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La Banque de France étudie la création d’un euro digital

Dans un bulletin consacré aux crypto-monnaies, Christian Pfister, de la direction générale de la Stabilité financière et des Opérations à la Banque de France, évoque des expérimentations sur un euro digital.

Pourra-t-on payer un jour en magasin avec une monnaie digitale européenne ? La Banque de France y travaille : elle publie un bulletin consacré aux crypto-monnaies, écrit par Christian Pfister, de la direction générale de la Stabilité financière et des Opérations. L’auteur parle de la nécessité pour les Banques centrales de proposer leurs propres instruments de paiement digital, en plus des réserves bancaires. Ce projet de monnaie digitale, une monnaie électronique cryptée par les banques centrales, a été lancé en réaction au lancement annoncé de la monnaie numérique de Facebook, Libra. Elle serait émise et échangée à parité avec les autres formes de monnaie centrale, soit les billets et les réserves, et créée ou détruite uniquement par la Banque centrale. Elle pourrait être émise sous deux formes : la MDBC de gros (transactions interbancaires), destinée aux paiements de gros montants, détenue par des intermédiaires financiers autorisés par la banque centrale, et la MDBC de détail, utilisée par le grand public.

Selon Christian Pfister, les motivations de création d’une MDBC sont différentes d’un pays à l’autre. Il s’agit, entre autre, de promouvoir l’innovation financière en permettant d’effectuer des opérations utilisant des technologies comme la blockchain (base de données numérique accessible à tous et sécurisée), s’il s’agit d’une monnaie digitale de banque centrale de gros. Dans le cas d’une MDBC de détail, il s’agit pour la Suède citée comme exemple de conserver un lien avec le public, car l’usage du billet y recule. L’accès à une monnaie numérique, émise sous forme digitale au lieu de billets, de pièces ou encore d’avoirs, permettrait de garantir l’accès à la monnaie centrale. Plusieurs questions sont soulevées par l’auteur du bulletin : « Dans la zone euro, le Traité sur l’Union européenne autoriserait‑il dans sa rédaction actuelle la Banque centrale européenne, seule habilitée à le faire, à émettre une MDBC? Un euro digital devrait‑il avoir cours légal, empêchant en principe de refuser un paiement dans cette forme de monnaie ? Comment répondre à la demande d’anonymat de la part du public ? »

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Premier test réussi avec la Société Générale

Le 27 mars dernier, un appel à candidature pour des expérimentations sur l’usage d’un euro digital dans les règlements interbancaires a été lancé par la BdF. Elles couvrent notamment « le paiement en monnaie centrale contre livraison d’instruments financiers cotés ou non cotés (« livraison contre paiement »), le paiement contre monnaie digitale d’une autre banque centrale (« paiement contre paiement ») et contre actifs numériques ». Le 14 mai dernier, la BdF a testé « le recours à une blockchain (…) pour expérimenter l’utilisation d’une MDBC afin de régler une émission de titres financiers numériques effectuée par Société générale Forge ». La banque a acquis 40 millions d’euros d’obligations sécurisées sous forme de « security tokens » (obligations de financement de l’habitat ou «OFH»). Un test réalisé avec succès. D’autres expérimentations de cette monnaie digitale sont prévues au second semestre 2020, sur la base des dossiers sélectionnés lors de l’appel d’offres, soit une cinquantaine de candidats.