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«L’épargnant engagé doit exercer sa responsabilité en investissant sur le secteur des énergies renouvelables» selon Nicolas de Jenlis

Le secteur des énergies renouvelables est resté plus tôt résilient en bourse malgré la tourmente de la crise du Covid-19. Comment l’expliquez-vous ?

Nicolas de Jenlis : Il existe deux explications. La première est clairement sectorielle. Le secteur des énergies renouvelables a été moins impacté par la crise financière. Au contraire, des secteurs ont été très fortement touchés, comme les secteurs du tourisme, qui a connu un arrêt total de son activité depuis le début du confinement.
La seconde est le type de profil des investisseurs de ce secteur, qui ont une vision sur le long terme. Ils n’ont pas cédé aux sirènes de se débarrasser de leur stock d’actifs durables en plein krach boursier. Ce sont des investisseurs plus enclins à rester sur leur position, même quand il y a une difficulté. D’ailleurs, les collectes sur les fonds durables sont restées dans le positif sur le premier trimestre, contrairement à d’autres fonds.  

Quels seraient les risques majeurs si l’épidémie revenait dans les prochains mois ?

N.D.J : C’est une crainte que beaucoup ont encore. Les marchés financiers ont tellement a été chahutés pendant des semaines, mais en même temps, aujourd’hui, ils ont réussi à remonter la pente de façon spectaculaire. L’impact d’une deuxième vague est corrélé à l’ampleur de la crise économique dans les mois à venir. En cas de crise profonde, on assisterait à une nouvelle chute des marchés. Et les actifs en énergies renouvelables pourraient être touchés cette fois-ci. Mais pour le moment, on ne sait pas ce qui va se passer au deuxième semestre. On verra si les mesures annoncées par les gouvernements et les institutions financières vont porter leur fruit.

Les confinements dans les différentes parties du monde n’ont pas eu le même impact sur les différentes entreprises du secteur du développement durable. Pourquoi?

N.D.J : On a assisté à des impacts différents du confinement, selon les secteurs et les pays. Tout d’abord certains secteurs ont connu un effet majeur du confinement avec un arrêt brusque et total de leur activité. Je pense notamment au transport aérien, qui a mis au sol la plus grande partie de ses avions, en Europe, en Asie, aux U.S.  Les secteurs durables, comme la gestion des eaux, des déchets, des énergies renouvelables ont connu un ralentissement de l’ordre de 10, 20 % et non un arrêt de 98% de leur activité comme d’autres secteurs extrêmement touchés. C’est ce qui a marqué l’effet résilient de ses secteurs d’ailleurs.
Ensuite, selon la géolocalisation des pays, l’impact du confinement « stricte » a eu une incidence majeure sur leurs PIB ! En Italie, en Espagne et la France la chute de l’activité économique est historique, selon les derniers publiés par l’Observatoire français des conjonctures économique. En revanche, un pays comme la Suède, où le confinement a été beaucoup moins sévère et où le secteur des énergies renouvelables est très développé, a continué de produire.

Les placements dans les fonds ISR freinent encore un certain type d’investisseurs, notamment concernant les frais de gestion. Pour quelles raisons ?

N.D.J : Il existe, là encore, différentes variables qu’il faut prendre en compte. Une première question importante, quel est le prix de la gestion d’un fond durable ? Faisons le parallèle, même si c’est très éloigné, avec la consommation et le bio. Les écocitoyens d’aujourd’hui sont prêts à acheter « plus chers » des produits responsables.
Il me semble que les frais de gestion des investissements verts ne sont pas les « vrais » freins. Je pense plutôt à deux autres raisons. Le premier frein, révélé dans une étude du cabinet Deloitte en 2019, démontre que le manque de clarté des produits et des labels durables joue sur les investissements des épargnants. Même s’ils sont majoritairement intéressés par cette typologie de fonds, ils disent manquer de lisibilité sur les labels. C’est vrai que pour le moment, il en existe plusieurs, des français, européens, et d’autres en projet, comme l’Eco Label Européen.

Deuxième frein, le rôle du conseiller qui propose les produits d’actifs. Il sait vendre des fonds et le pilotage des actifs via des produits comme les ETF par exemple. Deux investisseurs sur trois veulent investir leur argent sur un fonds durable. Toutefois, leur conseiller a du mal à leur expliquer quel sera précisément l’impact des énergies renouvelables sur la planète en investissant dans telle société cotée. Les conseillers ne savent pas répondre souvent par manque d’information, d’outils et de formation.

A LIRE>>> Les fonds ISR résistent-ils mieux à la crise financière du coronavirus ?

A votre avis comment ce secteur va-t-il évoluer dans les prochaines années ?

N.D.J : Le secteur des énergies renouvelables est bien résistant donc comme la crise vient de nous le démontrer. Ce sont des investissements sur du long terme. Les effets d’une éolienne, du traitement des déchets, par exemple, les progrès des entreprises durables se mesurent à des horizons de 5, 10 voire 15 ans. Et l’épargne finance l’économie de demain. Les épargnants doivent prendre conscience de la « responsabilité » de leurs investissements. Ils doivent être plus engagés en choisissant des fonds durables auprès de leur institut bancaire ou d’une société de gestion. Par exemple, un outil pourrait permettre au client, sur une simple ligne de compte, de suivre en temps réel l’impact de son investissement dans telle société cotée en énergie renouvelable. Je pense que cela donnerait plus de sens aux investissements. Il est nécessaire de créer cette transparence sur le fonctionnement d’un fonds durable pour gagner la confiance des épargnants à investir dans ce type d’actif ».

Christina Diego

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