Vous pouvez désormais participer au financement d’une création mondiale d’opéra

Vous avez envie d’acheter des chaussons de pointes pour une danseuse étoile ? Vous rêvez de contribuer au financement d’une création mondiale d’opéra ? Poussé par une baisse des subventions publiques, le « crowdfunding », ou financement participatif, gagne le monde du ballet et de l’opéra en France, où il est déjà bien installé dans le monde associatif ou dans le théâtre. 

Même de grandes institutions comme l’Opéra de Paris, avec ses grands mécènes, commencent à lancer des campagnes de dons en ligne, pratique courante dans les pays anglo-saxons. Mais, contrairement au patrimoine, comme le montre l’exemple récent de Notre-Dame, financer le lyrique et la chorégraphie va parfois moins de soi.

« On considère que ce n’est pas patrimonial, que c’est éphémère », affirme à l’AFP Jean-Yves Kaced, directeur de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris (Arop).  Le recours au financement privé « pose encore problème en France car les gens se demandent pourquoi ce n’est pas l’Etat qui paie ».

400.000 euros de chaussons par an

L’Arop a lancé cette année la campagne « En pointes ! », pour financer les chaussons des ballerines de l’Opéra. Les donateurs, selon la somme versée, peuvent visiter les ateliers de costumes ou assister à une répétition de ballet.

« Certains ont réagi en disant ‘l’Opéra n’a-t-il pas les moyens de payer les pointes de ses danseuses ?’. C’est quand même 400.000 euros par an », précise M. Kaced, précisant qu’une danseuse étoile peut utiliser jusqu’à trois paires pendant une représentation du « Lac des Cygnes ».

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Le don peut aller de 60 euros pour une paire de pointes jusqu’à 15.000 euros pour la prochaine série du ballet « Giselle » début 2020. L’Arop, soutenue entre autres par Rolex, la Fondation Bettencourt, EY ou Paprec recyclage, entend ainsi diversifier ses ressources propres. « Cela permet aussi aux gens qui n’ont pas de gros moyens de se sentir impliqués » dans la vie de l’Opéra, selon le directeur de l’Arop.

Créée il y a 40 ans, cette association a presque doublé le mécénat jusqu’à 18M d’euros annuels sous l’impulsion du directeur de l’Opéra Stéphane Lissner, arrivé en 2014 dans un contexte de baisse de subventions. Son successeur Alexander Neef nommé mercredi devrait accentuer cette tendance. « Avec la réduction des subventions, c’est vital », estime M. Kaced.

Une pratique en développement

S’inspirant du modèle anglais, l’Opéra a créé des cercles spécialisés pour donateurs (danse, opéra), lancé la campagne « Adoptez un fauteuil » à Garnier (le nom du donateur est gravé sur un fauteuil) et tient un gala d’ouverture de la saison qui engrange plus de 1,1 M d’euros.

Même si la part du mécénat participatif reste encore modeste, elle va se développer selon M. Kaced. En 2017, la Maison de la danse de Lyon a lancé une campagne pour la création du premier jeu vidéo pédagogique pour la danse grâce à KissKissBankBank, plateformes actives de crowdfunding, tout comme Commeon qui lance de plus en plus de projets ciblés danse.

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La France est à mi-chemin entre l’Allemagne où l’Etat contribue encore énormément, et la Grande-Bretagne où les philanthropes sont rois. A l’Opéra, « on est en voie d’hybridation : subventions, billetterie et mécénat avec crowdfunding« , précise le directeur de l’Arop. Depuis 2018, l’association européenne FEDORA utilise le « crowdfunding » pour compléter le financement de créations mondiales pour 85 maisons d’opéra dans 21 pays.

Démocratisation du mécénat ?

Si les Prix Fedora sont dotés grâce à Van Cleef & Arpels (100.000 EUR) et Generali (150.000 EUR), chacun peut voter en amont pour son projet préféré puis, à partir de 5 euros, faire un don en ligne à l’un des 11 projets nominés. « Cette plateforme engage le public dans des projets artistiques » explique à l’AFP la directrice de FEDORA, Edilia Gänz. « C’est un peu la démocratisation du mécénat ; tout le monde peut faire une différence. » En échange, le donateur a accès aux coulisses ou à une répétition.

L’impact ne reste-t-il pas limité vu le coût élevé notamment des productions d’opéra ? Certes, « mais le but est aussi d’attirer un nouveau public, notamment jeune, en l’impliquant dès la conception des projets artistiques », selon Mme Gänz.

Rédaction Mieux Vivre

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