Report des primes d’intéressement et d’épargne salariale, quels changements ?

Mercredi 25 mars, en Conseil des ministres, une ordonnance a été présentée, entre autres, afin de prévoir un report de la date limite de versement des primes d’intéressement et de participation aux salariés. Quels changements pour les salariés ? Comment les entreprises vont-elles s’organiser face à cette possibilité ? Eclairage avec Catherine Pays-Lenique, directrice générale d’ESPENS, 1er acteur en épargne salariale issu de l’économie sociale.

Le report du versement des primes d'intéressement est possible pour les entreprises qui le souhaitent. Crédit : iStock

La loi d’urgence pour faire face à l’épidémie du covid-19, adoptée ce dimanche 22 mars par le Parlement, permet au gouvernement de légiférer par voie d’ordonnances. Mercredi 25 mars, en Conseil des ministres, une ordonnance a été présentée, entre autres, afin de prévoir un report de la date limite de versement des primes d’intéressement et de participation aux salariés.
Qu’est-ce que cela va changer pour les salariés ? Quelles sont les modalités envisagées par les entreprises ? Eléments de réponse.

Le mois de mai, voire juin, est celui où une grande majorité de salariés s’apprêtent à recevoir leur épargne salariale. C’est l’occasion pour l’entreprise de communiquer ses résultats, et les salariés récoltent les fruits de la bonne performance de la société où ils travaillent. Cette année, ce rendez-vous annuel est terni par la crise sanitaire liée au coronavirus. Bon nombre d’entreprises se posent la question de reporter la distribution des primes d’intéressement.

La mécanique de l’épargne salariale

Deux mécanismes permettent d’associer les salariés à la performance de leur entreprise : la participation et l’intéressement. Rappelons que selon les négociations inter-entreprise, plusieurs possibilités existent : l’épargne salariale est un système d’épargne collectif qui concentre deux mécanismes à la disposition des salariés, soit l’intéressement (en fonction des résultats de l’entreprise) et/ou la participation (une quote-part des bénéfices). Ces primes peuvent être versées par l’entreprise au plus tard le premier jour du sixième mois suivant la clôture de l’exercice financier. « Avec cette ordonnance prise cette semaine, les entreprises auront la possibilité, si elles le souhaitent, de bénéficier d’un délai de 6 mois supplémentaire, c’est-à-dire jusqu’à décembre 2020, pour verser les primes sur les résultats de l’année 2019 », détaille Catherine Pays-Lenique.

Des entreprises qui veulent rassurer leurs salariés

Cette ordonnance de report peut être avantageuse surtout pour les entreprises qui voudront profiter d’un avantage de trésorerie face à la crise sanitaire actuelle. « Pour certaines entreprises, en ce moment, il s’agit plus de regarder du côté de comment on s’organise, quels sont les salariés qui télétravaillent, que d’être concentré sur la campagne de distribution des primes », explique la directrice générale de Epsens. Pour le moment, le rythme des campagnes reste « normal » et « il n’est pas encore dit que toutes les entreprises demandent un report », tempère Catherine Pays-Lenique. « Il peut s’agir d’un décalage de 2 mois, sans aller jusqu’à repousser le versement à la fin d’année », ajoute-t-elle.

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Des salariés tentés par l’épargne en cette période de crise

Pour les salariés, il sera temps de prendre la décision. « Ceux qui avaient décidé de demander la perception de leurs primes pour effectuer des travaux ou autres projets personnels pourront continuer à le faire. Le seul changement qui pourrait intervenir si l’entreprise devait décaler sa campagne de versements, pour le salarié, est de penser que son entreprise est en difficulté. Or, les résultats de 2019 n’ont pas souffert de l’impact du coronavirus, c’est sur les résultats de 2020 que la tension sera plus visible », précise Catherine Pays-Lenique. Pour environ 60% des salariés qui épargnent habituellement, il y a peu de chances qu’ils changent leur fusil d’épaule, surtout en ces temps incertains. L’épargne salariale concernait quelque onze millions de salariés au 30 juin 2019, qui détenaient sur ces plans environ 140 milliards d’euros, pour un montant moyen de 12 840 euros chacun, selon les chiffres de l’Association française de gestion (AFG).

« Chez Epsens, on accompagne nos clients »

Face à la période d’incertitude liée à l’épidémie, chez Epsens, les collaborateurs sont en télétravail et préparés à anticiper toutes les questions des entreprises. Catherine Pays-Lenique propose d’ailleurs quelques conseils de prudence pendant cette période qu’elle qualifie « d’extraordinaire à tout point de vue ». Elle indique « qu’il convient de ne pas réagir trop rapidement et d’analyser chaque situation personnelle. Selon que l’épargne soit de moyen ou long terme, selon le profil risque du salarié, il s’agit de ne pas prendre de décisions dans la précipitation. C’est une situation inédite où justement l’épargne collective peut ressortir « grandie » si on garde en tête des objectifs collectifs, et qu’on reste solidaire. C’est ce qui restera comme sentiment de ce passage tumultueux », conclut Catherine Pays-Lenique.

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