Crowdlending : les prêts aux PME sont-ils devenus trop risqués pour les particuliers?

Faut-il encore investir dans le crowdlending (le financement participatif sous forme de prêt) ?  A en croire les chiffres du dernier baromètre publié par l’association Financement Participatif France, les investisseurs particuliers en sont toujours friands. Ils y ont investi en 2018 non moins de 273 millions d’euros, soit un montant en hausse de 40 % sur un an !

Mais ces bons chiffres de croissance masquent plusieurs signaux négatifs, qui se sont multipliés ces derniers mois. En décembre dernier l’un des pionniers du secteur, Unilend, a fait faillite avant d’être finalement repris par Pretup. Fin janvier, Homunity a été racheté par Credit.fr. Enfin, début mars, Lendopolis a annoncé un changement de cap radical : la plateforme suspend ses prêts aux TPE/PME, son cœur de métier, pour se concentrer uniquement sur le financement de projets dans les énergies renouvelables et l’immobilier, « les deux secteurs les plus porteurs » selon son directeur, Nicolas de Feraudy.  

Un marché ultra concurrentiel

Cette décision atteste des profondes mutations en cours sur le marché des prêts aux PME. Il faut dire que les plateformes peinent de plus en plus à tenir leurs promesses. Pour mémoire, en investissant dans ce secteur via le crowdlending, vous prêtez votre épargne à des entreprises qui cherchent des financements. En échange, vous pouvez espérer un rendement de l’ordre de 6 % en moyenne. Un taux alléchant, mais qui inclue aujourd’hui de plus en plus de risques.

Le premier est lié à la solidité de la plateforme dans laquelle vous investissez. Elle doit en effet faire preuve d’une sélectivité suffisamment élevée pour que l’entreprise financée soit capable de rembourser ses créanciers. Or depuis l’apparition du crowdlending en France en 2014, les plateformes se sont multipliées, rendant la concurrence plus rude. La collecte totale des prêts participatifs n’a d’ailleurs pas cessé d’augmenter : en trois ans, elle est passée de 96,6 à 273 millions d’euros ! Mécaniquement, l’afflux d’argent incite les plateformes à baisser leurs critères de sélection pour attirer les entreprises emprunteuse. De sorte que les particuliers se voient proposer des projets de plus en plus risqués.

Des taux de défaut élevés

Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder le taux de défaut des plateformes. Ces dernières années, ils ont littéralement bondi : sur Lendopolis, le taux d’incident en nombre (soit les prêts présentant une échéance impayée depuis plus de deux mois) est passé en un an de 14,29 % à 20,62 % en 2018. Chez Credit.fr, il était de 2,03 % fin 2017 et atteint 5,11 % en 2018. Quant à la plateforme Pretup, elle affichait en 2016 un taux de défaut en volume de 1% qui est passé à 8.92 % fin 2017.

Des résultats à comparer aux statistiques publiées récemment par la Banque de France, qui rapporte un taux des encours de crédit portés par les entreprises défaillantes dans les banques de seulement 0,3 %. Si le taux de défaut des TPE a lui aussi tendance à augmenter (+2,5 % en un an), c’est sans commune mesure avec celui affiché par les plateformes.

Des tarifs « imbattables » servis par les banques

Une situation que le crowdfunding peine à inverser car il est également confronté aujourd’hui à une autre forme de concurrence : le retour des banques sur les prêts aux TPE et PME. Par le passé, les établissements bancaires se montraient très sélectifs et même parfois réticents à prêter, or ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans un contexte de liquidité abondante, elles « prêtent aux entreprises à des taux imbattables » indique Mathieu George, fondateur du blog Crowdlending.fr. « Pourquoi une PME rentable irait chercher un  prêt à 5 % via le crowdlending quand la banque lui propose 1,5% ? », interroge-t-il.

Pour justifier leurs taux plus élevés, les plateformes invoquent leur réactivité, qui rend les démarches pour les entreprises bien plus simples à réaliser qu’avec une banque. Leur processus de sélection est en effet moins laborieux et l’argent disponibles plus rapidement : « Certaines collectes records peuvent s’effectuer en moins de deux heures ! » souligne Thomas de Bourayne, directeur de Credit.fr.

Le champ d’action des plateformes se réduit

Mais la tendance pourrait bel et bien s’inverser. Notamment parce que les banques commencent à rattraper leur retard sur le terrain de la digitalisation. En conséquence, le champ d’action des plateformes se réduit. Elles ont alors de plus en plus de mal à convaincre les entreprises, qui préfèrent se tourner vers les banques pour emprunter. Laissant encore une fois au crowdlending et à ses investisseurs particuliers, les projets les plus risqués. Vigilance et sélectivité s’imposent donc encore plus aux épargnants souhaitant prêter aux PME.

Marguerite du Chaffaut

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Mots-clés : crowdlendingPMEprêt

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