l’enthousiasme, la banque américaine JPMorgan, a annoncé la semaine dernière le lancement futur du JPM Coin. Adossé au dollar, celui-ci sera dans un premier temps réservé aux investisseurs institutionnels.

Selon l’étude de Blockchain, il existerait 26 stablecoins en circulation et 28 autres seraient en développement (sans compter le JPM Coin), « attendus pour la plupart en 2019 ».

Pour garantir leur cours, ces cryptomonnaies disposent de plusieurs possibilités. La plus simple: adosser le stablecoin à une monnaie traditionnelle, en émettant un token (une unité de cryptomonnaie) contre, par exemple, un dollar, que l’entité émettrice conserve. Lorsque l’utilisateur veut récupérer sa mise, elle lui rend son dollar et détruit le token. 

Il est également possible de garantir le cours d’un stablecoin en automatisant la création et la destruction de tokens selon l’offre et la demande. Ce système est néanmoins plus complexe à mettre en place.

Actuellement, le roi des stablecoins s’appelle tether. Il représente plus de 95% des volumes d’échanges de l’ensemble des cryptodevises non volatiles et 69% de leur valorisation. Cette monnaie virtuelle adossée au dollar est la septième en valorisation, et la seconde en volumes quotidiens échangés, juste derrière le bitcoin, selon le site spécialisé Coinmarketcap.

Néanmoins, opposer monnaies virtuelles historiques et stablecoins n’a pas vraiment de sens, selon M. Hileman, pour qui elles sont « complémentaires » plus que concurrentes: aux premières, le rôle de réserves de valeur, au même titre que l’or, tandis que les seconds servent de moyen d’échange.

Soupçons de manipulation

Mais, la relève n’est pas épargnée par les polémiques, au même titre que le bitcoin, dont la réputation a souffert de sa volatilité et de son utilisation par des criminels.

Depuis sa création en 2014, le tether n’est jamais parvenu à écarter définitivement les soupçons de manipulation alors que certains observateurs suspectent l’entreprise émettrice, la plateforme d’échange Bitfinex, l’une des plus grandes au monde, d’avoir mis en circulation plus de tethers que de dollars récoltés en échange. Malgré les demandes répétées, l’entreprise n’a jamais publié l’état de ses comptes. 

De plus, une étude de l’Université du Texas a révélé en juin que des achats massifs en tethers avaient suivi des périodes de baisse du bitcoin, permettant ainsi d’enrayer la chute des prix. Des accusations de manipulations de cours contestées par la société.

En dépit de leur immense avantage, les stablecoins présentent ainsi deux principaux défauts: la fiabilité de l’entité émettrice et le caractère centralisé du fonctionnement, ont pointé il y a quelques mois les analystes de l’entreprise spécialisée en outils d’investissement, Intelligent Trading. »Aucun projet n’a été capable d’apporter une solution universellement acceptée et qui garantirait confidentialité, sécurité et décentralisation », expliquaient-ils.

De ce point de vue, l’année 2018 a été marquée par l’échec de Basis, un projet de cryptomonnaie non volatile et décentralisée. Après avoir levé 133 millions de dollars en avril, un record pour un stablecoin, l’entreprise a annoncé l’abandon du projet en décembre, face aux contraintes réglementaires qu’elle jugeait insurmontables.

Sur le même thème

Bitcoin Cryptomonnaies

Ne manquez rien de l'actualité

Réactions et commentaires

Sur la même thématique