Comment les épargnants ont réagi face à la crise

D’après une étude de BPCE, les Français veulent augmenter leur épargne de précaution. Si une minorité d’épargnants ont profité du krach boursier pour se positionner sur les actions, ils sont encore nombreux à se montrer très prudents voir attentistes vis-à-vis de leurs placements.  

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La crise a-t-elle profondément changé notre comportement vis-à-vis de l’épargne ? A court terme, c’est certain. Les Français ont certes connu une période d’économies souvent dites « forcées » pendant le confinement. Faute notamment de pouvoir consommer, ils ont accumulé 30 milliards d’euros de liquidités supplémentaires sur la période mars-avril par rapport aux moyennes enregistrées les années passées, un record d’après BPCE. Une épargne qui a atteint au total 55 milliards d’euros selon l’OFCE.  Mais ce chiffre cache d’importantes disparités entre les épargnants. Seul 36% des Français ont réellement vu leur capacité d’épargne augmenter. Sans surprise, il s’agit de personnes assez jeunes et cadres supérieurs. Les classes moyennes plus âgées, notamment les propriétaires sans enfants à charge ou les retraités les mieux lotis, ont aussi maintenu voire augmenter leur capacité d’épargne. A l’inverse, les familles ont dépensé davantage et vu leurs revenus baisser.

Une épargne consentie

Malgré ces contrastes, à plus long terme les comportements d’épargne vont dans le même sens. Les Français sont ainsi 89% à vouloir accroître leur épargne de précaution, 38% l’ont même jugée insuffisante face à la crise. En cause : 49 % estiment que leur situation financière va durablement être fragilisée à l’avenir. Les Français se montrent très pessimistes.  L’indice du niveau de vie futur établi par l’Insee est même au plus bas depuis 1972 ! « On ne peut pas vraiment parler d’épargne forcée mais plutôt d’épargne différée et surtout consentie qui reflète l’envie de se prémunir contre les incertitudes économiques liées à la crise », indique Alain Tourdjman, directeur des études économiques et de la prospective du Groupe BPCE. Si 72% des Français ont décidé de reporter leurs différents projets ces dernières semaines : travaux, achat immobilier, acquisition d’une voiture, vacances… Ils se disent davantage prêts à annuler leur envie de consommation plutôt que leurs investissements, notamment en matière d’immobilier.  A court terme le taux d’épargne qui a atteint 30% durant le confinement devrait certes diminuer, mais sur plus longue période il risque d’augmenter structurellement pour dépasser la moyenne de 15% enregistrée depuis 2009.

Un fort attentisme

Mais face à ce phénomène, peu de Français se montrent enclins à reprendre du risque dans leurs placements. A court terme, ils ont largement privilégié leurs dépôts à vue, suivi par le livret A.  L’assurance vie n’a pas bénéficié de cette nouvelle manne d’argent et affiche sur la période une décollecte. Malgré le krach boursier, les supports en unité de compte n’ont pas été plus pénalisés que le fonds en euros. Seuls les placements en actions ont retrouvé un peu de couleurs avec 3,5 milliards d’euros investis par les ménages en mars sur le SBF 120 d’après l’AMF. Des épargnants, souvent plus jeunes et débutants en Bourse, se sont montrés opportunistes en se positionnant après la chute des cours. Finalement, seulement 10% des Français ont été des investisseurs actifs pendant le confinement. Et il n’y a toujours pas de vision consensuelle sur la stratégie à adopter en matière de placement. D’après une autre étude dévoilée par Altaprofits, seulement 24% des Français qui ont épargné pendant le confinement savent ce qu’ils vont faire de cet argent. La grande majorité des investisseurs se montrent donc encore attentistes et ont même raccourci leur horizon d’investissement.

Une stratégie à repenser

Difficile pour eux, dans cette période incertaine, de faire des arbitrages. Or il s’agit d’une mauvaise stratégie. L’épargne de précaution va se dévaloriser face à l’inflation même si cette dernière va rester faible. Il faut garder en tête que la prise de risque reste un bon investissement à long terme. L’immobilier continue d’avoir ensuite la préférence des épargnants par rapport aux placements financiers même s’ils sont moins nombreux à penser qu’il s’agit d’un bon moment pour investir dans la pierre. Seulement 27% des personnes interrogées par BPCE anticipent toutefois une baisse des prix dans les douze mois. Enfin, l’épargne retraite constitue encore une de leurs priorités à l’avenir.   

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