« L’or, dans un contexte de création monétaire débridée, va tirer profit de son statut d’actif réel »

Les cours des matières premières, et notamment ceux du pétrole, sont fortement chahutés en raison de la récession mondiale qui s’annonce. Les métaux précieux de leur côté s’en sortent mieux. Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM, nous explique comment les marchés des matières premières se sont comportés depuis l’apparition de l’épidémie, et nous donne ses prévisions pour la sortie de crise.

Le cours de l’or pourrait atteindre 2.000 dollars l’once à un horizon de 18 mois selon Benjamin Louvet. Crédit: iStock.

Quel est l’impact de la crise sur le marché des matières premières ?

Benjamin Louvet : Le marché des matières premières est relativement homogène et relativement mauvais.

Le pétrole est soumis à un double choc. La demande est en chute en raison de la crise sanitaire, la moitié de la population mondiale étant confinée chez elle. Et de son côté, l’offre est en surabondance en raison de la guerre que se livre la Russie et l’Arabie Saoudite après que les pays membres de l’Opep n’aient pas trouvé un accord pour réguler leur offre.

Les prix ont ainsi atteint un niveau historiquement bas. A tel point que le baril de brut du Wyoming se traite même à un prix négatif. En d’autres termes, les producteurs de cet Etat des Etats-Unis paient pour écouler leur production. En dehors de ce cas atypique, il faut noter que les pétroles de schiste du bassin Permien, la zone la plus prolifique aux Etats-Unis, s’échangent 9,50 dollars en dessous de la référence WTI, elle-même tombée autour de 20 dollars le baril. Et il n’est pas exclu que le WTI tombe encore plus bas si le confinement devait s’étirer au vu de la vitesse à laquelle les capacités de stockage se remplissent.

Les métaux de base ont également subi un choc de grande ampleur. La moitié de la consommation vient de la Chine. En conséquence, quand le pays s’est arrêté, la demande s’est effondrée, et dans la foulée, les prix se sont repliés. Sans exception. Le prix du cuivre, qui est un bon indicateur de conjoncture, a perdu 30% par rapport à son niveau d’avant crise.

Il est à noter néanmoins que cette baisse n’est pas de la même ampleur que celle qui a suivi la crise de 2008, qui est survenue après presque une décennie de hausse ininterrompue pour les matières premières.

Comment de leur côté se comportent les métaux précieux ?

Benjamin Louvet : Les métaux précieux s’en sortent mieux. Certes, les cours ont été pénalisés au début de la crise par des ventes d’investisseurs qui devaient répondre à des appels marge pour couvrir leurs positions sur les actions et les obligations. Depuis, le mouvement est en train de s’inverser. Le prix de l’or se situe à peine 5% en-deçà de son plus haut annuel. Le palladium, dont la production est destinée presque uniquement à la fabrication des pots catalytiques pour les voitures essence, s’inscrit en hausse depuis le début de l’année après avoir connu un important trou d’air à la mi-mars.

Comment envisagez-vous la sortie de crise ?

Benjamin Louvet : A la différence de la crise de 2008, l’économie s’est cette fois-ci arrêtée d’un coup, il n’y a pas eu de destruction de demande. En conséquence, la demande devrait repartir sur les mêmes bases, avec du temps. Reste à savoir si nous sortirons de la crise comme nous y sommes rentrés, et si cette crise sanitaire ne donnera pas l’occasion aux pays de procéder à des bouleversements profonds en matière économique pour mieux prendre en compte la problématique du changement climatique. Les Etats, par exemple, ne conditionneront-ils pas leurs aides aux entreprises à l’adoption par ces dernières de mesures « durables » ?   En revanche, des risques pèsent sur les outils de production. Toutes les entreprises ne pourront pas survivre si la crise devait durer, et ce même si les Etats font le nécessaire pour éviter les faillites. Ils ne pourront pas sauver tout le monde. D’autre part, les groupes miniers comme les compagnies pétrolières commencent à réduire leurs investissements. Ce qui va poser des problèmes au moment de la reprise alors que ces secteurs, et notamment celui du pétrole, souffraient déjà d’un retard en matière d’investissements. Cette situation va entraîner rapidement des goulots d’étranglement et des tensions sur les prix. Sans l’apport du pétrole non conventionnel, et notamment du pétrole de schiste, l’industrie pétrolière se retrouvera dans l’incapacité à satisfaire la demande. Aussi curieux que cela puisse paraître aujourd’hui, une nouvelle crise pétrolière pourrait survenir dans les 24 à 36 mois qui viennent une fois que les stocks de pétrole, qui sont en train de s’accumuler, auront été écoulés. Des projets miniers sont également gelés. La question est de savoir comment la Chine va sortir de la crise, sachant qu’elle dispose de leviers pour procéder à une relance budgétaire. Va-t-elle se lancer dans des grands plans de constructions d’infrastructures et de bâtiments ?

Et pour les métaux précieux ?

Benjamin Louvet : La question se pose dans des termes différents pour l’or et l’argent qui, dans un contexte de création monétaire débridée, vont tirer profit de leur statut d’actifs réels. Le désavantage de ne pas servir de rendement disparaît dans un environnement de taux bas, d’autant que les taux réels vont continuer de baisser. Le cours de l’or pourrait ainsi atteindre 2.000 dollars l’once à un horizon de 18 mois. L’évolution des cours du platine et du palladium est conditionnée à la reprise de l’industrie, notamment auto pour le second. En raison d’un déficit chronique entre l’offre et la demande, le palladium, qui bénéficie également d’un attrait spéculatif, devrait connaître une 9e année consécutive de hausse. 

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