Dette publique : qui va payer pour sauver l’économie française ?

Qui va payer les milliards annoncés par le gouvernement pour sauver les entreprises et les Français de la crise sanitaire et financière du coronavirus ? Olivier Babeau nous livre son analyse sur la situation actuelle et les répercussions sur la dette publique de la France…

Olivier Babeau, président Fondateur de l’Institut Sapiens, diplômé de l’ESCP, agrégé d’économie et docteur en sciences de gestion.

Entretien avec Olivier Babeau, président Fondateur de l’Institut Sapiens, diplômé de l’ESCP, agrégé d’économie et docteur en sciences de gestion, il est également professeur à l’université de Bordeaux. Il est notamment l’auteur de l’ »Horreur politique » (Les belles lettres 2017) et de « L’éloge de l’hypocrisie » (Editions du Cerf 2018). 

Qui va payer la facture pour maintenir à flot l’économie française ? C’est LA question que tout le monde se pose. L’économiste Olivier Babeau répond à nos questions et nous donne les clés pour mieux comprendre les mécanismes pour sauver l’économie française de la contagion du coronavirus sur tous les secteurs de l’économie.

Tout d’abord, que vous inspire cette crise sanitaire ?

« Cette crise sanitaire est inédite et d’une ampleur exceptionnelle. Le terme qui me vient à l’esprit serait le « chaos », terme grec étymologiquement liée à l’idée d’être « grand ouvert ». Les scenarii possibles sont très nombreux. Elle augmente les craintes que nous avions sur la situation économique de la France avant la pandémie. Je dirais qu’elle exacerbe les tendances observées avant la crise, du point de vue économique et social.  

Beaucoup de voix s’interrogent sur les répercussions des aides massives de l’Etat sur la dette publique de la France, déjà abyssale avant la crise, quel est votre avis ?

L’Etat a réagi très rapidement et d’une façon inédite pour soutenir l’économie. C’était indispensable. Mais les conséquences sont encore difficilement calculables. La dette qui est créée appartient à la BCE et à des propriétaires privés. Si la récession dure, on ne peut pas exclure que des pays fassent défaut à terme. En Europe, cela pourrait concerner l’Espagne, l’Italie, aussi la France. Si les créations monétaires massives finissent par créer de l’inflation, les banques centrales vont devoir remonter leurs taux, ce qui pourrait rapidement renchérir le coût d’endettement des Etats les plus fragiles.

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Quels sont les enjeux économiques majeurs face à une crise d’une telle ampleur ?

Le premier enjeu est la capacité des entreprises de retrouver leur niveau de production. On sait désormais que cela impliquera de nombreux aménagements organisationnels. La résilience de notre tissu productif dépendra de sa capacité à innover et à s’adapter à de nouvelles exigences sanitaires qui vont nous suivre longtemps. L’autre enjeu est la reprise de la consommation. Ce n’est pas qu’une question de pouvoir d’achat, c’est une décision individuelle des Français : l’épargne de précaution dépendra de notre perception de l’avenir. L’absence de reprise nette de la consommation pèserait énormément sur la reprise.

Gérard Darmanin a déclaré ne pas vouloir augmenter les impôts pour ne pas « démoraliser les Français ». Est-ce vraiment possible ?

Il n’y a pas dix façons de réduire un déficit et l’endettement : soit on augmente les recettes, donc l’impôt, soit on réduit les dépenses. Chacun sait combien il est difficile de s’attaquer au niveau de dépenses de l’Etat et des collectivités locales. En théorie les Français peuvent éviter la hausse des impôts, à condition que l’Etat fasse enfin les profondes réformes structurelles qu’il repousse depuis si longtemps. La crise actuelle pourrait-elle servir d’électrochoc à cet égard ? On peut le souhaiter.

Quels scénarii sont-ils envisageables comme sortie de crise ?

Un moratoire serait catastrophique car il nous empêcherait subitement tout emprunt nouveau, or chacun de nos budgets, il faut le rappeler, est déficitaire de 25% environ (le référentiel du PIB habituellement utilisé est trompeur). Pour réduire cette charge à terme, il n’y a que deux possibilités : des taxations nouvelles ou une inflation qui, comme autrefois, « ruinera le rentier ».

Quelle relance de l’économie pourrait amoindrir les effets de la crise sur le portefeuille des Français ?

Le plan de relance idéal a deux objectifs : soutenir les entreprises pendant la crise pour qu’elles soient capables de repartir sans délai au lendemain du confinement et préserver l’emploi. Les deux moteurs complémentaires de l’offre et de la demande doivent pouvoir être opérationnels dès le retour à des conditions normales d’activité. Actuellement, l’une des grandes interrogations est la vitesse à laquelle les Français vont reprendre leur consommation ».

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