Placement : investir dans le cinéma, c’est possible, mais ça rapporte ?

A l’heure où les géants d’Internet cassent les codes du financement cinématographique, les petits producteurs français vont manquer de moyens. Pour y remédier, l’Etat veut revoir le fonctionnement des Sofica et développer de nouvelles formes de placements pour les particuliers.

 

Le gouvernement devrait ainsi revoir les règles de fonctionnement des Sofica pour les rendre plus simples et ainsi améliorer leur rentabilité. Crédit : Istock

Si le 72ème festival de Cannes a une nouvelle fois débuté sous les fastes et les paillettes, l’industrie cinématographique française est pourtant menacée sur le plan financier. L’essor des plateformes de vidéos à la demande, comme Netflix ou Amazon, chamboule complètement ses modèles de financement historiques. Le rapport Boutonnat, dévoilé le 13 mai dernier par le gouvernement, alerte sur la nécessité d’attirer de nouveaux investisseurs, notamment privés dans la création audiovisuelle indépendante française !

Un nombre aujourd’hui très limité de particuliers mis à contribution

A l’heure actuelle, 300 films sont produits chaque année en France et nécessitent plus d’un milliard d’euros de financements. Ceux-ci sont surtout obtenus auprès des diffuseurs (distributeurs associés à une major, chaîne de télévision…) ou encore issus d’aides publiques (collectivités territoriales). Mais les investisseurs particuliers sont loin d’être suffisamment mis à contribution. Principale possibilité offerte aujourd’hui pour le grand public: investir à travers une Sofica (Société de financement du cinéma et de l’audiovisuel). Mais ce produit reste assez confidentiel. D’après le rapport Boutonnat, en moyenne entre 2007 et 2016 seulement 6 500 foyers y ont eu accès. Et ceux-ci avaient un revenu fiscal de référence plutôt élevé : supérieur à 84 000 euros pour 50 % des bénéficiaires. Il est vrai que ce produit est généralement proposé par les banquiers privés ou conseillers financiers à leur clientèle haut de gamme pour son attrait fiscal (réduction d’impôt allant, sous certaines conditions, jusqu’à 48% de la somme investie dans la limite de 18 000 euros). De ce fait, l’Etat limite le nombre de Sofica et les montants qu’elles peuvent collecter. En moyenne, une dizaine sont ouvertes à la souscription chaque année à l’automne et récoltent au maximum 63 millions d’euros.

Un financement du 7ème art peu performant

Autre bémol de ce placement : des rendements assez décevants. Les Sofica ont rapporté en moyenne 1,9 % par an entre 2005 et 2010 en prenant en compte l’avantage fiscal. Un tiers d’entre elles affichent même un rendement négatif sur la période. En parallèle, leurs frais de gestion sont relativement élevés, à 2,8% par an.  « Les Sofica ont des contraintes de gestion très strictes à respecter dans le but d’orienter l’épargne vers la production indépendante française : investissement dans des films à budget limité, issus de jeunes réalisateurs …, explique Niels Court-Payen, président d’A Plus Finance, société de gestion présente depuis dix ans sur ce marché. Les Sofica les plus petites portent un risque supplémentaire pour les investisseurs du fait d’une moindre diversification.» Il est vrai que seuls 15% des films financés remportent un réel succès commercial, comme l’Arnacoeur en 2010 (3,6 millions d’entrées), Babysitting en 2014 (2 millions), ou encore Le Sens de la fête en 2017 (3 millions).

Une révision des règles des Sofica à l’étude

Face à ces constats plusieurs pistes sont à l’étude pour améliorer le financement de la production cinématographique et audiovisuelle française. Le gouvernement devrait ainsi revoir les règles de fonctionnement des Sofica  pour les rendre plus simples et ainsi améliorer leur rentabilité. Il voudrait aussi y aligner les intérêts de l’ensemble des financeurs : les investisseurs via des Sofica étant actuellement moins bien traités que les diffuseurs par exemple. Autre proposition : développer une offre de véhicules, comme des FPCI (fonds professionnel de capital investissement) et des FCPR (fonds commun de placement à risque) pour renforcer aussi les fonds propres des sociétés de productions indépendantes.  « Nous avons récemment lancé Picture Invest, un FCPI dédié aux investisseurs institutionnels pour investir aux côtés des producteurs, commente Niels Court-Payen. Ce type de fonds pourrait se démocratiser à l’avenir et concerner à terme des investisseurs particuliers en direct ou à travers l’assurance vie » En attendant, l’Etat compte bien apporter aussi son soutien à la mutation de cette industrie. Le président de la République a d’ores et déjà annoncé la création d’un fonds public d’investissement, doté de 225 millions d’euros, en faveur des industries culturelles et créatives. Il veut ainsi démontrer la rentabilité d’une telle démarche pour ouvrir la voie aux investisseurs particuliers d’ici 3 à 5 ans.

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