Sicav ISR: comment reconnaître les « vrais » fonds socialement responsable

Placer votre argent de manière plus vertueuse, telle est la promesse offerte aujourd’hui aux épargnants. C’est en tout cas ce que défendent les gérants adeptes de l’investissement socialement responsable (ISR).

Et ils sont de plus en plus nombreux à revendiquer cette approche qui consiste à prendre en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) en plus de la performance financière dans la stratégie d’investissement. A tel point que 56 % des épargnants français ont déjà entendu parler d’ISR, d’après une enquête menée en décembre 2018 par Kantar TNS pour le compte de BNP Paribas AM auprès de 5 000 Européens détenteurs de plus de 50 000 euros de patrimoine financier. Pourtant, seulement 7 % des répondants avaient déjà souscrit ce type de produit.

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Et pour cause, cette gestion était initialement surtout destinée aux investisseurs institutionnels et commence seulement à se diffuser auprès du grand public. Dans les prochaines années, elle va toutefois se démocratiser grâce aux mesures prises dans le cadre de la loi Pacte et aux nombreuses initiatives engagées ces derniers mois par les gestionnaires d’actifs.

Plusieurs grandes maisons ont indiqué vouloir intégrer des critères ESG dans leur analyse pour l’ensemble de leurs placements. Axa IM le prévoit dès cette année, BNP Paribas AM ou Edmond de Rothschild AM ont annoncé leur conversion pour 2020. Amundi, le premier gestionnaire européen, anticipe cette bascule pour 2021. « La prise en compte de critères ESG va devenir un standard dans la gestion d’actifs tout comme la communication sur une politique de responsabilité sociale est devenue incontournable pour les entreprises cotées », prévient Hervé Guez, directeur de la gestion actions et taux chez Mirova, société de gestion spécialisée dans « l’investissement durable ».

Seules 80 sociétés de gestion vraiment actives sur le sujet

Mais attention, pour le moment, les vrais gérants ISR ne sont pas légion ! « Seulement 80 sociétés de gestion en France sont vraiment actives sur ce sujet aujourd’hui », affirme Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, filiale de la Caisse des dépôts. Un faible ratio au regard des 633 acteurs agréés en France par l’Autorité des marchés financiers (AMF) à la fin de 2018.

Le centre de recherche Novethic, dédié à la finance durable, comptabilise, lui, seulement 530 fonds accessibles pour le grand public, représentant un encours global de 187 milliards d’euros (au 30 juin 2019). Pourtant les acteurs qui se déclarent « responsables  » ou « durables » sont bien plus nombreux. Le greenwashing, c’est-à-dire la communication auprès du grand public d’une image écologique et responsable sans avoir de véritable politique en la matière est à la mode ! Méfiez-vous des discours marketing.

Pour démêler les vraies approches ISR des affichages superficiels, il faut déjà bien comprendre le jargon des financiers. Or, il existe de nombreuses définitions qui reflètent les différents degrés d’engagement dans l’investissement responsable.

Le principe commun à tous les gérants ? Ajouter à l’approche traditionnelle, basée sur les seuls indicateurs financiers des sociétés, l’étude de paramètres extrafinanciers. Le premier niveau, et le moins contraignant, consiste seulement à évaluer les entreprises selon les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), mais en laissant le gérant libre de prendre ces derniers en compte (ou non) pour sa sélection. 

« Les critères ESG sont tellement nombreux et variés que les gérants qui utilisent uniquement cette méthode peuvent investir sans aboutir à une sélectivité absolue des entreprises  », souligne Vincent Auriac, président du cabinet de conseil en investissements responsables Axylia. Ainsi même si une société est mal notée sur le plan environnemental, cela n’empêchera pas le gérant d’y investir si par ailleurs elle présente de nombreux atouts sur le plan financier !

