Le Livret A, un livret pas si populaire que ça

La plongée du taux du livret A a son plus bas niveau historique n’aura pas tant d’impact que ça sur les ménages qui l’utilisent plus pour parer aux coups durs que pour se constituer un patrimoine.

"Depuis 2016, le rendement réel du Livret A est redevenu négatif, clôturant une période de 30 ans de rendement positif, note Philippe Crevel. Crédit: iStock.

L’annonce de la baisse du taux du Livret A a créé un coup de tonnerre mais ne devrait pas entraîner de « big bang » pour ce placement pas si populaire qu’on le dit et dont le rendement est déjà inférieur à l’inflation.

Beaucoup de livrets peu garnis

Au total, 55 millions de personnes en France détiennent un Livret A, ce qui a souvent conduit les observateurs à parler d’un livret d’épargne « populaire ». Sauf que dans les faits, une majeure partie de ces livrets est peu, voire pas garnie du tout. Surtout, la détention des produits d’épargne réglementée, dont le Livret A fait partie, est de plus en plus concentrée.

Ainsi, les livrets approvisionnés d’un montant inférieur à 1.500 euros totalisent 60% du nombre total de livrets et représentent 3% de l’encours. Et les livrets dotés de 150 euros ou moins représentent même 40% du nombre total.

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À l’inverse, « les 20% de Livrets A les plus dotés représentent près de 80% des encours » et « les 20 % de LDDS (livret de développement durable et solidaire, NDLR) les mieux dotés représentent 55% des encours », relève l’observatoire.

Fin novembre, l’épargne totale stationnant sur ces deux produits atteignait près de 409 milliards d’euros, dont près de 300 milliards pour le Livret A.

Une poche de précaution

Il ressort de ces chiffres que beaucoup de ménages utilisent le Livret A d’abord et surtout comme une réserve pour faire face aux coups durs, davantage que pour se constituer un patrimoine financier sur le long terme et gagner des intérêts.

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« Historiquement, le Livret A a été créé dans un but de pédagogie pour inciter les ménages à se constituer une épargne de précaution et de court terme », rappelle Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l’épargne, cabinet de réflexion sur l’épargne et sa réglementation. « Avec un taux de 0,75% ou de 0,5%, on ne fait de toute façon pas de rendement. Le Livret A est donc très souvent une sorte d’antichambre du compte courant », ajoute cet analyste.

Déjà dépassé par l’inflation

D’après l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee), la hausse des prix à la consommation s’est établie à 1,1% en moyenne en 2019 après 1,8% en 2018. 

En abaissant le taux du Livret A de 0,75% à 0,5%, le gouvernement prend le risque de laisser se dégrader mécaniquement la valeur réelle de l’épargne confiée au Livret A.

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Cette situation n’est toutefois pas nouvelle, et le taux du Livret A évolue de longue date déjà sous la ligne de l’inflation. « Depuis 2016, le rendement réel du Livret A est redevenu négatif, clôturant une période de 30 ans de rendement positif. Avec une inflation qui, sur ces derniers mois, était voisine d’un point, le rendement réel est négatif de 0,5 point », souligne Philippe Crevel.

Cette situation n’a toutefois pas empêché les épargnants de garnir massivement leurs Livrets A en 2019: entre janvier et novembre, la collecte nette a ainsi atteint plus de 14 milliards d’euros, contre 9,5 milliards sur la même période en 2018.

Des effets logiquement limités

L’abaissement du taux du Livret A devrait avoir des effets limités pour les épargnants, seule une petite partie d’entre eux, et souvent la plus privilégiée, pouvant tirer pleinement partie de la rémunération de ce placement. « Rémunéré à 0,75%, le Livret A rapportait à l’ensemble des épargnants, 2,23 milliards d’euros sur un an. Rémunéré à 0,5%, le gain ne sera plus que de 1,49 milliard d’euros, soit une perte de 745 millions d’euros », selon les calculs du Cercle de l’épargne.

« Pour un épargnant ayant un Livret A de 10.000 euros, la perte est de 25 euros sur un an (50 euros au lieu de 75 euros). Pour un épargnant au plafond de 22.950 euros, la perte est de 57,375 euros (114,75 au lieu de 172,125 euros) », ajoute le cabinet. Logiquement, pour les très nombreux livrets A dotés de moins de 1.000 euros, la perte sera donc au maximum de 2,5 euros sur un an.

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