Pour Patrick Artus, les épargnants français «paient le prix» des taux bas

Les Français privilégient les placements sûrs. Dans une interview accordée aux Échos, le chef économiste de la banque Natixis estime que l’idée de l’État de flécher leur épargne vers des investissements plus productifs est bonne, mais que cela prendra du temps.

Si les Français épargnent beaucoup, c’est parce qu’« ils anticipent une moindre générosité du système de retraite par répartition à l’avenir », décrypte Patrick Artus, le chef économiste de la banque Natixis, dans un entretien accordé au quotidien Les Échos. Selon lui, la baisse des taux d’intérêt, engagée depuis le début de l’année 2015, s’accompagne d’une hausse de la collecte sur le livret A ou l’assurance vie, afin de maintenir leurs revenus tirés de l’épargne grâce à ces placements sûrs.

Pour lui, « la baisse des taux a un effet redistributif entre les ménages. Ceux qui placent leur argent, les plus aisés, y perdent alors que ceux qui empruntent, qui sont moins riches, y gagnent. Les inégalités de revenus ont donc tendance à reculer. En revanche, comme la baisse des taux fait grimper les prix de l’immobilier, les propriétaires voient leur patrimoine augmenter. La faiblesse des taux a tendance à accentuer les inégalités de patrimoine ».

Des Français découragés par les chocs

Face aux choix de la régulation en France de privilégier les placements peu risqués, dont les sommes déposées sont largement investies en titres sans risque, c’est-à-dire en dette publique, les assureurs n’ont d’autre choix que «d’avoir une bonne partie de leurs investissements en dette des États. Conséquence, quand les taux baissent, les épargnants français, mais aussi européens, en paient le prix». Selon lui, les Français ont été découragés par les chocs qui se sont produits sur les marchés actions. Pourtant, «depuis 1990, le rendement réel des actions françaises atteint 8 % par an en moyenne».

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Pour les rassurer et leur redonner le goût des placements productifs, Patrick Artus pense que l’idée du gouvernement de flécher l’épargne vers des investissements productifs pourrait être efficace? « Mais cela ne peut se faire que très lentement. Pour résumer, aujourd’hui, les banques financent les entreprises et les assureurs, l’État. Si demain, les assureurs pouvaient acheter plus d’actions, les cours de Bourse augmenteraient. Les entreprises seraient incitées à se financer via les marchés et le rendement de l’épargne des Français serait meilleur qu’aujourd’hui. Mais l’équilibre macroéconomique serait rompu. Car qui financerait l’État ? La seule façon de réformer le circuit de l’épargne en France, c’est de le faire très progressivement ».

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