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La gestion ISR est plus contraignante en imposant au gérant de prendre en compte ces critères ESG. Même si l’approche « best in class », qui est utilisée par 80 % des sociétés de gestion dites responsables en France, vise seulement à sélectionner les meilleures entreprises dans chaque secteur d’activité, en fonction de ces fameux critères. Dans ce cas de figure, il est donc fréquent de retrouver des actions Total en portefeuille puisque le groupe pétrolier est considéré comme le moins mauvais de son secteur d’activité.

Certains professionnels se montrent cependant un peu plus exigeants et pratiquent une politique de « best in universe » : ils investissent dans les sociétés les mieux notées sur le plan extrafinancier, indépendamment de leur secteur d’activité. De facto, cette démarche conduit à exclure les secteurs les moins vertueux ou les sociétés controversées. Par exemple, celles qui sont confrontées à des critiques ou des scandales liés à une catastrophe écologique (British Petroleum lors de la marée noire dans le golfe du Mexique) ou humaine (Gap après l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza qui abritait des ateliers de confection sous-traitants, au Bangladesh).

Autre approche plus contraignante : celle des fonds dits « thématiques », comme les fonds « verts » ou environnementaux, ou encore sociaux, qui privilégient par exemple les sociétés engagées en faveur de l’égalité homme-femme… Ce type de gestion, souvent très orienté, garantit généralement un niveau élevé d’exigence. Enfin, certains professionnels décident d’exclure d’emblée certaines activités économiques jugées non durables, comme le tabac, le charbon, le nucléaire…

Des choix d’investissement plus contraignants

In fine, les gérants dotés de convictions ISR sont ceux qui construisent leur politique d’investissement en appliquant des critères ESG très contraignants lors de leur sélection de valeurs. Pour vérifier la sincérité de leur démarche, plusieurs paramètres sont à scruter.

D’abord, renseignez-vous sur le niveau d’adhésion de la société de gestion à des causes environnementales ou sociétales en regardant les initiatives auxquelles elle adhère. Est-elle signataire des PRI ? Ces Principes pour l’investissement responsable, lancés en 2006 par l’ONU, constituent la base de toute démarche d’investisseur responsable car ils impliquent un engagement volontaire à intégrer dans leur politique générale les problématiques ESG.

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Des initiatives encore plus poussées ont vu le jour comme l’IIGCC (The Institutional Investors Group on Climate Change) en 2006, qui regroupe quelque 170 investisseurs dans le monde ambitionnant de pousser les entreprises vers une économie bas carbone. Pour leur part, les 320 membres de Climate Action 100+, créé en 2017, veulent inciter les grandes entreprises émettrices de gaz à effet de serre à s’engager dans la transition énergétique.

Cette forme d’engagement se matérialise aussi dans la stratégie actionnariale des gérants ISR au sein des sociétés dans lesquelles ils investissent en capital. La plupart indique dialoguer avec ces entreprises, les interpeller sur certains sujets ou même déposer des résolutions lors des assemblées générales pour les inciter à améliorer leurs pratiques.

Certains se regroupent pour peser davantage dans les discussions, comme le réseau Shareholders for Change. « L’an dernier, aux côtés d’autres investisseurs, nous avons sollicité Inditex (maison mère de Zara) afin de sensibiliser le management à sa responsabilité fiscale », illustre Pierre Valentin, président du directoire de la société de gestion Ecofi Investissements. Depuis, Inditex a consenti des efforts en la matière.

Les données extrafinancières, de bons indicateurs de risque

L’organisation de la société de gestion est un autre bon indicateur de son implication. A-t-elle des équipes de recherche ISR en interne ? Sont-elles fournies ? Si c’est le cas, cela constitue un gage de qualité. Pour autant, ce n’est pas un préalable obligé. « Certains gérants qui ne se revendiquent pas ISR ont de très bonnes procédures de gestion qui limitent considérablement leur prise de risque et, de facto, leurs investissements dans des entreprises mal gérées et peu respectueuses des droits de l’homme ou de l’environnement », indique Vincent Auriac.

