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L’or, une protection qui peut rapporter

En ces temps de crise financière mondiale, l’or sous forme de papier serait-elle une valeur refuge ? Explications de ce succès avec Bruno Kus, rédacteur en chef du magazine Mieux Vivre Votre Argent. 

L’or n’a jamais rien rapporté ! Ni intérêts ni dividendes, contrairement aux obligations et aux actions. En revanche, ses cours peuvent s’apprécier, en particulier dans les périodes d’instabilité politique, économique ou financière, comme actuellement avec l’épisode du Covid-19. A la fin de février, l’once a ainsi franchi le seuil des 1 600 dollars pour la première fois depuis sept ans. Sur un an, elle s’est valorisée de près de 25 %, et sur cinq ans, le gain atteint même 40 %. Le paradoxe est que ces dernières années, les cours de l’or ont progressé en même temps que les classes d’actifs réputées risquées, comme les actions, et que les autres valeurs refuges, à l’image des obligations et du dollar.

Comment l’expliquer ?

Il faut d’abord y voir une volonté des investisseurs (notamment les institutionnels) de se protéger contre un choc imprévisible, par exemple lié à une récession ou à un surendettement des acteurs économiques. C’est pourquoi les achats réalisés par les fonds d’investissement de type ETF ont bondi de plus de 400 % l’an dernier, selon le World Gold Council (voir infographie), l’or sous forme de papier ayant désormais beaucoup plus de succès que l’or physique à en juger par la chute de 20 % des achats de pièces et lingots. L’objectif est ici de couvrir les positions en actifs risqués par une valeur refuge de nature tangible.

Autre facteur de soutien du métal jaune : les banques centrales

Après avoir constitué l’essentiel de leurs réserves en dollar, les voilà qui veulent se diversifier avec un actif au caractère universel et incontestable. L’an dernier, leurs achats ont encore porté sur 650 tonnes, après 656 tonnes en 2018. Et ce sont surtout les pays émergents qui sont à la manoeuvre, la Turquie en tête, avec 159 tonnes sur la seule année 2019, suivie par la Russie (158 tonnes), la Pologne et la Chine (95 tonnes chacune). De quoi compenser l’érosion des autres composantes de la demande mondiale, y compris la bijouterie qui en représente malgré tout près de la moitié.

Un contexte mondial favorable à un retour sur les records historiques

Cet engouement pour le métal fin est-il durable ? Beaucoup d’experts le pensent. Certains estiment même que les cours de l’once pourraient rapidement rejoindre le pic historique de plus de 1 900 dollars inscrit en pleine crise de la dette en septembre 2011. Il est vrai que les risques pesant sur l’économie mondiale ont eu tendance à augmenter ces dernières années en dépit de l’apparente décontraction des marchés boursiers. Jamais le monde n’a été aussi endetté, alors que le climat géopolitique reste très tendu.

Mais c’est surtout la politique monétaire très accommodante des banques centrales qui a stimulé les cours de l’or depuis un an. En effet, les rendements de nombreux emprunts d’Etat sont passés en territoire négatif et n’offrent donc plus aucun avantage par rapport au métal jaune qui, certes, ne rapporte rien, mais n’affiche pas de rémunération inférieure à zéro. Plus les rendements obligataires baissent et plus l’or devient attractif.

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Or physique ou or papier ?

Entre sécurité de l’ancien et risque du moderne. Reste à savoir sous quelle forme investir. La plus ancienne : les pièces, comme les fameux Napoléon (ou louis d’or), ou des lingots, voire des lingotins dont le poids peut descendre jusqu’à un gramme. Attention à ne pas payer une prime trop élevée, c’est-à-dire la différence entre la valeur réelle de la quantité d’or et le prix négocié, sachant que dans le cas des lingotins, plus le poids est faible et plus la prime à payer est importante. L’acheteur doit, par ailleurs, prendre un minimum de précautions pour garantir la qualité de ses pièces ou de ses lingots en utilisant, par exemple, des sachets scellés. Se pose aussi la question de la conservation en lieu sûr. A défaut de trouver la cachette idéale dans sa maison, la location d’un coffre dans une banque peut facilement approcher 200 euros par an.
Pour éviter tous ces tracas, il est possible de choisir la solution de l’or papier.

De quoi s’agit-il ?

Certaines banques proposent des produits financiers susceptibles de répliquer les variations des cours de l’or (les certificats 100 % par exemple) ou même de les amplifier (turbos ou warrants). Seul inconvénient, en cas de risque systémique extrême entraînant une faillite bancaire (scénario rare étant donné que les banques en difficulté sont généralement reprises par d’autres plus solides), le détenteur de ces produits est traité comme un simple créancier et peut perdre sa mise. Pour s’en prémunir, il est conseillé de privilégier les produits adossés à une quantité d’or physique, comme le Gold Bullion Securities (ETF). Les plus audacieux peuvent cibler les actions minières cotées, surtout en Amérique du Nord, en Afrique du Sud ou en Australie, via un ETF comme le Lyxor MSCI ACWI Gold. Mais le levier lié aux variations des cours mondiaux de l’or sur les résultats de ces sociétés peut jouer dans les deux sens et dans des proportions significatives. Il s’agit d’un placement risqué.