Se connecter S’abonner

Les ménages les plus modestes n’ont pas plus épargné que d’habitude entre mars et août

Les ménages les plus aisés ont beaucoup plus épargné entre le mois de mars et le mois d’août que les plus modestes : 20% des plus riches ont mis de côté 70% du surcroît de l’épargne, selon le Conseil d’analyse économique (CAE).

La capacité d’épargne n’a pas été la même pour tout le monde ces derniers mois. Selon le niveau de richesse, l’écart est même très important entre les ménages. Le Conseil d’analyse économique (CAE) indique dans une étude publiée lundi 12 octobre que 20% des ménages les plus aisés (soit les deux derniers déciles) ont épargné près de 70% du surcroît de l’épargne entre mars et août 2020. Le total s’élève à 32 milliards d’euros pour les deux derniers déciles, sur 50 milliards d’euros de surcroît en tout à la fin août 2020, calculé « sur la base des données bancaires utilisées, qui ne peuvent qu’être partielles puisque les clients d’une banque peuvent placer une partie leur épargne au sein d’autres établissements bancaires », écrivent prudemment les auteurs de l’étude.

En effet, le CAE a travaillé en partenariat avec le Crédit mutuel alliance fédérale et le Groupement des cartes bancaires CB pour analyser les données de comptes de 300.000 clients. Les comportements de consommation et d’épargne des Français ont été retracés de manière anonyme grâce aux mouvements (achats par carte bancaire, retraits, chèques) sur leurs comptes (courant, d’épargne, compte titre, assurance vie et crédits). C’est grâce à ces données que le CAE a pu « étudier la dynamique de l’épargne globale et selon différentes catégories de ménages ». Les 20% des ménages les plus modestes, soit les deux premiers déciles, n’ont pas épargné plus que d’habitude. Ils se sont même endettés selon cette étude du groupe de réflexion rattaché à Matignon.

Chute de la consommation pendant le confinement

Ce constat du CAE concernant l’épargne a pu être établi grâce à l’étude de la consommation : elle a chuté de 6,3% pendant le confinement sur un an par rapport à 2019, mais elle a rebondi ensuite, avec le déconfinement, selon les données de cartes bancaires, « avec un retour à une consommation à un niveau normal avec même, en terme annualisé à nouveau, une augmentation de 0,7% », écrivent les auteurs de l’étude. Ce rebond ne compense toutefois « pas du tout la perte pendant le confinement ». Dans les détails, certains secteurs ont connu une chute de 15% sur un an pendant le confinement avec un faible rebond ensuite, quand les services informatiques au contraire « ont vu leur consommation augmenter de 13% pendant et de 24% après le confinement ». De même, les achats de biens durables comme l’automobile ou encore l’électroménager ont connu une baisse importante (plus de 10%) pendant le confinement avant de rebondir ensuite en mai, de 6,7%. A contrario, les achats qui impliquent des interactions sociales comme le secteur de la restauration ou encore du spectacle n’ont pas connu de compensation avec le déconfinement.

A LIRE >>>ménages n’ont pas consommé de la même manière en fonction de leurs revenus. L’étude a mesuré la consommation « par la somme des achats par cartes bancaires, des retraits d’espèces et des paiements par chèque ». Les charges fixes ne sont donc peu voire pas du tout intégrées dans les calculs puisqu’elles sont réglées par virement ou encore par prélèvement. Ce sont les personnes les plus aisées qui ont le plus baissé leur consommation pendant le confinement. Même si elle a rebondi ensuite, « elle reste en retrait par rapport à la consommation observée en 2019 et à la tendance de la période pré-Covid de début 2020 », précisent les auteurs. En fait, ces ménages les plus aisés consomment autre chose que les biens essentiels et ce type de consommation était impossible en mars et en avril. La chute de consommation « est (donc) proportionnellement plus forte ».« A l’inverse, les ménages modestes ont moins baissé leur consommation, puisque celle-ci se concentre plus sur les biens essentiels », précise le document. Ce sont ces différentes dynamiques de consommation qui ont eu des conséquences sur les dynamiques d’épargne.