Comgest en est la parfaite illustration. Elle a été parmi les premières à collecter des données extrafinancières via des agences de notation et à les intégrer dans sa sélection de titres pour mieux gérer sa prise de risques.

D’autres sociétés de gestion, dites de « stock-picking », qui sélectionnent avec soin les valeurs en portefeuille grâce à une analyse méthodique, sont dans ce cas de figure, comme La Financière de l’Echiquier qui met d’ailleurs désormais aussi en avant son expertise ISR.

Certaines commencent seulement à intégrer cette dimension, comme DNCA Finance qui a recruté une équipe dédiée l’an dernier. Méfiez-vous cependant des sociétés de gestion converties depuis peu et indiquant déjà une approche totalement responsable. L’expérience prime dans ce segment !

Vérifier dans le détail les stratégies mises en oeuvre

Les Sicav ou fonds commun de placement qui vous sont proposés peuvent être baptisés ISR, durables, soutenables, responsables, d’impact… Mais derrière ces belles terminologies, il faut s’assurer que les placements sont conformes aux stratégies annoncées. « Il ne faut pas hésiter à soulever le capot des fonds pour regarder en détail la composition des portefeuilles », commente Bertille Knuckey, responsable de la recherche ESG et gérante chez Sycomore AM.

Pour cela, posez-vous les bonnes questions et trouvez les éléments de réponses grâce à toutes les données que vous pouvez obtenir. Les reportings (rapports d’activité) des fonds sont souvent une manne d’informations où vous pouvez retrouver des indicateurs sur la gestion extra financière du véhicule, tels que le nombre de création d’emplois dans les sociétés en portefeuille, la représentativité des femmes aux postes d’encadrement, la consommation d’énergie, la tonne d’émission de Co2…

Des données intéressantes qui attestent d’une vraie gestion ISR, mais difficiles à comparer entre gestionnaires tant les méthodologies et les informations mises en avant sont hétérogènes. La Commission européenne veut pallier cet obstacle en mettant en place un référentiel unique des activités dites durables en Europe. En effet, aujourd’hui, il n’y a aucune définition officielle de ce que l’on considère comme ISR, vert, etc. Soumis pour consultation aux professionnels jusqu’au 10 septembre, ce référentiel devrait être publié à la fin de cette année. Parallèlement, l’AMF vient de créer une commission sur le climat et la finance durable dans l’objectif d’évaluer, aux côtés de l’autre régulateur de la finance, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les engagements pris par les acteurs financiers dans ces domaines. La gestion ISR pourrait donc peu à peu se normaliser, ce qui devrait aider les épargnants à s’y retrouver.

Car choisir un fonds véritablement ISR peut constituer un gage de qualité sur le plan financier. « Nous sommes convaincus qu’une entreprise durable, c’est-à-dire assurant une contribution au bien commun grâce à une bonne gouvernance et le respect des droits humains et de l’environnement, affichera à terme une rentabilité supérieure en Bourse », estime Nicolas Bénéton, spécialiste de l’investissement responsable au sein de la société de gestion Robeco. De nombreux rapports ont récemment démontré cet aspect. D’après son propre modèle d’évaluation portant sur 500 valeurs, La Financière de l’Echiquier a mesuré qu’un portefeuille d’actions de sociétés ayant les meilleurs profils ESG a généré, sur neuf ans, une performance 2,3 fois supérieure à celle des pires profils.

Mais attention, une gestion ISR n’est pas une garantie de performance financière. Comme partout, il y a des bons et des mauvais gérants. Pour vous aider à choisir les meilleurs, nous avons sélectionné six sociétés de gestion véritablement dotées de convictions ISR . Les fonds de la sélection possèdent un label public et affichent des performances supérieures à leur indice de référence ou à leurs pairs sur cinq ans (données arrêtées au 13 août 2019).

Audrey Spy

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